Les 15 hectares de terres agricoles promises à la construction qui divisent Peynier

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Jean-Marie Leforestier
3 Jan 2018 3

Une pétition en ligne a déjà recueilli 7000 signatures contre la transformation de ces terrains cultivables en logements et équipements collectifs. Malgré de nombreux avis négatifs, notamment institutionnels, le conseil municipal a désigné les constructeurs du projet fin décembre.

Max Pennacchiotti de l'association Action terres citoyennes s'oppose au projet du maire LR Christian Burle.

Max Pennacchiotti de l'association Action terres citoyennes s'oppose au projet du maire LR Christian Burle.

Ce sont des terrains où seules quelques herbes folles subsistent et où les bâtiments pourraient pousser en nombre dans les années qui viennent. Le 27 décembre, le conseil municipal de Peynier a sonné le début des travaux d’aménagement du Vallon du Verdalaï, du nom du cours d’eau qui se jette au nord de la commune dans l’Arc, en cédant une partie des terrains nécessaires au projet dit de “La Treille”. Sur quinze hectares, en bordure de la départementale 6 et de la zone d’activités où travaillent 7000 salariés, sont prévus une résidence pour personnes âgées, une crèche, une cuisine centrale, des logements ou encore l’agrandissement de la zone d’activités et un éventuel hôtel. “Le projet consiste à l’extension de la zone d’activités de Rousset/Peynier et à l’accompagnement du dynamisme économique de la zone, par une réponse en activités tertiaires, en équipements publics ou d’intérêt collectif, en services et en logements diversifiés”, expose la mairie dans les documents officiels.

Mais, depuis plusieurs mois, celui-ci est fortement contesté. Une pétition demandant son retrait a été mise en ligne et compte déjà plus de 7000 signataires, soit plus de deux fois le nombre d’habitants de la commune. Peynier devient un symbole de l’artificialisation des terres. L’association qui a lancé l’initiative, Action terres citoyennes, fédère bien au-delà des frontières de Peynier. “C’est 15 hectares ici, plus trois là-bas, plus quatre encore plus loin. C’est comme ça qu’on grignote un peu tous les ans. C’est symptomatique de ce qui passe autour des grandes métropoles et notamment en Provence”, lance Max Pennacchiotti, son porte-parole.

AOC Sainte-Victoire

Alors qu’il nous emmène sur le site, celui qui habite à proximité des parcelles bientôt urbanisées est amer : “Nous, on ne juge pas le bien fondé du projet mais on dit simplement : pas ici car ici, ce sont des terres fertiles même si, depuis que la mairie les a achetées il y a une dizaine d’années, elles sont en jachère”. Avec d’autres associations et des riverains, il place beaucoup d’espoir dans le recours introduit devant le tribunal administratif pour casser le plan local d’urbanisme qui autorise cet aménagement. Par trois fois déjà, des Peynierens ont fait casser le document produit par la mairie dirigée par Christian Burle (LR). Parmi leurs arguments, il relève que se trouvent dans les terres retenues 9,5 hectares en appellation d’origine protégée Côtes de Provence-Sainte-Victoire. Surtout, il note l’éloignement du bourg, situé 4 kilomètres plus loin.

Il faut dire que l’enquête publique menée sur le projet en 2016 avait vu converger les avis sévères. “La commune fait le choix de participer à l’étalement urbain et à la consommation d’espaces agricoles et protégés”, s’était agacé le préfet de l’époque, Stéphane Bouillon, qui identifiait “trois secteurs non bâtis au cœur du village et donc à proximité des équipements publics et des commerces”, qui auraient pu accueillir au moins une partie du projet. En tout, 4 hectares et 200 logements auraient pu être construits en suivant cette voie, estimait le représentant de l’État. Celui-ci avait rendu un avis défavorable en affirmant qu”“aucune urbanisation sur ce secteur ne devrait être envisagée”. “Aucune instance environnementale ne s’est pour l’instant prononcé favorablement sur ce projet”, notait-il alors avec un brin de malice.

La contestation va même au-delà avec la chambre de commerce et d’industrie-Marseille Provence qui apportait elle des arguments économiques : “La CCI-MP encourage vivement la commune à concevoir son projet selon une vision macro-économique […] Des disponibilités foncières et immobilières sont aujourd’hui offertes sur la zone et à proximité”, avançait-elle notamment citant des projets semblables aux plans peynierens à Rousset ou Chateauneuf-le-Rouge.

Le maire prône “la compensation”

Christian Burle n’a pas répondu à nos questions, pas davantage qu’il avait accepté un entretien avec nos confrères de France culture qui se sont penchés sur le sujet fin novembre. Dans divers documents et apparitions publiques, il a cependant avancé un argument qu’il souhaite massue : “la compensation” que lui avait réclamé notamment la chambre d’agriculture et le département des Bouches-du-Rhône dans leurs avis respectifs. En redéfinissant certaines terres comme agricoles, l’édile estime avoir ainsi identifié “30 hectares potentiellement exploitables immédiatement car classés et desservis par le Canal de Provence”, avec l’accord de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO).

En visite cantonale à Peynier avec Martine Vassal , Christian Burle et Claude Rossignol pour faire vivre nos zones…

Publiée par Jean-Claude Feraud sur vendredi 8 décembre 2017

Page Facebook du conseiller départemental et maire de Trets Jean-Claude Féraud

Mais cette compensation est un faux-semblant, estime Max Pennachiotti. “La loi dit “éviter, réduire, compenser” et précise que ces trois verbes doivent être pris dans cet ordre. Il est clair dans ce projet qu’il y avait possibilité d’éviter ou de réduire l’impact sur les terres agricoles existantes”, détaille-t-il. Le tribunal administratif aura la charge de dire si le projet a bien respecté toutes les étapes légales.

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