Les femmes de chambre de l’Intercontinental dénoncent à nouveau leurs conditions de travail

Actualité
le 29 Juin 2018
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A l'hôtel Intercontinental l'entretien des chambres est géré par STN, une entreprise sous-traitante. Depuis mardi, les équipes de nettoyage sont en grève. Les salariés dénoncent une cadence de travail intenable, des heures supplémentaires non payées et le manque de respect de certains supérieurs.

“Il ne faut pas faire de bruit, les Rolling Stones dorment à l’hôtel” ironise Maria*, une femme de chambre, en désignant la façade de l’Intercontinental. Alors si les djembés sont de sortie, pas question d’en jouer. “On nous l’a interdit, c’est un trouble à l’ordre public selon la police”, ajoute Maria. Le rassemblement se fait dans le silence. Pour cette nouvelle journée de mobilisation une trentaine de grévistes s’est rassemblée devant l’hôtel cinq étoiles où ils travaillent pour le compte de l’entreprise STN. Les femmes de chambres et des agents de propreté sont venus protester contre la dégradation de leurs conditions de travail. Ils sont en grève depuis mardi.

La première revendication n’est pas financière, mais humaine. “Nos supérieurs de l’encadrement nous parlent comme à des chiens” explique Eva*, une des femmes de chambres, pendant que les autres acquiescent. Elles décrivent un climat pesant, presque malsain. Certaines répètent des phrases très dures utilisées par les gouvernantes pour qu’elles accélèrent leur travail. “Bouge-toi le cul !”, aurait par exemple ordonné une gouvernante à l’une d’entre elles. “Lorsque nous nous plaignons à la direction on nous dit de ramener des preuves, rapporte Meziane Kaci délégué syndical SNA. Mais comment ? On va attendre de se faire insulter devant des témoins pour qu’ils réagissent ?” 

Une direction muette

Personne au siège parisien de STN ou à son antenne vitrollaise n’a pu répondre à nos questions. Une employée de l’entreprise, membre de l’encadrement des équipes d’entretien de l’hôtel mis en cause par les grévistes, a tout de même accepté de parler de leurs revendications. Elle nie tout en bloc. “Il n’y a pas de problème de gestion humaine de nos équipe, martèle-t-elle. La preuve : quand un poste se libère bien souvent ils proposent à un proche de postuler.”

La situation se serait dégradée depuis quelques mois après la grève d’octobre 2016. Cette anné-là, les femmes de chambre de l’Intercontinental avaient emboîté le pas à celles d’autres hôtels de la ville. Le cinq étoiles était le quatrième établissement marseillais secoué par une grève des femmes de chambre. Au mois de mars l’hôtel Massalia avait été bloqué par 13 grévistes employés de la même société STN.

Des cadences infernales

“Avec le travail qu’on fait on mérite au moins le respect”, lance Eva. Selon elle, la plupart des tâches sont accomplies sous pression et des cadences difficiles à tenir seraient imposées pour le nettoyage des chambres. “Ils pensent que nous sommes des robots et que nous ne nous fatiguons pas !” En suivant ce rythme, difficile de rendre un travail de qualité selon elles. “On leur demande de faire une chambre en 35 minutes alors que selon les normes, il faudrait minimum une heure et 20 minutes pour faire correctement une chambre”, raconte Meziane Kaci. Mais, selon leur responsable, ces cadences n’ont rien d’aberrant : “Ce rythme de travail est le même que dans tous les hôtels de France et du monde.”

Si depuis leur dernière mobilisation, les employés ont obtenu d’être payés à l’heure et non plus à la tâche, ils se plaignent toujours d’heures supplémentaires non payées. Mais là aussi leur supérieure, jointe par téléphone, réfute l’accusation. “Absolument toutes les heures supplémentaires sont payées. Elles sont payées rubis sur l’ongle !”, explique-t-elle excédée.

La plupart des femmes de chambres sont des mères de famille venues du Cap-Vert pour travailler en France. Alors il est parfois difficile pour elles de se défendre. “Il y a beaucoup d’immigrés dans nos équipes, explique le délégué syndical. Et certains ne connaissent pas leurs droits. C’est facile d’abuser d’eux.” La mobilisation vise aussi à faire appliquer une autre promesse faite après la dernière grève de 2016. Tous les salariés ont obtenu le paiement d’un panier repas à 4 euros, sauf l’équipe de nuit. “Il n’y a pas de raison qu’ils n’en profitent pas, ce n’est pas ce qui avait été convenu”, précise Meziane Kaci.

Le mouvement qui a démarré mardi soir ne prendra pas fin avant une discussion avec la direction de STN, affirment les grévistes. Mais l’ambiance ne semble pas être à la négociation. “Ils ont toujours une bonne raison pour faire grève, mais ils ne sont pas à plaindre, lance la responsable de l’encadrement. Les salariés ne sont pas plus mal lotis ici qu’ailleurs”. Pour l’instant ils n’ont reçu aucune nouvelle de leur hiérarchie. La société aurait fait appel à une de ses équipes venue de Lyon pour assurer l’entretien de l’Intercontinental pendant la grève. Une information que ni l’entreprise, ni l’hôtel n’ont souhaité confirmer.

* Les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes interrogées.

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Commentaires

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  1. Lecteur Electeur Lecteur Electeur

    L’encadrement (la voix de son maître) affirme : “Il n’y a pas de problème de gestion humaine de nos équipe, martèle-t-elle. La preuve : quand un poste se libère bien souvent ils proposent à un proche de postuler.”
    Mais cette preuve n’en n’est pas du tout une : si les proches postulent c’est simplement qu’il ont le désir de travailler et de gagner un peu de quoi vivre ou survivre.

    L’encadrement ajoute :
    “Ils ont toujours une bonne raison pour faire grève, mais ils ne sont pas à plaindre … Les salariés ne sont pas plus mal lotis ici qu’ailleurs”. En fait ces salariés sont bien mal lotis que ce soit ici, à l’Intercontinental ou « ailleurs » et les lois travail du roi Macron dégradent encore plus pas la situation.

    Les salariés sont indispensables au bon fonctionnement de l’entreprise mais le patronat et ses représentants n’ont que mépris pour eux !

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