Chez Airbus Helicopters, les salariés comme variable d’ajustement dans la tempête

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Clémentine Vaysse
13 Avr 2016 6

Alors que les commandes sont au plus bas, Airbus Helicopters vient d'adopter un nouvel accord sur le temps de travail. Parallèlement, l'entreprise a envoyé une centaine de salariés de Marignane vers un site allemand et des départs vers Toulouse ou Saint-Nazaire seraient étudiés.

Photo Airbus-Helicopters

Photo Airbus-Helicopters

De la flexibilité pour gagner en compétitivité. Dans l’air du temps, Airbus Helicopters demande à ses salariés de s’adapter à une conjoncture compliquée. Après une année 2015 en creux, les commandes ne sont toujours pas au rendez-vous pour le fabricant d’hélicoptères qui compte plus de 8000 salariés sur son siège historique de Marignane.

Face à cette baisse d’activité, qui touche l’ensemble du marché et non uniquement l’ex-Eurocopter, des mesures ont déjà été prises. Une centaine de salariés de Marignane ont rejoint, sur la base du volontariat, un des deux sites allemands de l’entreprise. Les modèles qui y sont fabriqués résistent mieux à la crise et l’activité n’y manque pas.

Les recrutements gelés

En plus de ces mises à disposition volontaires, pour des missions dont on ignore la durée pour l’heure, sont évoquées des mobilités au sein du groupe Airbus, avec de possibles départs de salariés vers Saint-Nazaire et Toulouse. Le directeur des ressources humaines, Jean-Baptiste Ertlé confirme ces départs mais assure que “cette baisse d’activité est ressentie principalement sur le volet industriel mais pas au point de mettre en danger les postes”. Aujourd’hui, la rigueur est de circonstance avec des ventes en décrochage : 375 hélicoptères ont été livrés en 2015 contre 471 en 2014. Côté commandes, les chiffres ne sont pas meilleurs avec 383 engins en 2015 pour plus de vingt de plus l’année précédente.

Nombre d'hélicoptères livrés ces dernières années (source site Airbus Helicopters)
Nombre d’hélicoptères livrés ces dernières années (source site Airbus Helicopters)

“Cela commence à devenir inquiétant”, estime Edwin Liard, secrétaire général FO, majoritaire dans l’entreprise. “Nous avons un problème de carnet de commandes, appuie Didier Hacquart de la CFDT. La vraie question est quand est-ce que nous allons avoir des commandes”. Le syndicat accueille de manière plutôt favorable les départs en Allemagne. “Pour nous, c’est une bonne chose, explique t-il. Pour le moment, il y a plus de volontaires que de places disponibles et cela permet de traverser une mauvaise passe”. 

“Airbus Helicopters a massivement recruté ces dix dernières années, relativise Jean-Baptiste Ertlé. Nous avons commencé à stabiliser nos effectifs début 2014. Aujourd’hui, nous ne recrutons plus que dans des métiers très spécifiques”. Jusqu’à maintenant, la bonne santé des secteurs liés aux services, qui représentent la moitié de l’activité du site de Marignane, a compensé les baisses de fabrication mais les mesures de mobilité montrent qu’ils ne suffisent plus. C’est donc dans un contexte d’austérité que la direction de l’entreprise a négocié pendant plus de trois mois un accord sur le temps de travail avec comme mot d’ordre la compétitivité et la flexibilité.

Des semaines hautes et des semaines basses

Ce nouvel accord porte le petit nom de CARE pour “Competitiveness Agreement to Reach Excellence”, accord de compétitivité pour atteindre l’excellence. Malgré son nom, il n’a rien d’un accord de compétitivité (aujourd’hui “accord pour maintien dans l’emploi”) tel que les prévoit la loi. Cette dernière, suite à une réforme de 2013, permet à une entreprise reconnue comme en baisse d’activité de modifier tant les temps de travail que les rémunérations en échange de garanties sur l’emploi. Si dans le cadre d’Airbus Helicopters, dont 8800 des 9500 salariés français sont situés dans les Bouches-du-Rhône, le temps de travail est bien renégocié, on ne s’inscrit pas dans un tel dispositif. De garanties sur l’emploi, il n’y en a finalement pas eu. “Nous avions demandé un engagement sur l’absence de plan social pendant 2 ans, déplore Didier Hacquart. La direction n’est pas allée sur ce terrain là. Nous avons obtenu des embauches pour certains apprentis”.

