Municipales à Gardanne : deux listes en héritage du long règne du communiste Roger Meï

Actualité
le 28 Oct 2019
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Le maire Roger Meï (PCF) ne briguera pas un huitième mandat de maire et soutient son adjoint à la culture Jean-Marc La Piana qui entrait officiellement en campagne ce dimanche. Il diverge ainsi du choix de son parti qui a investi Claude Jorda, conseiller municipal et départemental. Entre les deux candidatures, difficile pour l'heure de déceler de grandes différences.

Roger Meï et Jean-Marc La Piana lors de l'inauguration du local de campagne de ce dernier le 27 octobre. Photo P. Isnard-Dupuy

Roger Meï et Jean-Marc La Piana lors de l'inauguration du local de campagne de ce dernier le 27 octobre. Photo P. Isnard-Dupuy

L'enjeu

Les communistes espèrent garder une des dernières grandes villes du département qu'il gère.

Le contexte

Le maire sortant a choisi un candidat différent du parti, provoquant une lutte fratricide au sein de la majorité municipale.

Battle de Hip-Hop, musique électro et buffet préparé par « nos amis turcs » du snack voisin. Voilà l’ambiance posée ce dimanche 27 octobre, par une jeune boîte de communication marseillaise, derrière les étals du marché de Gardanne, pour l’inauguration du local de campagne de Jean-Marc La Piana. En dehors des animations, la tête de liste et celui qui sera le maire sortant en mars, Roger Meï partagent la tribune devant une assistance acquise à leur démarche.

Après sept mandats et presque 43 ans à la tête de la ville rouge, Roger Meï, membre du PCF, veut transmettre les rênes de l’action municipale à son actuel deuxième adjoint, délégué à la culture. « Quel est celui qui pourrait le mieux me succéder ? Il n’y en a qu’un, c’est le docteur La Piana. C’est Jean-Marc », expose le maire à la quarantaine de personnes présentes. Juste avant, il déroulait le bilan du médecin à la tête de « La Maison », une structure de soins palliatifs installée sur la commune depuis 1994. L’institution est reconnue pour sa prise en charge humaine des patients en fin de vie. En dépit de l’adoubement de Roger Meï, le PCF local a fait quant à lui un autre choix, pour mener une autre liste, en la personne de Claude Jorda, instit’ à la retraite, conseiller municipal, délégué à la citoyenneté et à la vie des quartiers et conseiller départemental.

Ils revendiquent le même héritage

À Gardanne, il y aura donc deux listes issues de la majorité Meï, pour le premier tour, le 15 mars. Difficile de cerner la différence de positionnement et de projet entre elles. Toutes deux revendiquent l’héritage et les valeurs des années Meï. Et toutes deux veulent réussir la « transition écologique » sans « opposer emploi et environnement ». Autour de l’ancienne ville minière, le débat est sensible. Les mines ont fermé en 2003, mais les conséquences des activités de l’usine d’alumine d’Alteo et de la centrale thermique, récemment rachetée par EPH, le groupe du Magnat tchèque Daniel Kretinski, continuent de l’agiter.

Il y a un mois, Roger Meï a accusé Claude Jorda de « trahison », pour justifier son choix d’un autre dauphin que celui du parti. Ce dimanche, il ne donnera pas davantage de détails. « J’évite d’en parler. On est au positif », dit-il à Marsactu. « On construit un projet sur l’avenir », enchaîne Jean-Marc La Piana qui ne souhaite pas plus s’épancher sur ses concurrents. « Effectivement, ce sont deux listes complémentaires. Peut-être qu’il y a eu un rendez-vous raté », convient tout de même le candidat, face à l’insistance de Marsactu. Les deux candidats se refusent pour l’heure à dire ce qu’ils comptent faire au deuxième tour, le 22 mars.

Claude Jorda et Jean-Marc La Piana revendiquent un même héritage. Celui de la relative réussite de la ville de 20 000 habitants, dans une période de déclin industriel. L’un et l’autre mettent particulièrement en avant les actions en faveur des scolaires, avec des classes équipées des dernières technologies numériques et des cantines classées en 2013 comme meilleure de la région, par l’association de consommateur UFC Que Choisir, grâce à une politique en faveur de la nutrition et des produits locaux. L’un comme l’autre veulent poursuivre l’action de Roger Meï « contre le racisme et pour la solidarité ». L’édile avait en particulier accompagné l’installation de familles Roms, favorisant des conditions de vie décentes et la scolarisation des enfants. Une politique unique sur le département. Enfin l’un et l’autre prennent à leur actif la transformation en cours de l’ancien puits de mine Morandat en centre de culture, scientifique et industrielle tourné vers les énergies vertes et les nouvelles technologies.

