Les déplacements semés d’embûches des personnes à mobilité réduite

Décryptage
Lisa Castelly
17 Oct 2018 7

Qu'elles soient véhiculées ou dépendantes des transports en commun, les personnes à mobilité réduite rencontrent toujours de nombreux problèmes pour se déplacer dans la métropole. Sur fond de volonté politique affichée d'améliorer leur quotidien, les petites complexités s'accumulent. Elles sont tout sauf anecdotiques pour les concernés.

Place pour personnes à mobilité réduite (LC)

Place pour personnes à mobilité réduite (LC)

Des amendes, cela fait bien longtemps que Monsieur C. n’en avait pas reçues. En situation de handicap, ce Ciotaden de 76 ans est titulaire d’une carte européenne de stationnement, qu’il dispose sur son pare-brise et lui donne droit de se garer sur n’importe quelle place de parking publique gratuitement. Quelle ne fût pas alors sa surprise lorsque, après un déplacement à Marseille, il reçut une douloureuse amende – ou FPS, forfait post-stationnement – de 17 euros pour ne pas avoir réglé son stationnement auprès de l’horodateur. La faute aux Scancars, ces véhicules déployés dans Marseille depuis le début de l’année 2018 afin d’identifier automatiquement les voitures en infraction.

“Apparemment, maintenant on est obligés de descendre de la voiture pour enregistrer le numéro de sa plaque à la borne. Les personnes concernées à Marseille ont paraît-il reçu une lettre. Mais on ne prévient pas les citoyens, c’est du racket !”, peste l’habitant de la Ciotat qui refuse catégoriquement de régler l’amende ou de débourser un centime en frais de recours. Il a d’ores et déjà transmis ses justificatifs au service municipal en question. “La réponse que j’ai eu c’est “on étudie”, mais pourtant ça coule de source, je n’ai pas à payer”, s’impatiente-t-il.

Trajet jusqu’à l’horodateur obligatoire

Cette péripétie illustre la dernière contrainte ajoutée au quotidien des personnes à mobilité réduite dans la métropole. Pour permettre de leur assurer la gratuité des parkings malgré l’automatisation des contrôles, la Ville de Marseille prévoit désormais qu’ils se rendent à l’horodateur le plus proche pour enregistrer leur numéro de plaque selon une procédure particulière. “Afin de bénéficier de la gratuité, apposez votre carte PMR en cours de validité sur votre tableau de bord puis rendez-vous à l’horodateur le plus proche, muni de votre carte grise”, est-il ainsi précisé sur le site de la société en charge du stationnement, le SAGS. Les résidents marseillais peuvent demander un abonnement, mais il n’est pas précisé si cela les dispense d’un trajet jusqu’à l’horodateur.

Pour s’adapter aux Scancars, la nouvelle procédure s’est donc compliquée. Les personnes à mobilité réduite doivent donc être informées du changement, mais aussi, pouvoir se déplacer jusqu’à la borne. “Moi j’arrive encore un peu à marcher, explique Monsieur C., mais le pauvre type qui ne le peut pas, n’a pourtant pas d’autre choix”. Une situation déjà identifiée par les associations, et qui n’est pas un cas isolé en France. De plus, les Scancars devraient, selon la CNIL (commission nationale de l’informatique et des libertés) être suivies par des fonctionnaires censés constater l’infraction sur le terrain, et donc en mesure de voir les cartes d’invalidité posées sur les pare-brise.

Mais, à Marseille comme dans d’autres villes, cette recommandation n’est pas suivie et les contraventions sont dressées à distance. Selon La Provence, “un agent en scooter” qui passerait après la Scancar est censé s’assurer que des personnes titulaires de la carte d’invalidité n’ont pas été verbalisées. Une information que nous n’avons pas pu détailler avec la Ville.

Sur Mobi métropole, une pénalité de 5€ par trajet annulé

Des histoires comme celles de Monsieur C., Elise Joussemet, habitante de Gémenos, en a entendu parler ces derniers temps. “Ça ne m’est pas encore arrivé”, rigole-t-elle cependant, propriétaire depuis peu d’une voiture adaptée à son handicap et à celui de son mari. Tous deux sont en fauteuils roulants. De son côté, l’exaspération est plutôt en direction des transports en commun métropolitains et plus particulièrement de “Mobi métropole”, service de transports à la demande de porte-à-porte pour les personnes à mobilité réduite dont elle est usagère.

