Mission locale de Salon : un licenciement politique taclé par les prud’hommes

Actualité
le 29 Sep 2017
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Le conseiller d'insertion Miloud Hadjji s'était vu licencié par la mission locale de Salon-de-Provence après des publications à caractère politiques et religieux sur les réseaux sociaux, en pleine période électorale. Les prud'hommes ont retenu le droit à la libre expression du salarié, et ont déclaré sans cause sérieuse le licenciement.

Mission locale de Salon : un licenciement politique taclé par les prud’hommes
Mission locale de Salon : un licenciement politique taclé par les prud’hommes

Mission locale de Salon : un licenciement politique taclé par les prud’hommes

Licenciement sans cause réelle et sérieuse. Les prud’hommes ont statué sur le cas de Miloud Hadjji, ce conseiller d’insertion licencié après avoir partagé sur sa page Facebook personnelle ses opinions politiques et religieuses.

Là où la direction de la mission locale de Salon-de-Provence, qui le salariait jusqu’en décembre 2015, voyait des “incitations religieuses” et une “prise de position politique” en contradiction avec son “obligation de réserve”, les prud’hommes ont, au contraire, vu dans son licenciement une atteinte à la liberté d’expression. L’ancien salarié n’a tout de même pas obtenu d’être réintégré à son poste comme il le demandait. Alors que le jugement n’a pas été transmis à la presse et seulement lu aux parties, il reste difficile d’exposer ici les motifs exacts retenus. Selon ses dires, Miloud Hadjji aurait obtenu des indemnités à hauteur de six mois de salaire.

Des “attaques” contre le parti du maire

Plusieurs facteurs rendaient le cas du licenciement pour faute grave de Miloud Hadjji particulièrement complexe à analyser. Tout d’abord, ses propos en lien avec la religion musulmane prenaient une résonance particulière en décembre 2015, quelques semaines après les attentats du 13 novembre. “Je demande à tous mes contacts musulmans ou pas à diffuser le coran en masse”, écrivait-il notamment. Miloud Hadjji assure de son côté avoir simplement voulu partager une traduction du Coran pour “discuter avec les gens”.

Autre facteur contextuel, la campagne des élections régionales qui se jouaient à ce moment-là. Parmi les publications sur sa page personnelle incriminées par sa direction, un appel à ne pas voter au second tour qui opposait Marion Maréchal-Le Pen (FN) à Christian Estrosi (LR), jugeant les deux candidats “islamophobes”. Mis à pied début décembre dans la foulée de cette publication, il apprenait son licenciement deux semaines plus tard, la veille du second tour.

Poussé par une lettre du directeur général des services de la Ville de Salon, le licenciement était motivé dans une lettre. Il était notamment indiqué que ces écrits sur les réseaux sociaux contenaient des “attaques directes contre le parti politique auquel appartient le maire de Salon-de-Provence, candidat sur la liste conduite par Monsieur Estrosi”. Lors de l’audience qui s’est tenue devant les prud’hommes en avril dernier, l’avocate de Miloud Hadjji n’avait pas manqué de relever que d’autres billets d’humeur publiés auparavant n’avaient jamais heurté sa direction et la municipalité auparavant, notamment “ceux dans lesquels mon client soutenait le maire de Salon-de-Provence”.

Mis à disposition de la municipalité pour une mission dans le cadre de la politique de la ville, sa direction et la mairie ont à plusieurs reprises argumenté sur la question d’une neutralité à laquelle le travailleur social aurait été tenu, y compris en ligne, bien qu’il ne soit pas fonctionnaire. Le conseil des prud’hommes a donc tranché dans le sens d’une interprétation différente.

“Satisfait et en colère”

Contacté après qu’il ait eu connaissance de la décision, Miloud Hadjji se dit “un peu mitigé, satisfait et en colère”La réintégration à son poste était pour lui un impératif, alors qu’il n’a à ce jour pas retrouvé de travail suite à ce licenciement, il devrait donc faire appel de la décision. Un autre motif le déçoit : il souhaitait que le qualificatif de “discrimination” soit retenu parmi les facteurs aggravants. “Il y a eu une volonté de me mettre l’étiquette de terroriste, ça je ne l’accepterai jamais. Je suis né en France, je suis un produit de l’Éducation nationale, je connais mes droits”.

La direction de la mission locale s’est de son côté limitée à qualifier la décision d’“étonnante” et n’a pas souhaité commenter davantage avant d’avoir pris connaissance du jugement dans son intégralité.

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