Martine Vassal bricole un agenda environnemental à un milliard d’euros

Actualité
le 17 Oct 2018
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La présidente du département et de la métropole affiche son ambition de s'attaquer aux urgences que sont la pollution de l'air, la transition énergétique et la préservation de la biodiversité. Chiffré à un milliard d'euros, cet agenda environnemental mixe recyclage d'annonces, projets en gestation et mesures ciblées pour les particuliers.

Moins d’un mois. C’est le temps record qu’il aura fallu aux équipes de la métropole pour se greffer sur l’agenda environnemental du conseil départemental. « Voilà un premier exemple de mutualisation », a lancé la présidente Martine Vassal, lors de son élection à la tête d’Aix-Marseille Provence en annonçant cet agenda. Distillé au cours de plusieurs événements ces derniers jours, il était présenté ce mardi, en amont du conseil métropolitain de jeudi.

« Ça s’est bien passé », nous assure Martine Vassal, à propos de cette genèse accélérée. « Nous avons travaillé d’arrache-pied pendant 1 mois », a poursuivi Alexandre Gallese, conseiller métropolitain délégué à la stratégie environnementale. « On se parlait déjà avec le département ! Je travaillais sur plein de sujets avec Bruno Genzana [le vice-président délégué à l’environnement du département]. Cela n’a pas été compliqué », précise-t-il en aparté.

Un mois de préparation pour un milliard d’euros. Pendant quelques minutes, on s’est même pincés. L’agenda regrouperait un effort de 5 milliards d’euros sur cinq ans. Soit l’équivalent de deux tiers du budget annuel de la métropole et du conseil départemental, les deux institutions présidées par l’élue LR. Une fonctionnaire attentive lui glisse un mot à l’oreille et Martine Vassal rectifie son erreur : il fallait comprendre un milliard d’euros sur cinq ans. Ce qui est déjà un belle somme.

« J’aurais pu dire cinq milliards sur un an », a plaisanté Martine Vassal, charriant un Jean-Claude Gondard, directeur général des services de la métropole, « tombé de sa chaise ». On retrouve là son goût des chiffres ronds, déjà perceptible moins d’un an après son élection à la tête du département. Un plan de 500 millions d’euros avait alors clôturé la concertation des État généraux de Provence, dont 300 millions d’euros pour la mobilité. Puis, en 2017, le plan Charlemagne marquait la promesse de consacrer 2,5 milliards d’euros sur dix ans aux collèges.

Recyclage d’enveloppes

Le revers de ces gros chiffres tous ronds, c’est de n’être pas toujours très carrés. Impossible d’obtenir le listing détaillé de cette enveloppe. La réponse de la présidente à une question de La Marseillaise sur la répartition du budget entre les deux institutions, a donné le ton : « Je ne sais pas qui prend quoi en charge. Honnêtement, je ne me suis même pas posé la question. Aujourd’hui, l’important, c’est que ça se fasse. »

Il nous faudra donc piocher au gré des 38 pages du dossier de presse qui, d’ailleurs, ne reprend pas cette addition à son compte. Articulé autour de quatre axes (améliorer la qualité de l’air, préserver la biodiversité, investir dans les nouvelles énergies, protéger le littoral), il mélange des mesures très diverses. On y retrouve nombre de précédentes annonces, comme les 300 millions d’euros du plan mobilité déjà évoqué, ou la rénovation des espaces publics du centre-ville de Marseille. S’y ajoutent des projets plus récents, par exemple la « zone à faibles émissions » en réflexion pour le centre-ville de Marseille. D’autres étaient semble-t-il encore en gestation mais bénéficient d’un écho anticipé. C’est le cas de la société d’économie mixte métropolitaine dédiée aux énergies renouvelables, qui devait être l’un des piliers du « Livre blanc de l’énergie » en cours de finalisation.

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À propos du plan Ambition centre-ville, qui présentait les mêmes caractéristiques, la vice-présidente du conseil départemental Sabine Bernasconi invitait à y voir une mise en cohérence de mesures éparses, « un zoom sur les actions (…) avec bien sûr une accélération ». Cette définition s’applique bien à l’agenda environnemental, coup de projecteur sur une thématique pour laquelle le conseil régional de Renaud Muselier s’est déjà fortement positionné avec le slogan « Une COP d’avance ».

Les habitués des lourds schémas tels que les plans de déplacements urbains ou les plans climat ne trouveront dans cet agenda ni diagnostic détaillé, ni objectifs axe par axe. Le discours de Martine Vassal donne en revanche des gages de prise de conscience : ciblage net de la pollution de l’air comme la « troisième raison de mortalité, juste après l’alcool et le tabac », « retard accumulé » sur les transports ou le tri sélectif, de la nécessité de porter une attention systématique à la préservation de la biodiversité.

