Transfert des piscines municipales : la métropole cherche son couloir de nage

Actualité
Benoît Gilles
13 juillet 2017 4

Ajourné faute de consensus parmi les maires de la métropole, le transfert des équipements culturels et sportifs - et notamment des piscines et bibliothèques marseillaises - a fait débat lors du conseil métropolitain. En fond, se pose la question du sens à donner à l'institution encore balbutiante.

Il planait comme un fantôme sorti des limbes dans l’hémicycle métropolitain. Le transfert des piscines et des bibliothèques marseillaises appartient aux feuilles volantes d’un dossier ajourné, ouvert puis refermé avec un claquement sec, suite à un non ferme de la majorité des maires de la métropole, prononcé lors de la conférence des maires. Mettant à profit la question ouverte par la loi du transfert à la métropole d’équipements culturels et sportifs avant la fin de l’année, Jean-Claude Gaudin souhaitait y inclure les bibliothèques et piscines de Marseille. Devant le refus des maires, il a repoussé à septembre toute décision du conseil métropolitain, pour laquelle il aura besoin d’une majorité des deux-tiers.

Mais la trêve estivale ainsi instituée a été rompue par le président du groupe FN Stéphane Ravier qui profite de ce dossier fantôme pour poser en débat la métropole elle-même, « cette vaste couillonnade, cet ogre aux pieds d’argile » où le président Gaudin se trouverait piégé entre « les aigris et les ingrats, ceux qui s’y voient déjà ». À mots couverts, le sénateur et maire du 13/14 pointe les sorties saillantes de Nicolas Isnard, le maire de Salon, de Guy Teissier ou encore de Martine Vassal dans la presse. Cette dernière déclarait à la Provence : « Des équipements qui attirent des gens de tout le territoire comme l’Aréna d’Aix ou l’opéra de Marseille peuvent être gérés par la métropole, mais pas les piscines ou les bibliothèques de quartier, en tout cas pas dans un premier temps ».

Dès septembre pour le Vélodrome

Aucun de ces trois élus Les Républicains n’a pris la parole dans l’hémicycle. Et si le sujet s’est invité à son ordre du jour, le président Gaudin avait tout de même préparé une intervention écrite pour reprendre la main sur ce dossier. Il propose une stratégie en deux temps : en septembre, il demandera au conseil métropolitain de valider le transfert d’équipements qui ne font pas débat et « dont le caractère exceptionnel et le rayonnement métropolitain fait consensus, tels que l’Arena d’Aix ou le stade Vélodrome ».

Dans la foulée, il souhaite mettre en place un groupe de travail chargé « d’approfondir les réflexions en s’appuyant notamment sur des audits spécialisés pour évaluer la plus-value spécifique quapporterait pour la métropole et ses administrés la mise en commun des équipements sportifs et culturels concernés ». Comme Marsactu l’avait révélé, la métropole a en effet missionné des cabinets sur ces deux chantiers du « savoir-nager » et de la lecture publique. Mais ce processus de concertation a une contrepartie : si des équipements doivent rester à l’échelle municipale, ce devra être le cas partout de manière équitable. « Ces réflexions devront déboucher sur des propositionsajustables et qui soient les mêmes pour tous les territoires », explique ainsi Jean-Claude Gaudin.

Le tout ou rien de Gaudin

Or, certains intercommunalités ont depuis des décennies des équipements intercommunaux. Le maire de Grans, Yves Vidal, souligne ainsi avec insistance que Ouest Provence (Istres, Miramas, Fos…) a « 40 ans d’avance dans le domaine de la mutualisation » en particulier des médiathèques. Il voit donc de mauvais œil la possibilité que celles-ci retombent en gestion communal. À Aix, l’avènement de l’intercommunalité a amené le transfert des piscines vers l’échelle intercommunale. « Ce sera tout ou rien », tranche le président Gaudin du plat de la main.

Une perspective qui semble peu cadrer avec la volonté de consensus nécessaire à un assentiment de l’ensemble des maires et une adoption « dans les meilleures conditions, lors des séances du conseil entre octobre et décembre ». C’est-à-dire avec la majorité des deux-tiers nécessaire. Mais, à mots couverts, certains voient dans la position tranchée, un « effet de manche ». Depuis ses débuts, la métropole s’est construite dans un jeu de concessions aux particularismes locaux et aux demandes pressantes. Mais derrière le dossier des piscines, c’est le sens de l’intérêt métropolitain qui est ainsi interrogé. « La métropole qui est en cours est un collage d’intercommunalités aux compétences variées, de bassins de vie, qui ne se superposent pas entre eux, explique ainsi le maire socialiste de Vitrolles, Loïc Gachon. Il faut se donner les moyens d’assumer les compétences qui relèvent vraiment des enjeux métropolitains, comme la mobilité ou l’économie et laisser à un stade intermédiaire la gestion des équipements qui relève d’un seul bassin de vie. »

Le coût de la barque

Sur cette primauté des grandes politiques stratégiques, là encore le consensus existe. « Ne chargeons pas trop la barque, me dit-on. C’est une saine préoccupation », reconnaît le président Gaudin en soulignant l’urgence du travail à faire sur l’économie ou les transports. Mais, ce faisant, il rappelle volontiers les dérapages qui ont précédé l’avènement de la métropole, les fameux « coup partis ». Et il souligne aussi le montant des sommes directement reversées aux communes : « 65 % de nos ressources, alors que la moyenne nationale se situe à 25 % ».

Or, les maires, notamment le président de l’union des maires du département Georges Cristiani, n’entendent rien lâcher ni des compétences de proximité, ni des sommes reversées par la métropole. « Les maires veulent participer à l’avenir des transports métropolitains, de l’économie et de l’emploi métropolitains mais 74 d’entre eux veulent conserver leur voirie et leur cimetière. Plus rien ne doit leur être imposé », prévient le maire de Mimet.

Il pointe la conférence des territoires qui doit se tenir ce lundi au Sénat et demande à Martine Vassal et Jean-Claude Gaudin de se faire « les mandataires des maires » d’Aix-Marseille Provence. Aides exceptionnelles pour les transports, mansuétude sur les obligations de construction de logements, inquiétudes sur la disparition de la taxe d’habitation ou sur la fusion entre métropole et le département… Le consensus fonctionne toujours quand on se tourne vers le gouvernement. Surtout quand il est d’une couleur dont personne ne se revendique dans l’hémicycle.

Correction le 17 juillet : le président de l’union des maires des Bouches-du-Rhône Georges Cristiani n’est pas président du groupe d’intérêt communal (il s’agit de Joël Mancel).

4
commentaires

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  1. neomars neomars

    « 65 % de nos ressources, alors que la moyenne nationale se situe à 25 % » qui va siffler la fin de la récré ?

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Bien vu. La métropole a été vidée de sa substance d’emblée par les égoïsmes municipaux. Ceux-ci veulent l’achever en la transformant in fine en une vague structure ayant la main sur les transports et, à la rigueur, sur le développement économique (à condition que ce soit possible sans qu’elle touche ni au foncier, ni aux plans d’urbanisme).

      Bref, on n’est pas près de rattraper le retard accumulé par rapport à la métropole lyonnaise, mais sans doute est-ce le but de l’opération.

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    • Cehere Cehere

      C’est comme pour le parc des Calanques. Les élus locaux marseillais ont fait modifier les lois pour pouvoir faire un parc au rabais. Idem pour la métropole.

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  2. LaPlaine _ LaPlaine _

    Tout ce que la politique produit de médiocre est ici.

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