Métropole : la création des groupes provoque la discorde, même à droite

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le 7 Avr 2016
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Le conseil métropolitain doit instituer ce matin la création de groupes politiques. Fixé à 20 élus, le seuil déclenche la colère des oppositions de gauche et d'extrême-droite. Mais même parmi les élus Les Républicains, les cœurs balancent entre le regroupement partisan, l'intérêt communal ou celui des territoires des anciennes intercommunalités.

Le conseil métropolitain, le 17 mars dernier, après l
Le conseil métropolitain, le 17 mars dernier, après l'élection du président Gaudin.

Le conseil métropolitain, le 17 mars dernier, après l'élection du président Gaudin.

Le troisième conseil métropolitain de l’histoire fera-t-il d’Aix-Marseille Provence un parlement des territoires ou un super établissement intercommunal ? Une assemblée politique ou un lieu de négociations entre maires ? À l’heure où nous écrivons ces lignes, difficile de dire quel sera le visage de cette nouvelle institution lors de cette première plénière post-élections au parc Chanot.

En effet, c’est seulement avec le rapport 3 bis (sic) que vont se créer les groupes politiques. Ceux-ci ne sont pas définitifs puisque ce même conseil est censé adopter une délibération créant une commission destinée à préparer le règlement intérieur de l’institution. Mais le rapport prévoit tout de même un nombre minimal de vingt pour ces groupes d’élus.

Une disposition qui met dans l’embarras les groupes d’opposition. C’est le cas des communistes, 17 élus au conseil. “À Lyon ou à Lille, il y a des groupes de deux pour permettre l’expression politique la plus large, constate Marc Poggiale, élu communiste marseillais. Nous demandons à Gaudin l’abaissement du seuil ou le retrait du rapport mais tout dépend de son attitude concernant les commissions qui travailleront sur le règlement intérieur et le pacte financier et fiscal. S’il ne permet pas aux oppositions d’y siéger car elles n’ont pas de groupes constitués, alors ça ne peut pas aller”.

“5% des conseillers métropolitains”

Le souci est le même pour les socialistes dont aucun des deux groupes – les Marseillais et les bucco-rhodaniens – n’atteint le seuil fatidique. “C’est un seuil anormalement élevé. Même à l’assemblée nationale, il est fixé à 15 députés, s’indigne Florence Masse qui présentait sa candidature face à Jean-Claude Gaudin le 17 mars dernier. Nous souhaiterions que ce seuil soit rabaissé à 5 % des conseillers métropolitains, soit 12 élus”. La conseillère socialiste espère que le président Gaudin fera preuve de “l’esprit d’ouverture qu’il semblait défendre lors du dernier conseil”. Dans le cas contraire, elle souhaite également que ce rapport soit retiré.

Les 19 élus du Front national amené par Stéphane Ravier sont dans la même difficulté. Certains conseillers susurrent même que la règle des 20 a été créée à la seule fin d’empêcher le FN de bénéficier d’un groupe constitué. À l’heure où nous écrivons, les négociations se poursuivent pour tenter d’obtenir un abaissement de ce seuil. “Nul doute que Jean-Claude Gaudin sera sensible aux arguments des communistes puisqu’il était dans une logique de gouvernance partagée même avec eux”, grince-t-on dans l’entourage du sénateur et maire des 13/14.

De nombreux clivages à droite

Mais la constitution des groupes provoque des même des remous au sein des très nombreux élus de droite qui hésitent entre une représentation partisane, par territoire, calquée sur les anciennes intercommunalités ou autour de l’intérêt communal. Or, jusque dans les dernières heures précédant ce conseil, les tractations se poursuivent de part et d’autres de clivages qui cisaillent les camps et les territoires. “Je ne vais pas vous dire que je suis pour un groupe à 10 ou à 12 alors que j’appelle au rassemblement dans mon propre camp”, constate Nicolas Isnard, maire (LR) de Salon et président du conseil de territoire.

Le président de l’union des maires et édile sans étiquette de Mimet, Georges Cristiani a depuis longtemps annoncé sa volonté de créer un “groupe d’intérêt communal” pour rassembler les maires, notamment des petites communes. En face, le maire de Gémenos, Roland Giberti, a créé à l’automne un groupe baptisé EPIC – entente pour l’intérêt des communes – qui prend la même logique de représentation des maires mais cette fois-ci un affichage clairement à droite en soutien au président Gaudin.

Joissains et l’intérêt territorial

Enfin, lundi, la maire d’Aix et présidente du conseil de territoire Maryse Joissains a fait partir un courrier à l’intention des 35 autres maires du pays d’Aix. Forte des 70 voix rassemblées sur son nom lors de son élection à la présidence du conseil de territoire, elle sollicite l’adhésion des élus métropolitains à un “groupe d’intérêt territorial”. Celui-ci reprendrait “l’héritage de la communauté du pays d’Aix” pour faire bloc dans “une métropole trop centralisée” et obtenir de vraies délégations de compétence aux conseils de territoire.

Cette tentative s’oppose à celle de Georges Cristiani qui dit faire le plein parmi les maires du pays d’Aix et revendique au total 38 édiles issus des six conseils de territoire. “À un ou deux près car nous ne sommes pas à l’abri que certains rejoignent d’autres groupes”, indique-t-il.

