Les bibliothèques s’entrouvrent pour laisser passer les livres avant les lecteurs

Actualité
le 28 Mai 2020
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Depuis mardi 26 mai, les grandes bibliothèques de Marseille inaugurent un mode "drive" de commandes et retraits de documents. Le public lui est attendu pour le 9 juin, pour le prêt seulement et sans accueil des enfants de moins de 12 ans. Une décision "sanitaire" qui masque mal le manque criant de personnel.

Devant les portes vitrées de l’Alcazar, les lecteurs impatients continuent de se casser les dents. Le vaisseau amiral des bibliothèques de Marseille a bien rouvert ce mardi après plus de deux mois de fermeture totale. Avec le Merlan et Bonneveine, l’Alcazar expérimente le service drive. Avant les musées, les bibliothèques sont donc les premiers équipements culturels à entrouvrir leurs portes, pour y faire sortir des documents avant d’y convier les lecteurs.

Depuis ce mardi, comme dans la restauration rapide ou la grande distribution, les usagers marseillais peuvent retirer les documents qu’ils auront préalablement réservés en ligne via leur compte abonné ou par téléphone directement auprès du standard. Et, depuis l’annonce de cette remise en service, c’est une raz-de-marée. « Nous avons traité 400 demandes le matin et nous en attendons plus de 1000 en fin de journée, explique un agent des bibliothèques, sous couvert d’anonymat. C’est épuisant, on passe notre temps à courir d’un étage à l’autre« .

L’exercice est d’autant plus difficile qu’une grande partie du personnel est toujours maintenue en télé-travail ou absent. La gestion du drive se fait donc en effectif très réduit. « On passe notre temps à se laver les mains, explique une collègue de l’agent cité ci-dessus. À l’Alcazar, la plupart des portes sont coupe-feu et doivent restées fermées. On les touche en permanence ». Le passage des marins-pompiers aurait tout de même rassuré les personnels sur la présence de virus dans le bâtiment.

Livres sur rendez-vous

Depuis leur commande, les usagers auront dû patienter 48 heures pour se voir remettre le précieux colis lors d’un rendez-vous individuel. Mais le véritable casse-tête constitue la gestion des retours. 100 000 documents seraient encore dans les foyers. Or, selon les surfaces, ils pourraient être porteurs du virus pendant plusieurs jours. « Il est prévu de les maintenir en quarantaine dix jours à partir de leur réception, raconte Camille*, une bibliothécaire. Mais l’ensemble des associations professionnelles recommandent le port de blouse, en plus du masques et des gants pour les agents qui doivent les manipuler. Or, pour l’instant, nous n’avons rien ». À la Ville, on affirme que la commande a été faite. Les blouses pourraient donc arriver en même temps que les premiers livres, le 9 juin.

Cette date est la vraie bascule car elle prévoit la seconde phase du déconfinement des bibliothèques avec le retour du public. Un retour à pas comptés au sens propre du terme. La jauge sera donc limitée à 100 personnes dans les trois grandes bibliothèques. À l’Alcazar, le personnel de sécurité sera équipé d’un compteur pour réguler les entrées. Toutes les bibliothèques seront dotées d’un plan de circulation assorti d’équipements barrières. La direction assume un mode dégradée où l’accueil sera limité aux seuls retours et prêts avec des horaires extrêmement réduits.

La bibli des années 1970

« C’est comme si on était revenu à la bibliothèque des années 70, déplore Camille. Pour moi, c’est un crève-cœur car il y a des gens pour qui la bibliothèque est une seconde maison. C’est un lieu vivant où on doit pouvoir rester, discuter, bouquiner… Là, c’est le contraire que nous allons faire même si on comprend bien les nécessités sanitaires ».

À l’Alcazar, cette rentrée « dégradée » se double d’une spécificité. Après l’épisode aigu de l’automne, la médiathèque a dû faire face à une nouvelle alarme concernant les punaises de lit qui a retardé la réouverture d’une semaine. « Les chiens renifleurs ont décelé une trace, confirme-t-on à la Ville. Le confinement a remis à plus tard le traitement prévu. Il se fera la semaine prochaine ». Selon nos informations, les secteurs jeunesse et civilisations seraient concernés.

Les enfants interdits

L’un des points noirs de la réouverture concerne directement ce secteur, l’un des plus vivants de l’Alcazar. En effet, la communication municipale stipule que les enfants de moins de 12 ans « même accompagnés » ne pourront pas être accueillis à l’Alcazar. Une décision dictée par la nécessité d’un « équipement de protection spécifique », indique-t-on à la Ville. Renseignement pris, l’équipement en question serait un masque grand public qui serait « complexe à imposer à des enfants ». Une disposition plutôt étrange alors que le port du masque pour le reste du public est une simple préconisation.

