Lisette Narducci poursuivie par une dizaine de fonctionnaires pour harcèlement moral

Enquête
Jean-Marie Leforestier
30 Nov 2018 4

Dix agents municipaux ont déposé une plainte auprès du procureur de la République pour harcèlement, injures et violences visant la maire de secteur des 2e et 3e arrondissements, et sa directrice de cabinet. Cette dernière, qui dément les comportements qui lui sont imputés, a été suspendue par la Ville de Marseille.

C’est une affaire qui démarre et dont on ne sait jusqu’où elle pourrait aller. Le 27 novembre, une dizaine de fonctionnaires de la mairie des 2e et 3e arrondissements a déposé plainte auprès du procureur de la République. Elle vise directement la maire de secteur Lisette Narducci et sa directrice de cabinet Michelle Azoulay. À cela s’ajoute la position de la Ville de Marseille qui, ayant eu connaissance de ces témoignages, a aussi avisé le parquet au titre de l’article 40 du code de procédure pénale comme nous l’a confirmé la mairie.

Ces agents dénoncent tous un harcèlement moral, des violences et des injures exercés par la plus proche collaboratrice de l’édile membre du Parti radical, longtemps proche de Jean-Noël Guérini et partie prenante de la majorité municipale. « Ils témoignent de la mise en œuvre d’un véritable système visant à casser et écarter les agents opposant une quelconque résistance et pouvant entraver les agissements des auteurs des faits délictueux et particulièrement l’autoritarisme illégitime de madame Azoulay », écrit leur avocat Sébastien Vicquenault dans la plainte que nous avons pu consulter. Nombre d’entre eux sont aujourd’hui en arrêt maladie et craignent de devoir retourner au travail. Dans cette configuration, Lisette Narducci est accusée d’avoir cautionné et couvert ces agissements. Les deux intéressées démentent ces accusations.

Un directeur de services témoigne ainsi de sa mise à l’écart brutale avant d’être affecté dans un équipement déconcentré, sans fiche de poste. Une autre dit avoir vu progressivement son poste être vidé de sa substance, Michèle Azoulay la contournant systématiquement pour traiter directement avec son collaborateur, placé plus bas dans la hiérarchie. Une troisième fonctionnaire témoigne elle d’intimidations physiques avec des tapes régulières sur la nuque qui s’ajoutaient à un dénigrement systématique.

Possibles infractions relevant de la probité

Ni Michelle Azoulay ni Lisette Narducci n’ont pour l’heure répondu à nos demandes d’entretien. Selon plusieurs sources, l’élue et sa collaboratrice s’estiment victimes d’un complot politique sur fond d’importantes dissensions entre Lisette Narducci et les élus Les Républicains des 2e et 3e arrondissements.

« Madame Azoulay est soutenue par la CGT, de très nombreux fonctionnaires et la maire de secteur. Cette affaire est la suite d’une restructuration d’un service où seul le responsable était visé et qui a entrainé la mise en maladie de la totalité du service. Cette affaire ressemble à un règlement de comptes politique. Il y a à la fois des rancœurs personnelles et peut-être des arrières pensées à deux ans des municipales », estime leur avocat commun Philippe Vouland.

Michelle Azoulay n’est officiellement que chargée de mission contractuelle à la mairie des 2e et 3e arrondissements. Mais, dans des documents internes comme selon les témoignages des plaignants, elle faisait office de directrice générale des services par intérim. Publiquement, Lisette Narducci l’a toujours présentée comme sa directrice de cabinet et ce, depuis son embauche en 2012.

L’ennui pour Michèle Azoulay et Lisette Narducci est qu’en justifiant leur plainte, les agents ont fait état des circonstances dans lesquelles le harcèlement moral a eu lieu. Le plus souvent, il s’agit, selon leurs récits, d’entorses à la loi présumées pratiquées dans divers services dont le logement, l’état civil, les ressources humaines ou encore les marchés publics. Ces éléments pourraient bien provoquer une enquête bien plus large incluant des infractions relevant de la probité des agents publics.

Michelle Azoulay suspendue par la Ville

En attendant d’éventuels développements dans ce domaine, des mesures ont déjà été prises en interne. Michèle Azoulay a été suspendue de ses fonctions dans le courant du mois de novembre par la Ville de Marseille dans l’attente d’un conseil de discipline. Dans l’immédiat, elle a choisi de contester sa suspension devant le tribunal administratif. « Elle a d’abord été nommée DGS par intérim, puis suspendue sans motivation à plein traitement et quelques jours plus tard suspendue sans traitement », s’étonne son avocat Philippe Vouland qui plaidera mardi au tribunal administratif la levée de cette sanction.

Cette mesure administrative fait suite à une enquête de l’inspection générale des services missionnée pour faire la lumière sur les relations sociales au sein de la mairie des 2e et 3e arrondissements. Elle-même avait déclenché ses investigations à la suite d’une pétition signée par une vingtaine d’agents début septembre et d’une demande en comité technique fin septembre des syndicats CFTC et CFE-CGC.

Près de la moitié des agents de la mairie de secteur se sont signalés et un petite vingtaine aurait en interne reçu la qualification de harcèlement. Mais le travail est jugé partial par la CGT des cadres, syndicat auquel appartient Michelle Azoulay. « Il y a deux clans à la mairie et aucun des agents qui travaillent directement avec madame Azoulay, ni aucun des agents qui avaient fait des témoignages en sa faveur n’a été entendu », s’agace la déléguée syndicale Chantal Longuet. À ses yeux, il s’agit d’une « cabale. Il y a dans cette mairie des incompétences notoires mais pas de harcèlement ».

Quoi qu’il en soit, le résultat des investigations de l’IGS a motivé la transmission du dossier au procureur sur la seule base du harcèlement. Le parquet de Marseille n’a pu être joint ce vendredi, c’est à lui de décider du sort et de l’ampleur de l’enquête.

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