Le mouvement des femmes de chambre gagne l’Intercontinental

Actualité
le 25 Oct 2016
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Le fleuron de l'hôtellerie marseillaise installé dans l'ancien hôtel-Dieu est à son tour touché par un mouvement de grève des femmes de chambre. Comme ailleurs, celles-ci ne veulent plus être payées à la tâche par le sous-traitant qui les emploie pour le compte de l'Intercontinental.

Des femmes de chambre manifestent devant l'Intercontinental.

Des femmes de chambre manifestent devant l'Intercontinental.

Elles ont sorti les vuvuzelas et les percussions, loin de « l’essence même de la Provence » vantée par Intercontinental. Au pied de l’escalier du fleuron 5 étoiles de l’offre hôtelière marseillaise, elle tentent de donner un écho à leur combat. Elles, ce sont les femmes de chambres. Depuis plusieurs mois, les mouvement sociaux se multiplient dans cette branche professionnelle plutôt discrète à propos des conditions de travail offertes aux salariées. Elles ne veulent plus être payées à la tâche mais à l’heure comme la loi le prévoit.

Elles ont la peau noire pour la plupart. Une grande majorité vient du Cap-Vert, via le Portugal où elles résident habituellement. « Nous sommes arrivées en mars de Lisbonne, raconte Maria. Là-bas, il n’y a plus de travail. Notre contrat se termine à la fin du mois. Ils profitent qu’on ne parle pas bien français pour nous faire travailler sans compter. »

Le syndicat libertaire CNT-SO mélange ses drapeaux avec ceux du Syndicat national autonome (SNA) de l’hôtellerie-restauration qui possède déjà des délégués du personnel notamment dans l’équipe de nuit qui nettoie les parties communes de l’hôtel. Quant à la CGT, sa déléguée passe sans répondre aux appels des grévistes. Pour l’heure, 24 employées sur 30 ont décidé de lever le balai.

Quelques mètres plus haut, dans le hall où des clients profitent du calme feutré des lieux, Marion Sardou patine un peu avec les éléments de langage. Elle coordonne le marketing et la com’ de l’hôtel. Mais, en ce matin pluvieux, elle a le sale boulot : « Je suis désolée de ne pouvoir vous répondre. La directrice est en rendez-vous à propos de ce problème. Ces personnes ne travaillent pas pour nous mais pour une société sous-traitante. Nous n’avons pas été destinataires du préavis de grève. »

Discussion à venir, pas de négociation

Là encore, la défense est classique. Comme dans les autres hôtels, la propreté des chambres et des espaces est sous-traitée à une société externe, en l’occurrence STN. Cette société familiale dirigée par Yves Atlan et son fils Yoël a pour principaux clients les grandes enseignes internationales de l’hôtellerie de luxe : Intercontinental, Accor, Louvre hôtel, Sofitel… Dans le train pour Marseille, Yves Atlan se refuse à faire tout commentaire. Tout juste se borne-t-il à dire qu’il est là « pour discuter » et pas encore pour négocier. Du côté du piquet, les grévistes sont bien décidés à le faire patienter.

Mais le nombre d’étoiles et le luxe des établissements n’est pas forcément un gage de responsabilité sociale des entreprises. Karima est femme de chambre pour STN et travaille à l’Intercontinental depuis plusieurs mois. Plus à l’aise avec le français, elle s’improvise porte-parole : « Mon salaire correspond à 5 heures de travail par jour mais en réalité, je suis payée au nombre de chambres que je dois nettoyer dans la journée. Nous n’arrivons jamais à finir les chambres dans les 5 heures et les heures supplémentaires ne nous sont pas payées. »

Double pointage

Une pointeuse existe bien sur le lieu de travail mais elle ne sert pas à comptabiliser les heures de travail mais à leur permettre d’accéder aux chambres le temps du nettoyage. Un deuxième pointage sur papier est effectuée par la gouvernante qui coordonne les équipes. C’est elle qui vérifie le nettoyage des chambres et réalise le relevé horaire qui sert de base au calcul du salaire. « En réalité, une chambre n’est pas égale à une autre, reprend Karima. Une chambre avec « départ prévu » doit être nettoyée à fond. C’est la même chose si elle Top VIP ou s’il s’agit d’un client qui est déjà venu. Là, on doit faire un effort plus important et donc y passer plus de temps. » « Tu as parlé des balcons ? », demande une de ses collègues. Là encore, nettoyer le balcon est une tâche supplémentaire non comptabilisée.

L’Intercontinental est le quatrième hôtel marseillais secoué par une grève des femmes de chambre depuis le début de l’année. En mars, l’hôtel Massalia était bloqué par 13 grévistes en colère. L’employeur était là aussi la société STN. La mobilisation a gagné ensuite l’hôtel B & B de la Joliette puis l’Appart’city situé dans le même quartier. À chaque fois, on y retrouve les drapeaux de la CNT-SO. Le syndicat s’est fait une spécialité du soutien à ces salariées de l’ombre.

La CNT-SO récidive

« Cela ne correspond pas forcément à une stratégie, explique Camille El Mhamdi, juriste au sein du syndicat. Nous travaillons sur les hôtels car nous savons qu’il y a beaucoup d’abus. C’est aussi le cas pour le nettoyage dans les bureaux, mais les femmes sont difficiles à atteindre car elles travaillent souvent seules à des heures pas possibles sur différents sites. » Dans les hôtels, ajoute-t-elle, la mobilisation est plus simple car les femmes de chambre travaillent encore en collectif et peuvent donc faire bloc.

« À chaque fois que l’on gagne, il s’agit d’un accord de site et non d’entreprise, reprend Camille El Mhamdi. La lutte peut se poursuivre ailleurs. » À l’Intercontinental, les syndicats espèrent que le conflit débouche sur une sortie positive. L’image de marque de l’hôtel, parient-elles, souffrirait d’être longtemps écornée.

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