EELV avec La Piana, FI avec Jorda

De programmes et de colistiers, il n’en est pas question ce dimanche. Pas plus qu’il n’en est question pour l’heure du côté de l’initiative menée par monsieur Jorda, rencontré plus tôt dans la semaine. Les deux listes se présentent « sans étiquette ». Côté Jorda, le programme et les places sur la liste sont discutés depuis la fin de l’été au sein d’un « collectif citoyen », aux réunions hebdomadaires. Il revendique 200 participants, au fil des rencontres et souhaite poursuivre la dynamique s’il devient maire, avec des « collectifs citoyens par quartiers et par thématiques ». Côté La Piana, une volonté d’une apparente similarité s’affiche, pour faire participer les habitant à la vie de la cité. Il veut mettre en place après l’élection un « forum, pour venir discuter avec nous, voir ce qui vous convient », dit-il à l’assemblée venue assister à l’inauguration de son local de campagne.

Le local du PCF est situé à deux pas de la permanence de campagne de Jean-Marc La Piana. Photo P. Isnard-Dupuy

Côté soutiens politiques : les insoumis gardannais s’engagent auprès de Claude Jorda et le groupe local de EELV auprès de Jean-Marc La Piana. Ce dernier choix pourrait paraître surprenant pour une liste adoubée par un Roger Meï se revendiquant « écocologiste », mais plutôt pointé du doigt par les verts pour sa défense d’Alteo et de la centrale, sans mieux-disance environnementale. « Le virage vert sera très important. On a des garanties morales », assure, lors de l’inauguration, Laurent Deshais, le responsable du groupe local Étoile Huveaune d’EELV. « Je crois en La Piana. C’est un homme loyal et de parole », enchérit Brigitte Apothéloz, actuelle conseillère municipale EELV qui partage les « valeurs humanistes de Roger Meï ». La devanture du local de campagne en dégradé vert bleu et une feuille de cerisier stylisée à la place du dernier zéro de 2020, seraient-ils signes de gages aux écolos ?

Roger Meï, quant à lui, ne raccroche pas tout à fait les crampons. Il sera candidat sur la liste de La Piana. « Pour le surveiller, pour l’accompagner. Je partirai quand ce sera le moment », dit-il au micro devant le local. Soit au bout « d’un à deux ans », précisera-t-il ensuite à Marsactu. « Il veut garder la main », nous glisse une personne proche de la majorité, avant d’interroger : « La grosse question c’est : est-ce qu’il y aura du changement ? ».

La persistance de ces deux listes issues de la majorité pourrait aider l’ex PS Jean-Brice Garella, qui se présente à nouveau en 2020. Sa liste avait été défaite par 69 voix d’écart en 2014. Ce dernier avait alors déposé un recours devant le tribunal administratif, aboutissant à l’annulation de l’élection, pour cause de non-conformité concernant la déclaration de résidence d’un certain Jean-Marc La Piana. La municipale partielle de juillet 2015, avait confortablement désigné la liste de monsieur Meï. Les divisions de la gauche pourraient aussi faire les affaires du parti Les Républicains ou du Rassemblement national, dont les candidatures ne sont pas encore officiellement déclarées à ce jour.

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Commentaires

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  1. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    7 mandats!!!
    6 ans multipliés par 7 cela fait quarante deux ans que M. Meï occupe le fauteuil de Maire. Il y a des citoyens qui ont quarante ans qui n’ont jamais  »imaginés » qu’il pouvait avoir un autre maire.
    Pourtant je suis plutôt à »gauche » et les communistes sont de  »bons » maires parfois.
    Mais plus haut que les maires, il y a la Démocratie…qui consiste à faire  »tourner » les élus, à brasser les populations, à modifier les perspectives.
    Les élus  »démocrates » passent. Il n’y a que dans l’entreprise (quoique ! ) que l’élu fait une  »carrière ». D’ailleurs pour son deuxième mandat un  »bon » maire se devrait de former son suivant…Quitte à ce que les électeurs l’élisent… ou pas.
    Par ailleurs un maire qui, mandat après mandat, prend de mauvaises habitudes.
    Copains, amis, familles politiques…C’est vieux comme la démocratie athénienne.
    Enfin la pouvoir use immanquablement.
    C’est pourquoi j’aimerais que les maires ne fassent que deux mandats. Avec participation nécessaire des citoyens (Budget participatif par ex.) et référendum révocatoire ( À affiner ).

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  2. Max Floridia Max Floridia

    Mr Meï était instituteur .
    Je l’ai eu en 3°, c’était en 70.
    Il était déjà maire. Il me semble qu’il l’était déjà depuis pas mal de temps.
    Il me semble que ça fait plus que 42 ans.

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    • Regard Neutre Regard Neutre

      @Max Florida,
      En 3ème, vous étiez au collège et non pas à l’école communale.
      M.MEI a bien été élu en 1977,succédant à M.LIEUTAUD.
      Avec le temps
      Avec le temps va tout s’en va
      On oublie le visage et l’on oublie la voix
      Le cœur quand ça bat plus
      C’est pas la peine d’aller chercher plus loin
      Faut laisser faire et c’est très bien….Léo Ferré
      Cordialement
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Me%C3%AF#Les_mandats_locaux

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