Les dossiers chauds du dernier conseil municipal de l’ère Gaudin

Décryptage
le 27 Jan 2020
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Pour son dernier conseil municipal, Jean-Claude Gaudin n'a pas surchargé l'ordre du jour de trop nombreux rapports. Si l'émotion de l'hommage devrait prendre le pas sur la tension des échanges, le maire a placé en début de conseil la synthèse de l'audit des écoles, un sujet qui suscite rarement l'écoute bienveillante.

Photo Emilio Guzman.

Photo Emilio Guzman.

Peu de dossiers mais un rendez-vous avec l’histoire est à l’ordre du jour de ce conseil. Il y aura des larmes, des applaudissements debout, et peut-être quelques piques, pour accompagner le maire de Marseille dans son dernier conseil municipal, après 25 ans au perchoir et 55 ans passés sur ces bancs. Lors de ses vœux à la presse, il a lui-même révélé que son entrée au conseil en 1965 était « le plus beau jour de [sa] vie ».

Autour de lui, certains de ses proches ont presque autant de longévité à leur poste. Claude Bertrand, son directeur de cabinet à ses côtés depuis les années 1970, le directeur général des services, Jean-Claude Gondard, depuis 1981. Dans les rangs des élus, certains ont une complicité tout aussi longue : Dominique Vlasto, Jean Roatta, André Malrait, Robert Assante ont accompagné ses combats électoraux comme l’exercice de son mandat. Sa majorité, même si elle est aujourd’hui déchirée entre les partisans de Bruno Gilles et ceux de Martine Vassal, sera unanimes dans l’hommage.

Le président du groupe socialiste, Benoît Payan, explique qu’il fait la différence « entre ce qu’il est et sa politique ». « Je peux applaudir l’homme au moment de son dernier tour de piste, ajoute-t-il. Je ne l’affronterai jamais, pour mon plus grand bien, disent certains ». Certains de ses adversaires, comme Stéphane Ravier pour le Rassemblement national ou Patrick Mennucci (PS), n’ont pas l’habitude de retenir leurs coups. S’ils prennent la parole, ils ajouteront peut-être un peu de vinaigre dans les litres d’eau de rose.

Mais il y aura tout de même des rapports à l’examen. Celui qui ouvre la séance est destiné à informer les conseillers municipaux des premiers résultats de l’audit lancé en 2019, en réaction à la volonté des députés de la majorité présidentielle de faire réaliser un état des lieux du patrimoine scolaire de la Ville. C’est le premier des dossiers chauds du dernier conseil de l’ère Gaudin.

Un audit des écoles en version (très) synthétique

La majorité municipale met en avant des raisons techniques et des centaines de milliers de pages à traiter, pour justifier que l’audit des écoles tant attendu se résume à une synthèse de quelques dizaines de pages. Le reste sera mis à disposition de l’ensemble des acteurs du monde scolaire « d’ici le printemps » (lire notre article sur l’audit escamoté). Le document rendu public ce lundi se contente de notations évasives sur les écoles de chacun des deux lots (nord et sud), rangées par type de construction. Pas de tableau général classant les 470 écoles, pas de cartes permettant de visualiser les endroits où elles nécessitent le plus de travaux. Les cabinets se contentent d’un « état convenable » pour qualifier le patrimoine scolaire de la ville.

Nul doute qu’après des années d’empoignade sur l’état du bâti, la qualité du chauffage ou les moyens de rénover à moindre coût les 28 écoles les plus dangereuses (lire notre dernier article sur la fin du PPP voulu par la Ville), ce document succinct alimentera les débats.

Des noms de rue très politiques

Le syndicat majoritaire, Force ouvrière n’a pas eu qu’un seul cadeau dans ses étrennes (lire notre article sur le dernier cadeau du maire). À l’augmentation significative de la participation de la Ville à la mutuelle des agents municipaux – évaluée « entre 2,5 et 5 millions d’euros » – s’ajoute l’octroi d’un nom de place à François Moscati, secrétaire général du syndicat Force ouvrière pendant 30 ans. Homme de combat face à la CGT, François Moscati était aussi l’un des inventeurs de la cogestion entre collectivité et syndicat, que l’on associe depuis à FO. Après son long règne syndical, il est entré en politique auprès de Bernard Tapie aux régionales et ensuite de Jean-Claude Gaudin dont il a été l’adjoint.

