Après 2013, MP2018 veut faire mieux avec moins

Actualité
le 27 Sep 2017
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La programmation de MP2018 était dévoilée ce mardi. Composée de propositions inédites, cette suite de l'année capitale européenne de la culture veut prouver qu'elle tient la comparaison, sous le regard très attentif des acteurs économiques et politiques locaux.

Les membres du comité artistique de MP2018 lors de la présentation de la programmation. (LC)

Les membres du comité artistique de MP2018 lors de la présentation de la programmation. (LC)

“Ce n’est pas un deuxième 2013, c’est un nouvel événement qui a pris ses racines dans 2013”, prévient d’emblée le président de la chambre de commerce, dans le hall de laquelle était conviés mardi plusieurs centaines d’invités pour la présentation de la programmation de MP2018. De par son nom même, l’événement appelé à s’étaler sur huit mois à compter du 14 février prochain se met pourtant dans les pas, cinq ans plus tard, de son prédécesseur à l’ombre tutélaire.

Question de bonnes recettes et de même pots, la référence à MP2013 se retrouve jusque dans la programmation, avec le retour de l’artiste urbain JR, qui investira le hangar du J1 – lequel rouvrira aux visiteurs pour l’occasion après une grande période de vide – et proposera même un second projet à Istres. Le spécialiste français du feu d’artifice spectaculaire Groupe F fera aussi son retour lors du “Grand baiser”, opération simultanée dans plusieurs villes du département lors de laquelle les participants seront invités à s’embrasser pour former une “chaîne des bisous” illuminée par les “feux de l’amour” de Groupe F. Là encore un écho à la grande clameur du lancement de 2013, qui avait tourné court. Au-delà de la filiation s’il y a un fil à MP2018, il est bien rouge écarlate, et aura pour leitmotiv, comme annoncé dès 2016, cette phrase : “Quel amour !”.

“Le budget est inférieur, mais la dynamique va au delà”

Préparée en moins d’un an, la programmation est certes dense : 200 propositions artistiques prendront place dans le département autour de cette thématique entre le 14 février 2018, jour du lancement, et le mois de septembre. Contraints par un budget incomparable à celui de 2013 – l’association MPCulture engagera 5,5 millions d’euros en tout, quand la capitale européenne avait pu compter sur 91 millions – les porteurs du projet assurent que le fait d’avoir à se retrousser les manches a été stimulant.

“Nous avons développé des projets que nous n’aurions pas développés sinon, même ensemble”, explique ainsi Bernard Foccroulle, directeur du festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence. “Faire descendre l’opéra dans la rue, ça ça ne s’était pas fait la dernière fois”, poursuit-il en faisant référence à la “Grande parade d’animaux” issus de l’opéra Orfeo & Majnun qui se déroulera à deux occasions, à Aix et Arles. “Le budget est inférieur, mais la dynamique qui est en train de se construire, elle va au delà”. 

Un comité artistique fait de grands noms comme colonne vertébrale

Le président de l’association MPCulture et par ailleurs PDG de la compagnie maritime Marfret Raymond Vidil ne dit pas autre chose quand il vante le travail du comité artistique “collégial” mis en place pour l’occasion, composé de noms illustres du monde artistique local – Bernard Foccroule donc, mais aussi Macha Makaïeff de la Criée, Alain Arnaudet de la Friche Belle de Mai, Pierre Vasarely de la Fondation Vasarely, Jean-François Chougnet du Mucem, et une dizaine d’autres. Un travail de groupe qu’il juge “unique”.

Concrètement, la programmation s’est construite à partir de ce comité, qui, d’un côté, s’est engagé à programmer dans chacun des lieux dont émanent ses membres des œuvres en lien avec la thématique “Quel amour !” sans être rémunérés pour cela, et d’un autre côté avec des œuvres inédites, sélectionnées et co-produites pour l’occasion. Une programmation qui a été donc encadrée au maximum pour éviter l’effet “label” d’une étiquette “MP2018” que l’on aurait collé aléatoirement aux événements qui en auraient fait la demande sans avoir été intégré dans le projet à l’origine. “Le comité artistique a très courageusement renoncé à la labellisation, se félicite Raymond Vidil. Ils ont choisi de sélectionner et d’accompagner des projets. 400 acteurs ont été reçus, avec 200 propositions, on en accompagne au final 65. De nouvelles créations, co-produites, à hauteurs variables qui n’auraient pas existé sinon.”

