Les salariés d’Airbus Helicopters craignent l’annonce d’un plan social

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le 9 Sep 2016
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Le président d'Airbus Helicopters doit tenir son discours de rentrée le 15 septembre, à Marignane, sur fond de rumeur de 400 suppressions de postes chez les ingénieurs du siège. Le fabricant d'hélicoptères civils et militaires a déjà joué sur le nombre d'intérimaires et sur les mouvements en interne pour faire face aux trous d'air du carnet de commandes.

“Il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va”. Dans une conjoncture déjà compliquée, le syndicat CFE-CGC d’Airbus Helicopters retenait cette maxime du discours de rentrée du PDG Guillaume Faury, en 2015. Cette année, il parlera le 15 septembre. Le vent qui l’annonce promet une belle tempête.

Le bruit résonne en interne depuis plusieurs semaines déjà : 400 postes de cols blancs pourraient être supprimés au siège d’Airbus Helicopters qui regroupe 8 750 des 15 000 salariés du fabricant d’hélicoptères civils et militaires. Interrogée à ce sujet, lors de la dernière séance du comité d’entreprise, fin août, la direction a refusé de confirmer ou d’infirmer la rumeur, renvoyant simplement au discours du PDG. Le direction de la communication du groupe, traditionnellement peu bavard, n’a pas davantage répondu à nos sollicitations.

Bruit de couloir insistant

Le contexte n’aide pas. La compagnie traverse une série de turbulences qui ont des conséquences sociales immédiates : réduction du nombre d’intérimaires et propositions de mobilité interne vers d’autres sites du groupe pour les salariés permanents. Sans compter l’interdiction de vol en Europe des Super pumas, un des modèles fabriqués à Marignane, interdit de vol en Europe en attendant les résultats d’une expertise technique.

Le jour même de la reprise d’activité après l’arrêt estival du site, le site Maritima reprenait ce chiffre de 400 suppressions, noir sur blanc, dans un texte accompagnant l’interview vidéo d’un des responsables de Force Ouvrière qui disait son inquiétude sur la situation sociale de l’entreprise. “C’est un bruit de couloir insistant, admet Edwin Liard, autre représentant FO. Je mets un bémol sur les 400, je me garderais bien d’évoquer un nombre. Il n’y a eu aucune communication officielle de la direction sur le sujet”.  “On sait juste que la direction réfléchit à différents scénarios mais il est normal qu’avec des rumeurs de plans sociaux les salariés s’inquiètent. Ceci dit, Airbus Helicopters ne perd pas de parts de marché. Nos concurrents aussi souffrent du ralentissement des commandes”, relativise Ludovic Andrevon de la CFE-CGC.

A lire également sur le sujet : Chez Airbus Helicopters, les salariés comme variable d’ajustement dans la tempête

La situation est compliquée, les gens sont très inquiets mais rien n’est encore passé au comité central d’entreprise”, explique pour sa part Didier Hacquart de la CFDT. Dans sa lettre d’information de septembre, la CFE-CGC se dit “certes extrêmement préoccupée par cette situation, mais préfère attendre le discours du PDG afin de travailler sur des hypothèses solides et sérieuses, plutôt que de spéculer sur divers scénarios”. Un des délégués du syndicat de cadres, Ludovic Andrevon, tempère davantage encore : “Si cela se trouve, le PDG Guillaume Faury n’annoncera rien. La fumée n’est pas sortie, on verra de quelle couleur elle est.”

Poutres de queue transférées en Espagne

Les inquiétudes des salariés, déjà fortes avant l’été, ne vont pas en s’améliorant malgré une commande de 30 Caracal par le Koweït début août présenté par le ministre de la Défense comme devant “renforcer la pérennité des emplois dans l’usine de Marignane”. L’accident en Norvège d’un Super Puma H225 suite à une défaillance technique a conduit l’agence européenne de la sécurité aérienne à interdire de vol ces appareils. “Même sans l’accident, la baisse des tarifs du pétrole a amené un effondrement du marché des plateformes offshore et donc des hélicoptères spécialisés que nous fabriquons, explique Didier Hacquart. La direction avait déjà commencé à réduire la voilure notamment sur les intérimaires”. Ces derniers sont passés de 825 fin 2014 à 720 en octobre 2015. Ils ne sont plus que 511 fin août 2016 soit une baisse de 38 % en un an et demi.

Quant aux sous-traitants, il leur est aussi demandé de se serrer la ceinture. “La politique est de ne pas faire mourir les sous-traitants car on en aura besoin le jour où ça redécollera, explique Didier Hacquart, de la CFDT. Mais la direction regarde ce qui peut être rapatrié en interne”. Les cols bleus sont envoyés à droite, à gauche et il n’y en a plus beaucoup, explique-t-il. S’il y avait un problème de sureffectif, ce serait plutôt chez les cadres”.

Les mouvements en interne, vers Saint-Nazaire, Toulouse et l’Allemagne, que Marsactu détaillait au printemps lors des premiers ajustements, se sont poursuivis. “On a dû passer la centaine, estime Edwin Liard. Mais c’est temporaire et ce sont des volontaires.” Les salariés ont fait une autre découverte cet été avec le transfert soudain vers l’Espagne de la fabrication et de l’assemblage des poutres de queue, la partie arrière des engins. Une activité qui était en partie réalisée sur le site de Marignane. “Cela concerne très peu de personnes qui ont été replacées en interne mais c’est une perte d’activité pour le site, c’est symbolique”, déplore Didier Hacquart de la CFDT. Les syndicats ne sont pas tous sur cette ligne. “Ce mouvement s’inscrit dans la stratégie de spécialisation des sites que nous avons votée, défend Erwin Liard de FO. Demain si nous travaillons sur une partie des engins et non sur un seul modèle, nous serons moins dépendants du carnet de commande. Aujourd’hui, nous sommes très dépendants du Super Puma H225″. Une politique que soutient également la CFE-CGC.

Pour l’anecdote, la CFE-CGC retient une autre maxime du discours de rentrée 2015 : “La main secourable la plus proche est au bout de ton bras” À condition que personne ne décide de le couper. 

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