L’Italie veut vendre son consulat et son institut culturel marseillais

Info Marsactu
Marie Dédéban
23 Avr 2019 5

Construite dans les années 30 dans un style proche de l'art-déco, la Casa Italia est devenue encombrante pour l'État italien. Première étape vers la vente de ce bâtiment remarquable, la demande officielle de déclassement adressée par le Consul à la métropole Aix-Marseille-Provence inquiète certains Italiens de Marseille.

Le Consulat italien se trouve dans la Casa Italia depuis la fin des années 1930.

Le Consulat italien se trouve dans la Casa Italia depuis la fin des années 1930.

Le consulat d’Italie va-t-il bientôt déménager ? C’est le sens de la demande de déclassement du bâtiment, adressée par le consul d’Italie à Marseille, Alessandro Giovine, à la métropole le 1er mars 2019 dont nous avons pu avoir connaissance. Le consul a confirmé à Marsactu avoir monté un dossier auprès de la métropole Aix-Marseille Provence, dans le but de vendre ses locaux, mais s’est refusé à tout commentaire supplémentaire.

Dans sa demande officielle, il explique pourtant clairement que le classement de l’édifice comme « bâtiment remarquable » dans le projet de plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) est un frein. Il crée selon lui « un préjudice pour toute intervention qui vise à la récupération, adaptation aux normes ou aux nouvelles exigences de personnel voire valorisation du bâtiment, que l’État italien, propriétaire, déciderait de mettre en œuvre ». Aujourd’hui, « aucune modification d’aspect de façade ou de toiture n’est possible », impose le PLUi. Le document prévoit également la conservation de divers éléments (voir fiche ci-dessous).

La fiche de la Casa d’Italia dans le projet de plan local d’urbanisme intercommunal.

En juillet 2018, Alessandro Giovine, avait déjà fait part dans La Marseillaise de la nécessité de céder ces propriétés. « Le bâtiment est vétuste. Des interventions structurelles sont nécessaires. Nous n’avons pas besoin de tous ses espaces. […] Il n’est pas aux normes en terme d’accessibilité et de sécurité. Il faudrait des millions », expliquait-il alors (Lire notre article).

Les locaux des associations italiennes ne sont pas concernés

La demande de déclassement est un nouveau pas vers la vente des locaux, situés à l’angle des rues d’Alger, Pauriol et Melchior dans le 5e arrondissement. Sans son statut « d’élément remarquable », le bâtiment ne serait plus protégé, ce qui faciliterait un projet immobilier. Pour le moment, seuls le consulat général et l’institut culturel italien sont concernés. Le reste du bâtiment n’est pas visé puisqu’il n’appartient pas au consulat mais à la SIBA (société italienne de bienfaisance et assistance) et héberge diverses associations, comme le COM.IT.ES (le comité des Italiens à l’étranger) et l’association régionale des Piémontais de Marseille.

Rien n’est encore joué puisque le dossier est toujours à l’étude par la métropole, qui n’a pas donné suite à nos sollicitations. Mais la nouvelle fait déjà grand bruit, jusqu’au sein même du consulat. Certains Italiens sont catastrophés. « On l’appelle la Casa Italia. C’est un bâtiment chargé d’histoire, témoigne l’un d’eux. C’est un symbole, et pas seulement un lieu quelconque. »

Un lieu emblématique pour les Italiens de Marseille

Ce complexe de 5000 mètres carrés a été inauguré en 1936. Conçu par trois architectes italiens, Antonio Lomaro, Paolo Gid Ales et Julio Carrano, c’est un des rares monuments marseillais de style ventennio, de la mouvance art-déco, reconnaissable à ses lignes arrondies. « La Casa Italia est très connue de tous les Marseillais de descendance italienne. C’est vraiment dommage si le consulat s’en va de là », soulève Catherine Bres. La présidente de l’association PassaParola connaît bien les lieux : elle y suivait des cours de langue jusqu’à ce que l’institut culturel licencie les professeurs, en janvier 2017 (Lire notre article).

« Quand on vient au consulat, on se sent chez nous. C’est une part d’Italie à Marseille, s’émeut un de ses amis. La beauté de ce lieu, ce n’est pas seulement la structure, c’est celle des Italiens qui y sont passés, et ceux qui y viendront un jour. » Comme lui, quelques 3000 Italiens vivent aujourd’hui dans la ville, qui a compté plus de 130 000 ressortissants dans les années 30.

Un contexte économique tendu

Depuis une dizaine d’années, l’Italie ferme ses sites diplomatiques les uns après les autres. Sur les dix consulats que comptait le pays en France au début des années 2000, la moitié seulement subsiste. Adieu Bastia, Chambéry, Mulhouse, Lille et Toulouse. Seuls Paris, Metz, Lyon, Nice et Marseille appartiennent encore au réseau consulaire italien. Les instituts culturels de Grenoble et Lille ont également dû mettre la clé sous la porte. Ceux de Strasbourg et Lyon y ont seulement échappé grâce à une forte mobilisation locale.

Pressée par l’Union européenne, l’Italie cherche à réduire sa dette et à augmenter ses recettes. La vente des biens immobiliers nationaux, par le biais dune société dédiée, l’Invimit (Investimenti immobiliari italiani), en est un des piliers, comme l’explique Les Echos. La cession de la Casa Italia serait donc un apport bienvenu. Reste à connaître la décision de la métropole.

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