Les centres d’hébergement Forbin et Madrague en appellent à l’État pour sortir de l’urgence

Actualité
le 25 Juil 2018
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Les directeurs des deux principaux centre d'hébergement d'urgence marseillais ont envoyé la semaine dernière une demande conjointe aux services de l'État. Face au climat de tension qui règne dans leurs structures, ils réclament une refonte du système d'accueil.

Le centre Forbin, situé non loin de la Joliette. Crédit photo : Mathilde Ruchou.

Le centre Forbin, situé non loin de la Joliette. Crédit photo : Mathilde Ruchou.

Passer d’un accueil de quelques jours à un hébergement sur un mois. Voilà l’une des requêtes des centres d’hébergement de nuit Forbin et Madrague. Selon nos informations, après les récents éclats de violence au centre Forbin ayant entraîné de nombreux arrêts maladies du personnel (lire notre article), le directeur de cet établissement, ainsi que celui de l’unité d’hébergement d’urgence (UHU) de la Madrague-Ville ont adressé la semaine dernière une demande conjointe à la direction départementale de la cohésion sociale (DDCS). Autrement dit à l’État, responsable de l’hébergement d’urgence.

ACTUALISATION, le 25/07 – La DDCS a répondu positivement hier soir aux demandes des directeurs. Ces deux établissements expérimenteront une durée d’accueil systématique de 15 jours jusqu’à la fin de l’année. De plus, le centre Forbin pourrait bénéficier d’un financement pour des formations pour les agents de sécurité et les travailleurs de nuit. (plus d’infos ici)

Les deux centres sollicitent en effet une révision du système d’accueil, après plusieurs alertes sur le climat de tension. Ce sont tout d’abord les salariés de Forbin qui ont interpellé leurs tutelles et partenaires, à travers un courrier envoyé début juillet. Quelques jours plus tard, la fédération des acteurs de la solidarité relayait à leur tour un message de soutien. « Il est surtout primordial de reconnaître l’urgence sociale de ces travailleurs sinon on n’en sortira pas. La demande conjointe des deux centres présente un volant de solutions », se félicite Marjolaine Ducrocq, déléguée régionale de la fédération, qui salue également « une dynamique collective sur le terrain ».

L’hébergement en vue de solutions durables

C’est donc désormais à la tête même des deux principaux centres d’hébergement que l’on réclame un changement des règles. Georges Kammerlocher, directeur de Forbin – qui dépend de la fondation Saint-Jean de Dieu – et Philippe Duret, celui de l’UHU Madrague – dont la gestion a été déléguée au groupe SOS par l’État et la Ville de Marseille – n’ont pas été en mesure de nous répondre avant la publication de cet article. Leur demande, dont Marsactu a eu connaissance, vise notamment à ce que la durée d’hébergement soit systématiquement de 30 jours au lieu de 9 à partir de la seconde fois, afin de réduire la rotation des hébergés.

« Le déficit chronique de réponses aux demandes d’hébergement engendre une gestion paradoxale et complexe des places », expliquait la fédération des acteurs de la solidarité dans son message de soutien aux salariés de Forbin. Passé le premier hébergement en centre d’urgence, les accueils suivants se font par vague de 9 jours, au bout desquels il est nécessaire de contacter le 115 pour trouver une place, à nouveau. D’où ce constat au sein des structures :

Nous sommes dans l’impossibilité de répondre à la frustration des usagers fragilisés par les démarches administratives qui n’aboutissent pas.

« C’est compliqué pour être hébergé… Mais, l’hébergement ce n’est pas seulement mettre à l’abri, c’est aussi un dialogue social qui prend du temps. Il faut être à la hauteur des attentes », argue la déléguée régionale de la fédération. Dans leur courrier, les travailleurs sociaux insistent en effet sur leur mission reposant en grande partie sur « une évaluation, un accompagnement et une orientation, vers une solution plus durable qui doit être proposée aux personnes en situation d’urgence. »

Situations conflictuelles, voire dangereuses

Toujours selon nos informations, les directeurs insistent sur l’impact des situations conflictuelles, qui vont jusqu’à devenir dangereuses pour les salariés ou les hébergés. Au centre Forbin, six salariés sont en arrêt accidents de travail, suite au meurtre survenu la nuit du 26 avril dernier. Mais à l’UHU Madrague également, les employés se raréfient puisque trois d’entre eux ont posé des arrêts de travail, après des coups reçus. En outre, les centres d’hébergement d’urgence ont du mal à fidéliser du personnel qualifié. Le résultat ? Des postes laissés vacants pendant plusieurs semaines.

Une réduction d’effectif qui accentue encore un peu plus la situation déjà pesante. « Tant qu’il n’y aura que cinq salariés pour s’occuper des 248 hébergés, trouver des solutions sera compliqué », ajoute Marjolaine Ducrocq en citant l’exemple de Forbin. Les centres d’hébergement demandent également à la DDCS de penser à des modalités de sécurisation, notamment par une formation sur les conflits pour les agents de surveillance et les travailleurs de nuit.

Les directeurs interpellent aussi sur la multitude des publics reçus. Des personnes au profil psychiatrique lourd, migrants en état de choc post-traumatique, confrontés à la précarité ou encore personnes âgées en perte d’autonomie… Les centres d’hébergement d’urgence doivent apporter des réponses adaptées à une multitude de problématiques. « Avec un décuplement de personnes différentes sur le même site, on multiplie les risques », s’inquiète Marjolaine Ducrocq.

Suite à leur démarche, les directeurs des structures sont actuellement en discussion avec les services de l’État. Les équipes du centre Forbin attendent ainsi la visite du directeur de la DDCS début août. Ainsi, les centres d’hébergement d’urgence sont eux-mêmes en état d’urgence sociale.

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