Les Marseillais prennent la pose

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le 27 Fév 2012
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C’est par des tracts que le photographe Santi Oliveri a d’abord diffusé l’idée de son projet artistique People of Marseille. Coordinateur artistique de la galerie d’art Vol de nuits, il souhaite « raconter la ville avec une seule voix, celle de la photographie ». Et pour lui, Marseille, c’est avant tout les gens, ces cellules qui composent le tissu social de la ville. Partant de ce présupposé, le projet consiste à récolter une série de portraits de Marseillais et Marseillaises, tous âges et origines confondus.

Le choix de la pose leur revient, dans une volonté de ne faire qu’un avec l’espace, de préserver leur naturel. Quant aux plus prolixes ou les plus inspirés, ils ont la possibilité d’écrire quelques lignes sur le rapport souvent complexe entretenu avec la ville. Mais pour Santi Oliveri, le texte reste subalterne, la photographie se suffisant à elle-même : « Ma démarche est très intimiste. A travers une photo, on doit pouvoir raconter un peu de la personne. Aux personnes qui veulent poser, je leur demande de choisir l’endroit où elles se sentent à l’aise ».

Les « modèles » sont photographiés dans leur environnement de travail, leur lieu de vie ou tout simplement dans une rue. Ainsi, une femme d’une soixantaine d’années choisit de poser dans sa chambre, un espace rempli d’objets enfantins et d’un lit surmonté d’une moustiquaire rose révélant une personnalité atypique et touchante.

Renforcer le naturel

Les clichés sont pris avec un appareil argentique 6*6, modèle des années 70 choisi pour sa qualité, mais aussi pour son côté moins invasif : « L’approche est moins envahissante vis-à-vis de la personne photographiée. Souvent elle le trouve rigolo et moins impressionnant, ce qui renforce le naturel. ». Seuls deux clichés sont pris, « au cas où », sans qu’il y ait besoin en amont d’une grande préparation avec le modèle. Quelques instants volés autour d’un café suffisent…

Santi Oliveri, italien d’origine, porte lui-même un regard de nouvel arrivant sur Marseille, lequel a sans doute motivé sa démarche artistique. Il entretient une relation passionnelle avec cette ville qu’il prétend tantôt aimer, tantôt détester : « Il n’y a pas de sentiments possibles entre deux. » Avec humour, il explique qu’il attend le stade des six ou sept ans pour stabiliser son avis, refusant de se laisser conditionner par ses sautes d’humeur sporadiques : « Parfois en découvrant des rues très sales on a l’impression d’être dans une ville du tiers-monde, et l’instant d’après on est émerveillé par un endroit magique. »

Catalogue ethnographique

Le projet du photographe, diplômé de sociologie semble porter les stigmates de sa formation initiale : « Je souhaite réaliser une sorte de catalogue ethnographique, exprimé de manière esthétique, à travers cette volonté de  faire ressortir une meilleure image de la personne. » Soucieux de préserver la liberté des modèles, Santi Oliveri ne refuse rien ni personne, partant du principe que « tout le monde a quelque chose à raconter. » Ainsi, des couples ou des familles se présentent.

Les propositions ne manquent pas, même si le photographe n’en est encore qu’aux prémices de son travail. Oubliées les difficultés du lancement, voilà presque un mois de cela : « Au départ j’allais voir les gens directement, mais j’ai récolté une certaine méfiance, je n’arrivais pas à avoir un rapport franc avec eux. Du coup j’ai changé de stratégie, je suis passé par les supports médiatiques et les réseaux sociaux. »

Désormais la machine est lancée. Toutefois, pour prétendre offrir un échantillonnage fidèle et représentatif des habitants, encore faut-il parvenir à atteindre les populations les plus modestes qui composent la ville, dont beaucoup d'immigrés qui en font palpiter les flancs. Comment dès lors sensibiliser des gens qui pourraient se sentir socialement éloignés d’une telle démarche artistique ? Le photographe envisage de passer par le biais des associations, mais refuse d’aller directement à la rencontre de la population : « Je veux que ce soit un choix bien réfléchi, que la personne se sente vraiment à l’aise. Chaque photo est un travail à deux, je ne souhaite pas que le résultat soit  essentiellement le fruit de mon initiative ». Au final, le projet devrait donner naissance à un livre ou une exposition.

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Commentaires

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  1. Anonyme Anonyme

    Il y a dix an lors de l’année 2000 j’ai réalisé une série de 2000 portraits qui ont donné lieux à une publication ” nés à Marseille” l’ouvrage est toujours disponible aux Editions parenthèses sur le Cours Julien.
    Un bel exemple pour votre entreprise puisque déjà à l’époque les portraits étaient réalisés avec les personnes photographiés et avec un … 6×6 argentique.

    Il sera intéressants d’étudier l’évolution de la population lors de ces dix années.

    Bon courage
    amicalement
    P Ciot

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