Au chapitre politique, Jean-Claude Gaudin rend hommage à Catherine Blum, la mère de son fidèle adjoint Roland Blum, figure du monde caritatif dont il rappelle souvent le rôle dans l’accueil des rapatriés. On trouve également dans cette ultime fournée, plusieurs élues communistes, Lucia Tichadou, Mireille Dumont et Guy Philip, l’ancien directeur de la communication à la région comme à la Ville auprès de Jean-Claude Gaudin. Enfin, le maire a accédé à la demande des élus du 15e et 16e arrondissements, en baptisant une nouvelle voie de Saumaty du nom de Kader Tighilt, responsable du service des sports de la mairie des 15e et 16e arrondissements décédé en 2015. Le directeur du cabinet du maire, Claude Bertrand s’était d’abord opposé à cette demande des élus.

On a retrouvé le compte des agents de la Ville

De l’aveu même de Jean-Claude Gondard, chef des services de la Ville, ce nouveau tableau des effectifs est une réponse aux critiques de la chambre régionale des comptes qui s’étonnait de ne pas réussir à dénombrer précisément le nombre d’agents actuellement en poste. Ils étaient donc 12 105 en novembre 2019. « À travers ce tableau des effectifs, l’Administration souhaite donner au conseil municipal la meilleure information consolidée, tant en matière de création que de transformation ou de suppression d’emplois », explique la Ville.

Au titre des embauches, 591 personnes ont rejoint la Ville en novembre, en majorité pour les crèches, les écoles mais aussi pour renforcer les services dévolus à la lutte contre l’habitat indigne.

Onze immeubles de la Ville en voie de démolition

Le CSTB, le centre scientifique et technique du bâtiment qui œuvre depuis les effondrements de la rue d’Aubagne, les avait pointés du doigt. La démolition de 11 immeubles, propriété de la Ville, sera soumise au vote de ce dernier conseil municipal. Cette démolition s’inscrit dans le cadre d’une opération de sécurisation et restauration menée par l’aménageur public Soleam depuis février 2019.

Concernant initialement 19 immeubles pour un budget de 11,5 millions d’euros, le programme s’élève finalement à 13,2 millions et 31 immeubles. Parmi les 11 d’entre eux qui doivent être démolis pour « leur état de dégradation », quatre le seront en priorité. Il s’agit de trois immeubles rue Charvet et un rue Félix-Pyat, tous dans le 3e arrondissement.  L’enquête « La Grande vacance », menée en partenariat par Marsactu, La Marseillaise, Mediapart et Le Ravi revient sur l’état de délabrement des biens immobiliers de la mairie de Marseille, et les transactions douteuses qui l’accompagne.

Un « village de santé » d’entreprises à St Marguerite

Un « campus », un « village santé » ou encore un « technopole urbain ». La mairie ne manque pas de qualificatifs pour évoquer le projet envisagé sur une partie du site de l’hôpital Sainte-Marguerite. Ce lundi 27 janvier, doit ainsi être votée une convention d’intervention foncière en développement économique entre la Ville, la métropole et l’établissement public foncier (EPF) sur le site en question. Pour cette première phase, l’EPF doit s’engager à hauteur de 7 millions d’euros. La convention pourra elle durer jusqu’à cinq ans.

Le rapport cite ainsi les « enjeux de modernisation » de l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille (lire notre article sur la crise de l’AP-HM) en collaboration avec l’État via notamment un « processus de valorisation de son patrimoine. »

Le projet sur le site de Saint-Marguerite regrouperait « activités de recherche, d’incubation et d’accélération de start-ups ». « Une opération de développement économique » sur pas moins de 7,2 hectares avec « des solutions de logements ». Une nouvelle voie publique entre le boulevard Sainte Marguerite et l’avenue Viton est également envisagée.

De l’ordre sur la Plaine

Alors que sa rénovation est toujours en cours, le conseil municipal envisage de voter une charte des terrasses et un règlement des marchés forains de la Plaine (revoir notre débat sur la rénovation de la Plaine). L’idée étant de « valoriser », « apaiser » et rendre plus « harmonieux » l’espace public et le mobilier qui y est entreposé, en ce qui concerne la charte des terrasses.

Quant au règlement des marchés forains, il doit préciser « les modalités d’attribution des emplacements, actualiser les procédures » et conforter le fonctionnement du marché « en particulier en matière de propreté et de police générale ».

42 000 euros pour le Toursky

Son directeur avait fait parler de lui en faisant une grève de la faim pour réclamer une aide financière plus importante. Richard Martin (par ailleurs candidat sur les listes du dissident LR Bruno Gilles) sera exaucé. Le conseil municipal doit en effet voter ce lundi une subvention de 42 000 euros pour le théâtre du Toursky, dans le cadre des promesses formulées en septembre par le maire, à savoir de revenir au montant de la subvention annuelle de 2016, soit une rallonge globale de 85 000 euros.