Une présidente pressée

La volonté politique, elle, s’incarne dans quelques mesures palpables pour les particuliers, peut-être davantage que le totem un peu lointain et galvaudé du milliard d’euros. Ainsi, la communication départementalo-métropolitaine met particulièrement en avant un chèque de 5000 euros proposé pour l’achat d’une voiture électrique. On retrouve là un émule du dispositif Provence éco rénov, lancé depuis deux ans dans le domaine de la rénovation de l’habitat et qui avait fait l’objet d’une campagne d’affichage importante. Celui-ci figure encore en bonne place dans l’agenda, de même que l’aide au remplacement de poêles à bois, dont les plus anciens sont une source importante d’émission de particules fines.

« Vous connaissez ma façon de travailler, c’est en premier lieu d’avoir des résultats et d’avoir des actions concrètes qui permettent de lancer des choses tout de suite et de montrer notre volonté d’avancer », justifie Martine Vassal dès les premières minutes de son discours. Depuis plusieurs années, la présidente a fait de la rapidité un axe de communication, « parce que lorsqu’on lance un projet, en tant qu’élu, on aime le voir éclore au plus tôt« , expliquait-elle dans un article du magazine du département consacré à la « méthode Vassal ».

À raison de 1000 véhicules électrique subventionnés par an, pour un budget annuel de 5 millions d’euros, ce levier risque d’être restreint dans un territoire qui dépasse le million de voitures particulières. Mais, comme le car à étage de la navette Aix-Marseille, il propose un petit pas immédiat pour faire attendre les grands projets souvent frappés de retard.

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Commentaires

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  1. Assedix Assedix

    Pas de calendrier pour la sécurisation des pistes cyclables… il va encore falloir serrer les fesses sur la selle. 🙁

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  2. Olbi1 Olbi1

    Le petit pas pour l’achat d’un véhicule 100% électrique sans justification de ressources peut-il être vu comme un cadeau pour ceux qui en ont déjà les moyens et rajouteront à leur parc automobile un véhicule « écolo », sans que cela fasse diminuer la circulation ni globalement l’empreinte carbone des voitures, un cadeau pour les entreprises qui commercialisent ces bagnoles, tout cela à un an des municipales ?
    Ou bien ai-je mauvais esprit ?
    En quoi cela est-il un petit pas et vers quoi ?

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  3. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Il y a bien une urgence écologique, et on veut croire que l’activisme de Mme Vassal, sur ce front-là comme sur d’autres, n’a rien à voir avec la proximité d’élections. On voudrait le croire…

    Mais quand la région PACA, sous l’autorité d’un Muselier qui appartient au même parti politique, fait le nécessaire pour réduire et démanteler le service des TER, quand la majorité municipale de Marseille, dont Mme Vassal fait partie, autorise l’abattage de centaines d’arbres à Luminy, à La Plaine et partout où des terrains sont convoités par des promoteurs, alors qu’il faudrait au contraire « verdir » la ville, on a quand même du mal à y croire…

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  4. Input-Output Input-Output

    Sous cou »vert » d’une urgence écologique bel et bien présente, la « dame de fer » nous livre effectivement un plan Marshall qui se contente de greenwasher les politiques déjà existantes du département et de la métropole. Tout cela en 1 mois et avec 1 milliard de budget, cela ne prouve qu’une chose, qu’elle maîtrise sa communication à destination du grand public, qui ne manquera pas de voir ses grandes affiches et qui aura ainsi une chance de s’en souvenir au moment de mettre son bulletin dans l’urne pour élire son prochain…maire ?

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  5. Manipulite Manipulite

    @input-output Vous avez tout dit et bien dit !
    1 mois = 1 milliard ça claque !
    Sainte Martine fait beaucoup de com ; charité bien ordonnée…

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  6. LaPlaine _ LaPlaine _

    Donc on avait même pas à s’interroger, on est reparti avec les mêmes et on recommence.

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  7. Brallaisse Brallaisse

    La « Dame en Fer Blanc  » plutôt , car se dernier métal à une caractéristique notoire : la maniabilité en fonction des événements .
    Comparer Vass

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  8. Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

    Un milliard, c’est rien. A peine le prix d’un stade

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  9. Félix WEYGAND Félix WEYGAND

    On peut quand même penser que cette déclaration est une bonne nouvelle car elle marque le chemin que fait la prise de conscience de l’urgence écologique même dans les esprits les moins ouverts…
    Le problème est ailleurs : Martine Vassal, quelle que soit son énergie, son intelligence et sa bonne volonté, ainsi que la plupart des élus qui l’entourent a été formée politiquement dans une histoire qui confond « politiques publiques » et montages de coups permettant de communiquer à court-terme…
    Le pouvoir s’accumule « tout seul » dans se main, il faut espérer qu’elle s’en serve pour avoir des projets planifiés à long-terme, réfléchis et imposés avec discipline et fermeté durable aux élus et aux techniciens qui devront les accepter et les mettre en oeuvre.
    Si elle le fait finalement cette accumulation de pouvoir, servie par l’absence d’opposant, et par l’énergie qu’elle proclame servira peut-être à quelque chose…

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