Marche des cobayes : « Il faut que ce soit à l’industriel de prouver l’innocuité du produit »
Ce mardi 1er mai va s'élancer à Fos-sur-Mer la marche des cobayes, ou marche "vérité et justice pour la santé environnement". Ce périple de 1200 kilomètres conduira des militants associatifs jusqu'à Paris à la fin du mois de juin. Le parcours fera étape dans plusieurs villes du département toute cette semaine [voir notre carte interactive]. Nous en avons interrogé avec un de ses coordinateurs locaux, Sébastien Barles, militant Europe écologie-les Verts et ancien conseiller municipal de Marseille.
Sébastien Barles, militant écologiste et conseiller municipal de Marseille
D'où est venue l'idée de cette marche ?
C’est la présidente de l’Association française des malades de la thyroïde qui en a parlé la première au moment d’un rassemblement pour les malades du Lévothyrox. D'un échange entre Michèle Rivasi et cette femme est née l’idée d’une grande marche blanche. Il faut casser l'isolement des victimes qui affrontent toutes le même phénomène : une capture scientifique de la part des lobbys des grands industriels, une capture réglementaire. On a toujours le même processus et on a des victimes qui doivent prouver les liens de causalité entre le facteur d’exposition et la pathologie dont ils souffrent. Donc on s’est dit qu'on allait tester cette idée de marche. On a réuni les associations de victimes des pesticides, des accidents médicamenteux, des derniers scandales alimentaires qui ont validé l’idée et puis on a avancé sur les revendications. On demande la reconnaissance des victimes, pas seulement pour être indemnisés individuellement mais que l’État soit aussi reconnu responsable. C’est pour ça que l’on porte la notion de "crime industriel" qui existe aussi en Italie avec inversion de la charge de la preuve et l’obligation pour l’industriel de prouver l’innocuité du produit. Et on veut aussi construire un conseil scientifique avec un carnet de revendication pour renforcer l’indépendance de l’expertise.
Sur cette question de la charge de la preuve, prenons deux étapes . . .
« Il faut que ce soit à l’industriel de prouver l’innocuité du produit »
Malheureusement c’est impossible : je ne peux pas « prouver » l’innocuité de l’eau ! Je peux même apporter beaucoup de « preuves » des dangers de l’eau. C’est une règle de la philosophie des sciences, il est impossible de prouver l’inexistence (et pas seulement celle des dieux).
En revanche on peut se baser sur des faits ou de fortes présomptions : micro particules de produits solides implique danger (cela bouche les alvéoles des poumons, c’est pou ça que la tabac et autre fumée, tue) , produit » organo XXX » – XXX pouvant prendre plusieurs dénominations, le plus fréquent étant « chlorés » ou « phosphorés » – implique danger.
Plutôt que d’exiger l’impossible, essayons d’exiger la transparence sur les produits et leur composition.
Mais aujourd’hui, il est très difficile de savoir ce que contiennent les produits commercialisés (soit disant pour protéger la propriété intellectuelle) et c’est tout encore plus un parcours du combattant de connaitre tous les produits intermédiaires qui ont été utilisés dans le process qui conduit à leur production.
Un conseil scientifique c’est indispensable mais exiger des industriels de « prouver l’innocuité du produit » c’est, selon moi, se tirer une balle dans le pied.
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