Début octobre, elle reçoit une lettre la prévenant que, dorénavant, “en cas d’annulation tardive (la veille après 18h30) il sera demandé à l’usager une indemnité forfaitaire fixée à 5 €. En cas d’annulation de dernier moment (moins de 4 heures avant l’heure de prise en charge) ou d’absence du bénéficiaire il lui sera demandé une indemnité forfaitaire fixée à 10 €”. Un nouvelle mesure qui la met en colère. “On est comme tout le monde, on a des contretemps, des temps de préparation, on est particulièrement sujets à ça d’ailleurs, on a des problèmes de santé”, soupire-t-elle.

Des pénalités que veut relativiser le nouveau vice-président LR aux transports de la métropole, Roland Blum. “Pour le bon fonctionnement du service, on est obligés de passer par des pénalités, qui ne sont tout de même pas très lourdes. Cela permet de mieux coordonner les choses. C’est un service qui est quasiment gratuit, et c’est d’ailleurs normal”. Selon la distance parcourue et la zone concernée, les tarifs vont de 0,80 à 2,10 euros la course et de 18,80 à 48,50 euros l’abonnement mensuel. En début d’année, le service a été “victime de son succès”, reconnaît l’élu, avec 150 000 voyages annuels contre 40 000 lors de sa mise en place en 2011. Des moyens supplémentaires ont été alloués pour renouveler les véhicules et augmenter leur nombres en circulation depuis début 2018, tient a préciser Roland Blum.

“On ne peut pas s’appuyer sur ce service”

“Vu le fonctionnement qu’ils ont, c’est invraisemblable qu’ils se permettent ça, poursuit Elise Joussemet avant de détailler les contraintes de ce service. On ne peut réserver un trajet que huit jours à l’avance. Qui accepterait de réserver un train sans être sûr de pouvoir se rendre à la gare ?”.

Et de lister les difficultés à organiser une vie normale, avec des rendez-vous mais aussi des loisirs quand tous les déplacements dépendent d’un service tout de même saturé où les demandes sont souvent refusées. Même si elle a constaté un “léger mieux” ces dernières semaines, elle reste pessimiste : “On ne peut pas s’appuyer sur ce service. Ce n’est pas une solution qui permet l’autonomie”. Devant les “dysfonctionnements” de Mobi métropole, plusieurs associations dont Handitoit et Access Lib appellent à un rassemblement ce jeudi matin à 10h30 sur le Vieux-Port.

Seules quatre stations de métro dotées d’un ascenseur

L’élu métropolitain Roland Blum en convient : “le service a été mis en place pour compenser le fait que le métro et les transports ne sont pas encore tous accessibles”. Si les places de parking destinées au personnes à mobilité réduite comme le service Mobi métropole sont cruciaux, c’est bien évidemment en raison de l’insuffisance du réseau de transports en commun métropolitains. Pour le métro, la RTM liste sur son site le nombre de stations dotées d’un ascenseur : seules quatre, les plus récentes, en bout de ligne 1. Pour ce qui est des autobus, en dehors des bus à haut niveau de service, aucune ligne ne garantit des station accessible à chaque arrêt. “Je ne peux pas du tout me permettre de tourner en rond dans le bus en attendant un arrêt accessible, enrage Elise Joussemet. De plus les rampes des bus [pour permettre la montée et la descente des fauteuils roulants, ndlr] ne sont pas bien entretenues et certains chauffeurs refusent de les sortir, il y a des gens qui restent sur le trottoir. Je ne veux pas vivre ça”. 

Sur le site “13 accessible” sont recensés les équipements, et notamment les transports, accessibles. Force est de constater que la carte proposée reste très clairsemée. Le dernier classement en date de l’association APF France handicap, publié en 2013, plaçait Marseille à la 83e place sur 96 villes françaises évaluées. S’il assure vouloir “donner au personnes handicapées le meilleur service”, Roland Blum ne peut que rester évasif sur la date à laquelle le problème sera réellement résorbé. Côté bus, la flotte doit être renouvelée à courte échéance, pour des raisons de normes environnementales notamment, et les nouveaux véhicules seront tous équipés de rampes – ce qui ne règle pas pour autant la question des arrêts qui doivent être à la même hauteur… Quant au métro “cela se fait progressivement, c’est long et extrêmement cher, mais un plan va être mis en place”. Autant dire qu’il reste du chemin à parcourir.

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