“Pas le parlement de Provence”

En étendard de son combat, le président de l’union des maires entend conserver à la métropole son caractère intercommunal. “La métropole, ce n’est pas le parlement de Provence mais un établissement public de coopération, estime-t-il. Notre groupe est donc ouvert à toute personne qui adhère à sa déclaration de principe : le maintien des ressources des communes et des conseils de territoire ; le maintien des prérogatives urbanistiques des maires et la stabilité fiscale”.

Il bénéficie également du ralliement de Béatrice Aliphat, la maire divers droite de Saint-Mitre-les-Remparts. On trouve dans ce même groupe certains des colistiers de Jean-Noël Guérini aux sénatoriales dont Michel Amiel, maire des Pennes-Mirabeau et Yves Vidal, édile de Grans.

En face de lui, le maire de Gémenos, Roland Giberti fait profil bas alors que son entourage claironnait le 17 mars que le groupe de Georges Cristiani ne se ferait pas. Lui-même revendique 30 à 32 maires mais poursuivait encore les pourparlers dans la journée d’hier. Cette agitation de dernière minute donne le vire-vire aux élus les plus campés.

Isnard pour “un rassemblement le plus large”

Le maire de Salon, Nicolas Isnard soupire : “Au départ, j’étais sensible aux arguments de Georges Cristiani et ce matin [ce mercredi, ndlr] j’ai vu Roland Giberti. J’ai eu [la présidente du conseil départemental] Martine Vassal au téléphone. Ça n’arrête pas. À l’heure où je vous parle, je suis pour qu’il y ait le minimum de groupes pour le maximum de cohérence. Nous nous devons de faire fonctionner cette métropole même si nous l’avons combattue. Dans ce cadre, on doit n’être ni de gauche, ni de droite, ni d’Aix ou d’ailleurs mais ensemble.” La présidente du conseil départemental partagerait cette stratégie d’union et multiplie les coups de fil pour tenter de créer une majorité la moins dispersée possible.

Nicolas Isnard espère donc qu’un seul groupe finira par se dessiner autour de “l’intérêt communal” que cette bannière soit portée par Giberti ou Cristiani. “Sinon les élus du pays salonais et moi-même ne siègerons dans aucun groupe ou nous créerons un groupe d’intérêt territorial entre nous”, prévient-il. Les tractations devraient se poursuivre jusqu’à tard pour éviter l’éclatement de l’assemblée métropolitaine en une multitude de groupes à la fois partisans et territoriaux.

En effet, la constitution des groupes passe par la remise d’une liste en début de séance. Comme le prévoit la délibération :

Les groupes d’élus se constituent par la remise à Monsieur le Président de la Métropole d’Aix-Marseille-Provence d’une déclaration, signée de leurs membres, accompagnée de la liste de ceux-ci et de leurs représentants.

Si le président Gaudin échoue à construire une majorité assise sur un minimum de groupes d’élus, sa marge de manœuvre pourrait être mise à mal. C’est parfois quand une majorité est la plus large que les tensions se font le plus durement sentir.

Correction le vendredi 8 avril à 16 H30 : Contrairement à une information donnée par son cabinet, François Bernardini dément rejoindre le groupe d’intérêt communal de Georges Cristiani.

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Commentaires

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  1. MarsKaa MarsKaa

    comment cela se fait-il que chacun fait ce qu’il veut, comme il veut, dans chaque métropole, selon le bon vouloir du prince, enfin du “président de la métropole” ?? il n’y a pas de règles républicaines, nationales, pour ce genre de chose ??
    il y a là un hold up politique, un groupe de personnes s’accapare ici bas tous les postes de pouvoir, de la commune à la Région, en passant par la métropole et le Département, écartant des manettes toute opposition.
    Et ils s’auto-baptisent “les républicains” !! mdr comme disent les jeunes …
    Ah, elle est belle la démocratie locale !

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  2. julijo julijo

    C’est quelque part réjouissant, amusant, de voir les intérêts des élus de tous bords et de tous partis…loin, si loin, très très loin des préoccupations réelles que devraient avoir des gens “sérieux” soucieux du bien être de leurs concitoyens, contribuables, électeurs….etc… gens “sérieux” qui devraient et ou pourraient avoir à cœur de faire fonctionner la métropole.
    En même temps, c’est d’une tristesse absolue de noter leur incompétence et leur absence de sens commun….
    Oui elle est belle la démocratie locale !! nous vivons une époque formidable.

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  3. Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

    Dans ce vacarme d’arrière-cuisine politicienne aux relents peu ragoûtants, peut-on rappeler à ces messieurs-dames que ce qui leur est demandé, ce n’est pas de perdre leur temps à réfléchir à l’alliance de M. Trucmuche avec Mme Michu ou aux moyens de préserver des frontières obsolètes, mais plutôt d’agir sur quelques détails triviaux qui intéressent la populace : pouvoir se déplacer aisément, trouver un emploi, etc. ?

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  4. Trésorier Trésorier

    Je suis abasourdi de lire que Mme Joissains considère que la métropole est trop centralisée quand elle se fait hara kiri sur ses compétences et ses budgets, laissant ceux-ci aux ex EPCI à la con (conseils de territoires désormais).

    Quand à M. Cristani, il ose dire qu’il revendique “le maintien des ressources des communes et des conseils de territoire ; le maintien des prérogatives urbanistiques des maires et la stabilité fiscale”. On voit qu’il désire le maintien du système qui a failli et du clientélisme. Ou sont les projets métropolitains ??? Nulle part !!! Y a t il parmi ces élus des gens pour penser METROPOLE ???

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