Les associations de défense des Roms à bout de nerfs

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Lisa Castelly
11 avril 2017 3

Après plusieurs échanges de missives ces dernières semaines, le dialogue se complique entre les associations de défense des Roms et le préfet délégué pour l'égalité des chances. Lundi, alors que ces premières avaient obtenu de l'État le maintien provisoire d'un camp, un autre a été expulsé par surprise.

« On pensait faire une conférence de presse dans un tout autre contexte », lâche Roland Bourglan, militant aubagnais de la cause rom, en accueillant les journalistes ce lundi matin, dans un squat occupé par des familles le long du boulevard Capitaine Gèze (15e arrondissement). En effet, depuis près de deux semaines, plusieurs collectifs et associations – parmi lesquelles la fondation Abbé-Pierre, la Cimade, ATD quart monde, le MRAP, RESF, mais aussi le syndicat de la magistrature et le syndicat des avocats de France – s’activent à dénoncer le retour des expulsions de campements et de squats, permis par la fin de la trêve hivernale. Des expulsions dont ils estiment qu’elles sont trop peu préparées et accompagnées, et dont ils soupçonnent qu’elles aient des visées électorales.

Ce lundi, les associations prévoyaient donc une conférence plutôt apaisée, pour cause de bonnes nouvelles. « J’ai parlé au téléphone avec le préfet [délégué pour l’égalité des chances, ndlr] un long moment la semaine dernière, puis il m’a rappelé samedi matin pour me dire que l’expulsion ici n’aurait pas lieu cette semaine », explique Roland Bourglan. Les associations se préparaient donc à parler aux médias des avancées obtenues et du travail de coordination réussi entre elles, à l’échelle du département, pour obtenir ces petites victoires.

Sauf que, ce matin vers 7 heures, le téléphone de Caroline Godard de l’association Rencontres tsiganes, s’est mis à sonner. Une expulsion était en cours à La Rose, sur un campement installé depuis deux ans le long de l’avenue Jean-Paul Sartre. « Quand ils m’ont appelé ce matin, je leur ai dit que ça ne pouvait pas être une expulsion, que les policiers venaient certainement pour les prévenir qu’il y en aurait bientôt une. Je n’y croyais pas. Mais ils m’ont passé un policier au téléphone, qui m’a assuré qu’il avait toutes les autorisations pour l’expulsion ». D’ordinaire, les habitants des campements comme les associations sont prévenus quelques temps à l’avance, pour ne pas être surpris au réveil. Cela n’a pas été le cas cette fois-ci. « Une provocation », selon les mots de Roland Bourglan.

« Une situation qu’on n’avait pas eu depuis plusieurs années »

« On savait que ça devait avoir lieu bientôt, toutes les procédures de recours étaient purgées. Mais organisons-nous avant ! On se retrouve avec une situation qu’on n’avait pas eue depuis plusieurs années : des gens mis à la rue en 5 minutes », poursuit Caroline Godard. Du côté de la préfecture, on indique simplement qu’un arrêté d’interdiction d’occupation du lieu a été pris le 22 mars, en raison du nombre important de personnes qui y vivaient, et de la coexistence de poêle à bois et d’ordures en grand nombre. Toujours selon une source préfectorale, le SAMU et les services du 115 étaient présents sur place.

Adrian Rostas, un père de famille qui travaille dans le bâtiment et vivait dans ce campement depuis sa création, est venu jusqu’au boulevard Capitaine Gèze pour chercher de l’aide. « Je n’étais pas réveillé quand la police est arrivée. Ils sont venus avec les tractopelles et ont commencé à détruire. Je leur ai demandé ce que j’allais faire, je devais partir au travail. Ils m’ont dit que dedans ou dehors, ils allaient détruire ». À la recherche d’une solution pour les nuits prochaines, il n’est pas allé au travail et n’a pas pu emmener sa fille à l’école. « J’ai un contrat de travail, j’ai des fiches de paie, mais y a pas d’endroit où rester ! »explique-t-il dans un français hésitant, en s’affranchissant de la traductrice présente. « À la Rose, tous les enfants étaient scolarisés« , souffle Jane Bouvier qui travaille à la scolarisation des enfants avec son association l’École au présent« Pour ces enfants, l’année scolaire s’est finie le vendredi 7 avril. Leurs affaires sont encore à l’école », ajoute-t-elle.