“Formidable outil de marketing territorial”

Qu’on ne s’y trompe pas, l’impulsion est, comme le budget de MP2018, portée par moitié par le monde économique, enthousiaste de voir revenir avec ce nouveau “MP” l’activité économique, notamment touristique, qui était arrivée avec le premier. La vice-présidente du département déléguée à la culture, Sabine Bernasconi, n’a-telle pas revendiqué le “formidable outil de marketing territorial” que représente ce genre d’événements ? Plus de deux millions d’euros venant d’entreprises privées sont donc attendus, un appel à des petits mécènes est d’ailleurs lancé, après avoir ferré une douzaine de gros poissons pour les donations de plus de 100 000 euros, parmi lesquels la Compagnie fruitière et la Fondation Total.

Cette chasse aux fonds privés va de pair avec une raréfaction de la ressource publique déjà théorisée par le père de la capitale européenne de la culture, Bernard Latarjet. Ces coupes dans les budgets culture des collectivités territoriales ont été dénoncées dans une lettre ouverte signée par 130 structures culturelles de la région et “parrainée” par le comité de MP2018 fin mai. Elle est devenue depuis une pétition en ligne. La perte récente d’un grand nombre d’emplois aidés et la baisse des aides départementales sont ce mardi matin dans les têtes de beaucoup, même si à la tribune, les sourires sont de rigueur.

Côté financements publics, le département et la région contribuent à hauteur de 500 000 euros chacun, la Ville de Marseille et l’État en versent 300 000 euros, tandis que 750 000 euros sont ressortis des tiroirs en tant que solde de MP2013. Les autres villes partenaires, Arles, Aubagne, Cassis, Istres, Martigues, Miramas et Salon-de-Provence, amènent à elles toutes 400 000 euros. Deux financeurs envisagés manquent en revanche à l’appel, l’Europe dont une potentielle subvention n’est pas encore actée, et la Ville d’Aix.

Aix reste sur la touche

Cette dernière, mécontente des retombées de MP2013 sur son territoire, n’a pas souhaité rejoindre le mouvement. “On en espérait 100 000 euros, et finalement on ne les a pas”, déplore Raymond Vidil. L’adjointe à la culture d’Aix, Sophie Joissains a ainsi expliqué les raisons de ce choix à Marsactu“Dès qu’on a su que le nom d’Aix ne serait pas contenu dans le nom de la manifestation, nous avons décidé de ne pas participer en tant qu’institution”La Ville n’ayant “pas un très bon souvenir” de 2013, jugeant les retombées inférieures aux investissements, et inégalement réparties sur le territoire a donc décidé de rester sur le banc de touche, quand bien même des événements de la programmation se dérouleront sur son sol.

Si les acteurs politiques comptent sur MP2018 pour réaffirmer la cohésion du département, l’ambition part donc amputée de la deuxième ville du département. Le préfet Stéphane Bouillon qui voyait dans le projet “une reconquête, et même une conquête de la métropole”, le voit se heurter une fois de plus aux réticences aixoises. Même en amour, les rancœurs sont parfois tenaces.

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Commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    Merci pour l’info, et Hou ! à la principauté bourgeoise d’Aix en Provence
    Pour l’amour ! de la langue, une paire de mini corrections :
    – “Cette chasse aux fonds privés va de pair” et pas de paire
    – “Ces coupes dans les budgets culture des collectivités territoriales ont été dénoncées dans une lettre ouverte signée par 130 structures culturelles” (au lieu de dénoncés et signées)

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  2. Orwell84 Orwell84

    Faire plus que MP2013 !? Encore de copinnages, de destruction des petites structures culturelles de quartiers.
    Vu le souvenir que laisse MP2013 (hommage à camus censuré, aucune expo d’ampleur, la moitié des musés fermés, une inauguration ridicule et ratêe, Ghetta à borely rejeté par les Marseillais ext…) On a hate !

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  3. Brallaisse Brallaisse

    La dernière fois il y avait le défilé des moutons,pour celui des chèvres j ai une adresse :la mairie

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  4. Jean Peuplus Jean Peuplus

    Ouf, j’ai eu peur à la lecture de cet article….tant que la culture reste dans la rue et hors Marseille, les collections abritées dans les musées seront hors de danger.

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Le plus important :IAM ,Quartiers Nord, MASSILA Sound System ,Perrine MANSUYS , SOPRANO et Leis Ami d’ALAU seront-ils là, plus les autres ?.
    Car sur la photo du comité artistique , ils n’ont pas trop l’air d'”être tombé du camion”. Les initiés comprendront !

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  6. LuD92 LuD92

    Les Marseillais auront ils enfin droit à des expos photos ? Un renouveau du MAC ? Une programmation digne d’intérêt pour la Vieille Charité ? Une programmation tout court pour le musée Cantini ? Parce que la chaîne de bisous … en saison de grippe et gastro ..? Si l’idée était venue de mômes, elle passerait volontiers.

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