Les livraisons en 2014 et 2015 par type d'appareil (source site Airbus Helicopters)
Les livraisons en 2014 et 2015 par type d’appareil (source site Airbus Helicopters)

À l’issue de nombreuses réunions, les trois organisations syndicales représentatives – FO, CFE-CGC et CFDT – et direction ont fini par signer ce fameux accord le 17 février, bien en retard sur le calendrier initial. “Nous avons largement débordé sur le temps de négociation”, confirme Jean-Baptiste Ertlé, directeur des ressources humaines. “Cela a été long et compliqué”, admet Edwin Liard de FO. Il faut dire que lorsque la concertation sur ce texte a commencé en juillet dernier, la situation de l’entreprise était très différente de celle de 2009, au moment de l’accord SAFE, avec des carnets de commande sans vides à remplir. Fin novembre 2015, une brève grève, à l’initiative de la CGT, syndicat non-représentatif et ne participant donc pas aux négociations, est venue ponctuer le bras de fer. En cause : la flexibilité demandée aux salariés en cas de période de forte activité mais aussi, en l’occurrence, de baisse d’activité.

La principale proposition initiale de la direction portait sur la “modulation des horaires” : l’alternance de semaines de 22 heures et de 46 heures afin de les faire correspondre aux commandes. Suite à un accord sur le temps de travail de 1998, les non-cadres d’Airbus Helicopters alternaient des semaines de quatre jours et des semaines de cinq jours, “indépendamment de la charge de travail”, selon le DRH. Le temps de travail est annualisé, à 1607 heures.

Le passage à un système de semaines hautes et basses (22 heures et 46 heures), “on n’y a jamais cru, justifie Didier Hacquart. C’était une usine à gaz”.  Finalement, depuis le 1er avril, les non-cadres sont eux aussi passés à la semaine de cinq jours. Ils disposeront en échange de 17 “jours non-travaillés” – forme de RTT. Comme l’explique FO à ses adhérents, dix d’entre eux sont “à disposition du salarié” et sept à celle de l’employeur. En clair, celui-ci pourra les placer en fonction de l’activité. Une petite variable d’ajustement.

Une semaine à la maison

Admettant un “mauvais moment à passer”, Jean-Baptiste Ertlé assure que cet accord “n’est pas une réponse immédiate à une situation à court terme” et qu’il s’inscrit dans le “plan de transformation de l’entreprise”, initié en 2013. Ce dernier coïncide avec l’arrivée d’un nouveau président, Guillaume Faury, tout droit issu du monde automobile. “Nos trois priorités sont la satisfaction des clients, la qualité et la compétitivité, appuie le responsable des ressources humaines. Dans la maîtrise des coûts, le volet sur le temps de travail vise à l’adapter pour le rendre plus flexible”. 

L’accord CARE conserve une des nouveautés apportées par son prédécesseur de 2009 : le compte-épargne temps collectif, un “crédit de 112 heures par salarié pouvant être utilisé pour pallier une baisse significative de charges, et, par la même, bénéficier d’un maintien de rémunérations et de cotisations sociales à 100 %”, précisait l’accord. En clair, une cagnotte pour éviter le chômage partiel jusqu’à un mois. “Ce compte épargne temps a été utilisé pour la première fois en février dans un secteur de production”, révèle Edwin Liard de FO. La direction confirme qu’une centaine de personnes en a bénéficié pour une durée d’une semaine. “Il aurait été idiot de l’arrêter en 2016 et de se retrouver au chômage partiel. Dans deux ans, nous verrons en fonction de la situation” défend son homologue de la CFDT, jugeant que ce compte épargne temps constitue une “bouée de secours pas inintéressante”.

L’ouverture d’une ligne d’assemblage de H215 en Roumanie à la fin de l’année ne semble pas inquiéter les syndicats outre-mesure. Cette nouvelle usine “permettra d’offrir aux clients le meilleur hélicoptère possible, le tout avec des coûts d’exploitation et de maintenance directs extrêmement compétitifs”, défendait lors de la pose de la première pierre en novembre Guillaume Faury. 300 emplois seraient à la clé en Roumanie. D’alarmes, on n’en entend pas plus sur les ouvertures de ligne d’assemblage dans les pays ayant commandé des hélicoptères, selon la politique industrielle d’offset d’Airbus. L’entreprise possède désormais des usines d’assemblage au Brésil, aux Etats-Unis, en Australie et en Chine. “Cela ne nuit pas à l’activité du site de Marignane, assure le représentant FO. Nous fabriquons toujours les pièces et ce n’est pas un report de la charge de travail”.

En attendant la fin de la tempête, qui pourrait encore durer quelques années, Airbus Helicopters planche sur de nouveaux modèles dans le cadre d’un renouvellement complet de ses machines. Il vient d’inaugurer un tout nouveau bâtiment à 38 millions d’euros, le Marignane Development center, dédié à la recherche et au développement. Une manière de cacher, au moins temporairement, les entrepôts bien trop vides des unités de production.

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