Les collectifs veulent faire de Maison-Blanche un cas d’école du non respect de la charte

Décryptage
le 3 Sep 2019
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Pour les collectifs solidaires avec les familles sinistrées par l'incendie dans la copropriété Maison-Blanche (14e), leur situation relève de la charte du relogement adoptée par la Ville. Mais pour la mairie, la situation est loin d'être aussi claire, et les familles ne peuvent bénéficier que d'un traitement au cas par cas.

Péril ? Insalubrité ? Indécence ? Peu importe les termes, pour les collectifs qui s’activent depuis plus de dix jours auprès des habitants sinistrés de Maison-Blanche (14e), il n’y a pas de doute : la situation de ces locataires relève bien de la charte du relogement adoptée par la Ville après des mois de négociations. « Dans la dernière ligne droite, nous avons tenu à faire adopter ce principe, explique Emmanuel Patris, de l’association Un centre-ville pour tous et du collectif du 5-Novembre. La charte s’applique en cas d’arrêté de péril, d’insalubrité ou d’arrêté d’évacuation relevant de la compétence de police générale du maire ».

Or, à Maison-Blanche depuis l’incendie qui a frappé le bâtiment G de la copropriété, aucun arrêté de la Ville n’est venu poser un cadre juridique sur le cas des familles jetées dehors par l’incendie. Du côté de la Ville, on soutient même qu’après visite d’experts du service de gestion et de prévention des risques, des services de l’agence régionale de santé, et du service d’hygiène de la Ville, il est avéré que la situation de cet immeuble ne relève d’aucun de ces champs.

Le faux espoir de la lettre de Julien Ruas

Pourtant vendredi dernier, le collectif de Maison-Blanche faisait apposer comme une victoire un courrier d’avertissement signé par Julien Ruas, faisant état d’une situation de péril grave et imminent et de la saisie d’un expert du tribunal administratif, rappelant avant sa signature, que le « bâtiment G était interdit à toute occupation ». « Quand le gardien de la copropriété m’a dit qu’il avait reçu ça du syndic, j’y ai vu une victoire et je l’ai collé moi-même sur la porte », explique Nair Abdallah, du collectif Maison-Blanche.

Problème, quelques heures plus tard, un contre-ordre provenait du syndic, contacté par la Ville. « Au final, ce sont les agents de sécurité qui gardait l’entrée qui les ont enlevées », constate Nair Abdallah. Du côté de la Ville, on plaide pour « une erreur » qui a fait partir ce courrier aujourd’hui considéré « sans fondement ».

Appel à la démission

Au contraire, pour les collectifs qui se relaient pour offrir un hébergement aux familles sinistrées, c’est le signe de l’incompétence du service dont Julien Ruas a la responsabilité. Dans une lettre ouverte publiée dans la Marseillaise, ils réclament même la démission de l’adjoint en charge de la gestion des risques et du bataillon des marins-pompiers.

« Nous avons une situation qui relève pleinement de l’urgence et donc de la charte du relogement. Il est profondément anormal que l’on mette en place un dispositif parallèle qui ne donne pas accès aux mêmes droits. C’est de la discrimination », plaide Emmanuel Patris. Effectivement, dans la soirée de vendredi, Ville et préfecture publiaient un communiqué commun pour faire le point sur les mesures d’urgence prises par les pouvoirs publics.

Il y est clairement indiqué que celles-ci interviennent « compte tenu des défauts d’assurance constatés » et non pas en vertu d’un arrêté quel qu’il soit. Par ailleurs, un dispositif d’accompagnement est mis en place par l’association Mediance 13, en lien avec les services sociaux du centre communal d’action social et le service intégré d’accueil et orientation (SIAO) relevant de l’État. « C’est un dispositif particulier pour Maison-Blanche, alors qu’on s’est battus pour avoir un traitement exceptionnel pour tous les délogés. Ils vont bénéficier d’un accueil au rabais », dénonce Kévin Vacher, du collectif du 5 novembre.

Pataquès en chaîne

Pourtant, dès le 23 août, jour du sinistre, les collectifs étaient destinataires d’un mail de la directrice adjointe de la direction de gestion et prévention des risques indiquant que les familles de l’entrée G seraient prises en charge au titre de l’urgence « dans le cadre des pouvoirs de police du maire ». Plus loin, elle précise que « la charte relogement s’appliquera pour eux ». Visiblement, cette thèse n’a pas tenu.

Au fil de la semaine, les différents collectifs arguent au contraire que le cas de Maison-Blanche a bien été traité comme un cas à part. « Au départ, on nous a même dit qu’il relevait du dispositif spécifique mis en place dans les copropriétés dégradées qui a son propre dispositif de relogement. Pour nous, cela relève d’abord de l’urgence », se souvient Emmanuel Patris.

Pour les pouvoirs publics, cette urgence est circonscrite aux seules familles des étages de 4 à 9, immédiatement voisins de l’appartement incendié. Pour les collectifs, tous les appartements situés au-dessus ont reçu des fumées et demeurent inhabitables. « Au départ, nous avons pris en charge à nos frais, une dizaine de familles », explique Nair. Ce week-end, la plupart d’entre elles a trouvé une solution dans leur entourage.

Restent deux familles dont une avec enfants qui ont été prises en charge par le SIAO. Selon Nair Abdallah, elles étaient ce lundi « à la rue ». Samedi, les collectifs entendent faire de ce cas un des mots d’ordre d’une nouvelle manifestation en soutien aux familles évacuées et pour le droit au logement, ce samedi 7 septembre.

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