Les extras de la restauration se mettent sur leur 31 pour défendre leurs droits

Reportage
le 19 Juin 2020
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Les employés vacataires de la restauration ne risquent pas de retourner travailler de sitôt. Pénalisés par l'épidémie, ils arrivent pour la plupart à cours de leurs droits au chômage. À Marseille, ils se sont rassemblés jeudi 18 juin.

Les extras de la restauration se sont rassemblés le 18 juin devant le Vélodrome pour faire valoir leurs droits en contexte de crise sanitaire. Photo : Marie Allenou

Les extras de la restauration se sont rassemblés le 18 juin devant le Vélodrome pour faire valoir leurs droits en contexte de crise sanitaire. Photo : Marie Allenou

En chemise-cravate sous un soleil de plomb, les extras, employés ponctuels de la restauration, se sont réunis devant le Vélodrome jeudi 18 juin au matin. Et la date n’a pas été choisie au hasard, assurent les organisateurs. L’appel du général De Gaulle est rebaptisé « la pelle du 18 juin », pour symboliser l’enterrement de leurs droits.

Une quarantaine de personnes se sont prêtées à une mise en scène « mortuaire », les bras écartés face au Vélodrome, avant de se retourner et de brandir des écriteaux présentant leurs doléances. Quelques curieux s’arrêtent, se demandent qui sont ces gens sur leur 31, éloignés de l’idée qu’on se fait d’un manifestant. Ils récoltent même les applaudissements de quelques passants.

Frappés de plein fouet par la crise sanitaire

Serveurs, maîtres d’hôtels et cuisiniers protestent contre l’épuisement de leurs droits au chômage après trois mois d’inactivité à cause du covid 19. « Pendant le confinement, nous n’avons pas eu de travail et on a liquidé nos droits aux allocations. Nous n’avons pas de perspectives tant que les événements ne reprendront pas (…) Certains vont se retrouver sans allocations et sans revenus », déplore Olivier Tredez, serveur. Il explique que certains pourraient finir au revenu de solidarité active (RSA).

Extras : un statut particulier et précaire
Vacataires de la restauration, les extras sont soumis à des contrats particuliers appelés CDD d’usage. Ces contrats permettent à un employeur d’embaucher un salarié pour l’exécution d’une tâche précise et temporaire (quelques heures à plusieurs journées). « Par définition notre métier est précaire car nous travaillons à la vacation. Mais dans une vie normale, nous croulons sous le travail », développe Fabrice Bérard, organisateur de l’évènement.
Avant 2014, ils bénéficiaient également d’un statut d’intermittent, avec des cotisations à la retraite spécifiques à leur situation. Ils ont depuis rejoint le régime général de retraite.

Ces manifestants sont vacataires auprès de traiteurs sur des évènements comme des mariages, des congrès, des matches de foot, des comités d’entreprises… Ils tiennent à se différencier des extras employés par des restaurants, dont la situation est différente, même si eux aussi ont été pénalisés par la crise sanitaire. Olivier Tredez indique gagner jusqu’à 2500 euros par mois en pleine saison touristique, des revenus sur lesquels il ne pourra pas compter cette année, au vu de l’interdiction des rassemblements.

Olivier Tredez, extra de la restauration présent au rassemblement pour les « intermittents de la restauration ». Photo : Marie Allenou.

Un rassemblement local pour une cause nationale

« Ce rassemblement est lié à un mouvement dans d’autres régions, à Paris, sur la côte d’Azur, à Rouen… À Marseille, deuxième ville de France, on se devait de faire quelque chose », explique Fabrice Bérard, organisateur du rassemblement. « C’est une ville où il se passe beaucoup d’événements, au Vélodrome, au Parc Chanot, au Palais du Pharo… »

Les revendications des extras portent sur deux points : le gel de leurs droits au chômage et retrouver leur statut d’intermittent. « Dans les événements, nous servons parfois les gens qui font les lois, les ministres ou le Président de la République. On veut qu’ils renouvellent nos droits, c’est la moindre des choses car on travaille parfois 15 heures par jour, on en chie« , soutient Coralie Nichilo, cuisinière employée par une agence intérim spécialisée des métiers de la restauration et de l’hôtellerie. Elle explique tenir à son statut d’extra, qui permet d’être rémunérée à l’heure, « à notre juste valeur », ajoute-t-elle.

Avec ce mouvement national né suite au confinement, deux collectifs ont vu le jour sur les réseaux sociaux : le collectif des précaires de l’hôtellerie, restauration et événementiel (CPHRE) et l’organisation du personnel de la restauration dans l’événementiel (OPRE). Mentionnés par Fabrice Bérard lors du rassemblement, il enjoint ses collègues à les rejoindre pour s’informer et continuer de se mobiliser. Habituellement peu engagés pour défendre leurs droits, ces précaires veulent enfin faire entendre leurs voix.

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Commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    Ils ne risquent pas de retourner travailler de « ci-tôt », mais peut-être que de sitôt, oui ?

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  2. petitvelo petitvelo

    Il me semble deviner là un antagonisme récurrent de l’auto-entrepreunariat, dans une « vie normale » on préfère être libre et payé « à notre valeur » , quitte à militer contre le CDI et l’URSSAF … mais quand la conjoncture se retourne, on demande à bénéficier des sécurités du CDI.
    Encore un cas qu’on pourrait résoudre avec un revenu universel de base ?

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  3. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    On compatit bien sûr. Toutefois cette période de crise sanitaire révèle que « l’événementiel » et les balthazars qui l’accompagnent n’est pas une activité essentielle pour le bon fonctionnement de l’économie française. En revanche on a besoin de soignants, de fabricants de masques chirurgicaux, de médicaments et bien sûrs d’aides à la personne, d’exploitants agricoles de proximité, d’éboueurs etc. etc.

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