Médias, politiques, patrons : ceux qui massacrent Marseille

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le 5 Nov 2010
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Ouh le titre osé que voilà. Comme si tout le monde ne savait pas, comme le Point le proclamait en Une la semaine dernière, que ce sont les grutiers, éboueurs et dockers qui massacrent la ville. L’hebdo s’appliquait à nous montrer « comment ils ont fait de Marseille une caricature »… sans en louper aucune : le Vieux-Port et ses « Marseillais pur pastis », la Canebière, les galéjades, la Bonne Mère, Plus belle la vie, fada, on craint dégun, l’accent de Gaudin, le côté Pagnol de Guérini.

Dommage quand on sait que son directeur Franz-Olivier Giesbert, qui fréquente assidûment le Cercle des nageurs de Marseille, se déclare amoureux de la ville. Et il y a mieux pour briser la caricature qu’alimenter le mythe du Chicago français avec un « polar idiot dans un Marseille cliché » (Libération) comme l’Immortel et son adaptation au cinéma.

Miroir grossissant

« Par ses excès, Marseille joue le rôle de miroir grossissant dans lequel nos voisins voient se refléter, en exagéré, les maux de la société française », écrit le Point. On ne saurait mieux dire. Mais, en laissant de côté la réalité de certaines « particularités locales » – comme on dit – le patronat marseillais qui publie une pub outrancière dans le quotidien de tout ce que la France compte de « décideurs » – comme on dit encore – n’y est-il pas pour quelque chose ? Idem pour les politiques qui poussent des cris d’orfraie en déplorant que l’on fusille le travail accompli depuis 15 ans et décrivent une ville transformée en « bidonville dans un pays du tiers monde à cause des rats et des maladies infectieuses ».

A l’inverse, pendant la grève, d’autres responsables ont su faire profil bas. Toulouse a-t-elle eu les honneurs de la presse internationale pendant les deux semaines de grève des poubelles qu’elle a subi ? Et Nantes, Pau, Angers, Agen, Brest ? Il a fallu que la grève cesse à Marseille pour que les regards se tournent vers le premier centre transfert de déchets français, celui d’Ivry-sur-Seine, où les « jusqu’au-boutistes » sévissent encore.

Et lorsque le monde économique de Rouen et du Havre s’alarme, c’est le Journal des entreprises et pas le 20 heures de France 2 qui se demande si c’est « le conflit de trop » pour les ports normands. D’ailleurs quand Nicolas Sarkozy déplore qu’il y ait « plus de containers en provenance de France qui soient débarqués sur le port d’Anvers que sur le port du Havre », les médias retiennent surtout que le blocage du port de Marseille « n’est pas acceptable ». Comme Nanard, Gaudin et Galéoté (CGT du Port), Marseille est tout simplement ce que les journalistes appellent un « bon client ».

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Commentaires

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  1. céhère céhère

    Très beau titre!

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  2. athe athe

    En gros il y a deux types de villes en France: Paris et Marseille. Partout ailleurs – à Lyon, Reims, Bordeaux, Tours, Nantes et Angers, etc, ils se retrouvent dans une sorte de “Paris” à l’échelle réduite, plus “provincial”, mais avec cette même bourgeoisie de notables, ces mêmes centres-villes, avec leurs beaux magasins, leurs”beaux quartiers”. Arrivés à Marseille, les “parisiens” s’y perdent, perdent leurs repères: ville de quartiers, ville planète, un centre et des centres ailleurs, sans plan et sans contours, si peu haussmannien; un chaos qui, ne respire pas ce calme bourgeois, rassurant, qu’on trouve par ailleurs.
    D’où une méconnaissance de la deuxième ville de France, qui frise le ridicule. D’où aussi cette tendance à vouloir réduire cette ville à une caricature – histoire de se rassurer. Au fond cette ville leur est toujours resté étrangère.
    Mais du coup elle sert d’exutoire de toutes ces choses qui font, depuis toujours, peur aux petits bourgeois: l’insécurité! – Paris est certainement beaucoup plus dangereux! L’étranger! – Il y en a largement autant à Paris, et les problèmes liés à l’immigration sont beaucoup plus importants. La saleté! – je vous invite de visiter certaines banlieues. La pauvreté! – ailleurs, on cherche toujours à cacher la misère. Les gens simples, ouvriers, classes populaires! – à Marseille, ils ont la parole, à Paris ou Lyon, on les cache aussi. Les pots de vins, et autres relations douteuses entre le pouvoir et l’argent (parfois sale)! – à Paris, ça dépasse probablement tout ce qu’on peut imaginer ici. Mais tant pis – car lorsqu’on parle de Marseille, c’est surtout pour rassurer les petits bourgeois – chez eux, à Paris et dans leurs provinces – et dans leurs certitudes…

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