« Un climat de méfiance »

Devant le squat du boulevard Capitaine Gèze, où on se préparait plutôt à se féliciter du maintien, certes provisoire, de l’occupation, les mines sont graves. Personne ne comprend à quoi joue l’État. « Ça commence à créer un climat de méfiance. On était prêts à saluer l’effort de dialogue pourtant ! D’un côté on nous donne la carotte et de l’autre les coups de bâtons », déplore Caroline Godard. Pour ce squat là, la préfecture a entendu les arguments des associations qui assurent que les risques en terme de sécurité constatés par le passé ont été éliminés. Mais quel répit auront ses habitants, arrivés là en septembre après avoir été expulsés d’un concessionnaire auto rue de Lyon, non loin de là ? « Il n’y a aucun projet prévu ici », assure Jean-Marc Coppola, conseiller municipal PCF et élu du secteur. Présent sur place, il ne voit donc aucune raison à une expulsion prochaine. Le lieu fait toutefois face à la future station de métro Gèze et le quartier est au cœur de nombreux projets urbanistiques.

Les associations et collectifs présents lundi matin espèrent pouvoir faire de ce squat un lieu de stabilisation, en y permettant notamment l’accès à l’eau potable et l’installation de toilettes. « Un sas pour la période d’insertion et après, on ferme », explique Fathi Bouaroua de la fondation Abbé-Pierre, qui souhaite qu’on « arrête de nous faire croire qu’il n’y a pas de moyens, alors qu’au Cap Janet, depuis novembre, un ancien campement est surveillé 24h sur 24, avec des toilettes et un préfabriqué ». Des installations destinés au gardien qui assure la surveillance…

« Une attitude nationale du gouvernement »

Pour Fathi Bouaroua comme pour les signataires de la première lettre ouverte, le contexte électoral explique les décisions contradictoires du préfet délégué pour l’égalité des chances. « C’est une attitude nationale du gouvernement. À Nice, à Antibes, on a des expulsions comme ça, sans sommation. C’est une commande nationale pour qu’on ne parle pas de ces sujets », accuse-t-il. « Ce qu’on voit, appuie Caroline Godard, c’est de la précipitation pour expulser trois sites au sortir de la trêve hivernale, et il fallait faire vite apparemment. Mais c’est un mauvais calcul politique : sur place, il y a déjà Stéphane Ravier qui va se vanter d’en être à l’origine ». Et en effet, le maire du 7e secteur était, lui, bien informé de l’expulsion puisqu’il s’est rendu sur place en compagnie des tractopelles et a fait le récit de sa visite en photos sur les réseaux sociaux.

Après leur point presse, les représentants associatifs se sont rassemblés pour un point sur les actions à mener rapidement. Une lettre va être rédigée pour François Hollande, encore président pour quelques semaines. « Quand nous jouons collectif au niveau départemental, des choses qui étaient impossibles chacun dans son coin deviennent possibles », veut croire Roland Bourglan. Si nous devons aller au conflit, nous irons au conflit, avec le plus grand regret, parce que le dialogue reste notre objectif », assure le militant aubagnais convaincu de ce nouvel élan militant, alors que la situation des Roms n’évolue pas, d’expulsion en expulsion.