Report de l’ouverture de la cité scolaire internationale

En octobre, Marsactu vous révélait les dessous du retard de l’ouverture de la cité scolaire internationale. Censé ouvrir ses portes en 2022, ce complexe scolaire composé d’un lycée, un collège, une école élémentaire, un pôle culturel, un pôle sportif, un internat et des logements de fonction sera finalement inauguré, au mieux, en 2024. En cause, la découverte d’un conflit d’intérêt entre un membre du jury et d’une société candidate à la construction de la cité.

Le marché de performance – sorte de marché de partenariat public-privé nouvelle version – a ainsi été rendu caduque et le processus de désignation des entreprises stoppé. La Ville doit donc voter ce lundi un avenant modificatif du planning à la convention qui la lie à la région et au département pour la réalisation de ce projet. La participation de la Ville pour ce projet s’élève à 14 millions d’euros.

La piscine Vallier sous perfusion

Actuellement fermée pour cause de désordre sur les faux-plafonds, la piscine Vallier doit (encore) être rafistolée. Comme le révélait La Marseillaise en décembre, la découverte de « l’affaissement d’une poutre » avait conduit la Ville à fermer ses portes et lancer des investigations pour sa mise en sécurité et sa réfection, avant d’entreprendre des travaux.

Déjà rénovée à grands frais en 2016, la piscine Vallier va donc bénéficier d’une rallonge de 800 000 euros sur le programme voté en 2011, qui avait été laissé en suspens par la mairie. Passé de 2,2 millions à 4,7 en 2015, celui-ci s’élève désormais à 5,5 millions d’euros.

Doublement du budget pour les travaux au Comptoir de la Victorine

En février 2018, le Comptoir de la Victorine, grand bâtiment propriété de la Ville qui accueillait plusieurs associations de spectacle vivant à la Belle de mai, prenait feu. Par la suite, la Ville s’est engagée, par la voix de l’adjoint au patrimoine Robert Assante, à rénover mais aussi redynamiser le lieu via un appel à projet. Le conseil municipal vote ce lundi une rallonge du budget pour les travaux nécessaires à réhabiliter le lieu, et la note est salée, puisqu’elle fait plus que doubler, passant de 400 000 euros à l’origine, à 766 000 euros.

Une explosion des frais justifiée par les « exigences réglementaires strictes », pointées par les premières études effectuées, qui prévalent pour remettre aux normes cet ancien entrepôt. Après deux ans d’attente, les associations résidentes désespèrent de voir un jour le dossier avancer. Deux ont été déménagées dans le bâtiment attenant, mais une troisième est toujours exilée dans une autre structure. Le début des travaux se fait toujours attendre dans la zone sinistrée. « Nous n’avons aucune information, mais en attendant, le trou dans la toiture s’agrandit et les dégâts s’aggravent », nous souffle-t-on du côté des anciens occupants.

Avec Lisa Castelly

Article en accès libre

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Benoît Gilles
Journaliste
Violette Artaud

Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Gaudin, au conseil municipal depuis 1965. Bertrand, à ses côtés depuis 1970. Gondard, depuis 1981… Et d’autres encore. Des dates quasiment préhistoriques pour ceux qui n’étaient pas encore nés en 1965, c’est-à-dire… les deux tiers de la population actuelle de Marseille.

    Où sont-ils, le sang neuf, les idées neuves, les regards neufs sur la ville ? Pas du côté de certains jeunes déjà vieux, comme cet ex-nageur de compétition qui, plutôt que de servir, a fait comme d’autres dans la majorité nullicipale : se servir.

    De mon côté, aucune émotion devant le départ de ce maire insensible aux besoins quotidiens de ses administrés, et qui a fait au moins deux mandats de trop.

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  2. DUMAS DUMAS

    On verra ce qui se passera quand il ne sera plu s là !

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  3. Brallaisse Brallaisse

    Le déluge sans doute.
    St Pierre est remplis d’insispensables, vielle réflexion de vieux marseillais et Gaudin en fera partie lui aussi, le plus tard possible bien sûr.
    Ce qu’il va se passer, très simplement ,rattraper un retard de vingt ans pour cette ville ce qui va se traduire par une augmentation de l’endettement pour financer l’ensemble des travaux à faire. Nous en connaissons tous la liste.
    Alors nous allons payer pour des types qui ont profité avec leurs copains de la place. En revanche c’est vrai qu’après lui certains vont peut être perdre leurs petits ou gros avantages du système clientelisme Gaudin. Les meilleures choses ont aussi une fin cher Dumas.

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