« Quand on a des difficultés d’accueil, le plus simple est encore de ne pas accueillir, déplore Alain Milianti, le président de l’association des usagers des bibliothèques de Marseille. C’est un véritable scandale car l’Alcazar comme les bibliothèques du Panier, de Saint-André ou du Merlan sont situées au cœur de quartiers populaires. Ces enfants ont déjà eu à subir un confinement difficile, avec parfois des problèmes alimentaires, puis la fermeture des écoles et maintenant la non-ouverture de l’équipement culturel où l’accès se fait normalement sans conditions« .

Quid des petites bibli ?

Le président des usagers s’est transformé en « militant de la lecture publique là où [sa] charge [le] préparait à une activité de sénateur ». Il voit donc dans cette décision un signe évident du manque de personnel et d’investissement municipal dans la lecture publique. Il nourrit les plus grandes inquiétudes pour les autres bibliothèques du réseau, et notamment pour les « petites bibliothèques » du Panier, de Saint-André ou des Cinq-Avenues, déjà menacées. « Que va-t-il advenir de ces équipements pourtant indispensables à de nombreuses associations qui sont appelées à y intervenir ? », interroge-t-il. Les usagers improvisent donc des réunions informels pour tenter de trouver des lieux d’accueil, en attendant une réouverture promises aux calendes marseillaises.

En effet, si la bibliothèque de Saint-André doit rouvrir au public courant juin, les autres resteront fermées aux personnels comme au public. L’exiguïté des locaux interdisant tout gestes barrières. Le réseau ne sera donc pas opérationnel avant septembre. Derrière les questions sanitaires, celle du manque de personnel apparaît criante. Dans un tract, la CGT évalue à 100 agents les besoins immédiats en recrutement. À peine plus que le nouveau directeur, Pierre Chagny qui évaluait ce besoin à 90 agents en janvier dernier dans Livres Hebdo. Les candidats aux municipales savent donc ce qu’ils peuvent ajouter à leur programme.

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Commentaires

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  1. Tarama Tarama

    Encore une fois du grand n’importe quoi, et les enfants plus montrés du doigts que les autres alors qu’ils ne sont quasi pas concernés par l’épidémie (ni porteurs, ni transmetteurs). Ça finit par être honteux.

    Quand aux précautions dignes de blocs opératoires pour manipuler des livres, là aussi on frise le ridicule. Comment font les services hospitaliers ? On me répondra que c’est leur métier. Et comment font les supermarchés, les commerçants, et tout le monde en fait, qui doivent bien manipuler des objets, de la monnaie, etc. ?

    On dirait que la virulence supposée du virus est parfois corrélée au degré de corporatisme de certaines professions…

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    • Tarama Tarama

      Le port du masque sera juste recommandé dans les bibliothèques, et il est déconseillé ou facultatif pour les enfants de moins de 12 ans partout.
      Les bibliothèques seront donc interdites aux enfants de moins de 12 ans.
      La Ville de Marseille dans toute sa splendeur. Incurie. Incompétence, Imbécilité.

      Les bibliothèques de la ville sont tellement petites, et manquent tellement de personnel, qu’elles ne pourront pas rouvrir…
      Tout est dit.

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Merci FO

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  3. pascal pascal

    « Nous avons traité 400 demandes le matin et nous en attendons plus de 1000 en fin de journée, explique un agent des bibliothèques, sous couvert d’anonymat. C’est épuisant, on passe notre temps à courir d’un étage à l’autre« .

    Cela m’a bien fait marré…il y a combien de salariés ? même à 10 chercher 40 livres par salarié, pas sur qu’il fasse y passer la matinée. Bon je suis peut être mauvaise langue.

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    • Pascal L Pascal L

      D’autant que si tu as une liste de 50 livres et que tu connais la bibliothèque, tu te prévois un parcours que tu suis avec un chariot et c’est réglé en un voyage. Évidemment, il faut traiter un ensemble de demandes et ne pas faire un voyage par demande.

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  4. Grand électeur et citoyen Grand électeur et citoyen

    3 coquilles repérées :
    – « Et, depuis l’annonce de cette remise en service, c’est UNE raz-de-marée. »
    – « La direction assume un mode DÉGRADÉE où l’accueil sera limité aux seuls retours et prêts avec des horaires extrêmement réduits. »
    – « Les usagers improvisent donc des réunions INFORMELLES pour tenter de trouver des lieux d’accueil, en attendant une réouverture promises aux calendes marseillaises. »

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