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  1. Dominique Idir Dominique Idir

    Les associations qui luttent à Marseille depuis plus de 15 ans sur les squats et bidonvilles avaient réussi depuis 2012 à obtenir la trêve scolaire,la trêve hivernale étant acquise de fait après 3 expulsions en plein hiver et par le hasard du calendrier un 17 décembre 2007,2008,2011(une semaine avant Noêl.
    La trêve scolaire n’est pas négociable pour les enfants scolarisés sachant l’effort considérable que les familles doivent faire pour emmener leurs enfants à l’école en vivant dans des conditions aussi difficiles et pour respecter le travail d’accompagnement de l’association L’école au présent et le soutien actif des écoles.
    La trêve scolaire rompue est un retour en arrière.
    Il y avait 1500 personnes sur les bidonvilles à Marseille,il y en a 800 aujourd’hui.
    Que sont devenus les 700 manquants?Nombre d’entre eux ont été logé dans le cadre de la circulaire du 26 août 2012 et accompagné à l’insertion professionnelle car ils n’ont aucun droit s’ils n’ont pas d’emploi.L’on voit ainsi que lorsqu’il y a une volonté politique il est possible de sortir du bidonville et il serait aussi possible de mener une véritable politique du logement en France pour toutes les personnes mal logées.
    Nous demandons une véritable politique du logement pour tous,de l’emploi,de l’accès à l’éducation (école obligatoire jusqu’à 16 ans) et monsieur Ravier au lieu de jeter la pierre aux plus pauvres avec votre mépris insupportable vous auriez pu vous intéresser au sort de ces personnes que vous apellez « individus « ,mais vous faites une hiérarchie des valeurs entre les êtres humains,j’espère que vous n’avez aucune référence chrétienne …..et je demande au Préfet à l’égalité des droits de surtout ne pas remettre à la rue des personnes qui ont eu un logement avec Adoma missionné par l’Etat pour la résorption des bidonvilles et qui donc n’a pas fini sa mission et il y a même le risque que 3 familles soient remises à la rue certaine avec un travail et leurs droits ouverts.
    Dominique Idir

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  2. Treblig Treblig

    Qui n’est pas à bout de nerfs ???

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  3. Dominique Idir Dominique Idir

    Je continue à parler avec le lien fait par Lisa Castelly sur le facebook de Stéphane Ravier.En dehors des termes habituels employés par ce monsieur pour parler d’êtres humains qui vivent dans des conditions très difficiles je voulais intervenir sur une phrase qu’il a prononcé dans sa video faite par son propre service de propagande:
    « les services sociaux se déplacent chaque jour pour leur proposer des solutions de relogements pérennes,à chaque fois les populations roms les refusent,refusent cette main tendue par les services sociaux. »
    Je suis aller à la mairie du 13-14 ce matin bien décidée avec ma caméra à demander à ce monsieur quels sont les services sociaux qui vont tous les jours sur les bidonvilles ,qui proposent des logements que les familles refusent.
    On me demande mon nom,mon téléphone et on me dit qu’on me donnera rendez-vous.Je reste dans la mairie et j’attends qu’il sorte d’une réunion avec le CIQ.
    Au bout de deux heures d’attente une dame m’emmène au premier étage et me dit je lui demande s’il peut vous recevoir.Elle ressort 1 minutes après et me dit qu’il n’a pas le temps mais il sort de son bureau et je lui dit j’ai juste une question à vous poser:quels sont les services sociaux qui vont sur les bidonvilles?il ne peut pas répondre car il n’y en a pas à part pour les diagnostics au moment des évacuations.Il est très énervé et me demande si je suis un flic.Je lui repose ma question et lui demande d’où il sort que les familles refusent un logement.
    A ce moment toujours sans réponse il me dit: » à je vois vous faites partie de cette nébuleuse. »..Je ne comprend pas car je suis seule et en face de lui et j’ai donné mon nom et mon téléphone.
    Je termine en lui disant je savais d’avance qu’il ne répondrait pas à ma question car ses affirmations sont un mensonge et ses réponses sont lâches et indignes.
    bien entendu je n’ai pas pu sortir la caméra,c’est pour ça que j’écris ici.
    Merci Marsactu, merci Lisa.
    Dominique idir

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