À Legré-Mante, un projet immobilier peut en cacher un autre

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Julien Vinzent_
10 Jan 2017 1

Son projet de 286 logements sur le site de l'ancienne usine Legré-Mante embourbé dans les recours, le promoteur a ouvert un nouveau front en lançant des travaux à deux pas. Six villas les pieds dans l'eau doivent voir le jour sur cet ancienne décharge industrielle. Des riverains et des élus s'inquiètent des conséquences sanitaires du chantier de dépollution.

Autour du site Legré-Mante, l’alignement de panneaux d’affichage de permis de construire donne le tournis. On en trouve sur les grilles qui barrent l’accès à l’ancienne usine d’acide tartrique, désaffectée depuis 2009, sur les murs d’enceinte à quelques mètres puis, en poursuivant vers le nord, à deux pas du stade de foot synthétique de la Verrerie… Depuis des années, ce projet immobilier de 286 logements et 34 villas suscite l’opposition des riverains et d’élus, qui mettent en avant la pollution des sols et refusent cette urbanisation supplémentaire. En 2013, ils ont obtenu l’annulation d’un des permis de construire, confirmée en octobre 2016.

Comme l’a noté La Marseillaise, c’est de l’autre côté de l’avenue de la Madrague de Montredon (8e), sur un terrain de 7000 m2 en bord de mer, que le promoteur Oceanis est passé à l’action vendredi. Là encore, un panneau, abrité par des grilles sous cadenas, annonce la couleur : le permis délivré par la mairie de Marseille prévoit six « maisons de pêcheurs », totalisant tout de même 924 m2.

Une mini-pelle, deux piliers tout frais, quelques traverses de bois et un peu de grillage… Ce démarrage se limite pour l’heure à des « travaux préparatoires », comme le confirme la préfecture. En clair, il s’agit de clôturer et sécuriser l’accès au site, avant le démarrage du lourd chantier de dépollution.

Villas sur terrain pollué

Le terrain concerné par les travaux. Capture d’écran Geoportail.

Le terrain est en effet un crassier, autrement dit une ancienne décharge industrielle dont les sols sont chargés en métaux lourds (plomb, arsenic…). Avant de construire, Oceanis doit en extraire 20 600 m3, « sur un gisement total de matériaux pollués de 24 000 m3 » – soit l’équivalent de sept piscines olympiques – précise l’arrêté préfectoral de 2012 qui supervise ce chantier de dépollution. Et le reste ? Le plan prévoit que « la pollution reste en place sous les maisons », confinée par une dalle, ce qui explique que les jardins soient interdits.

« C’est la zone la plus polluée de Legré-Mante, résume Yves Galtier, président du comité d’intérêt de quartier de la Madrague, porteur du recours contre le reste du projet. Nous allons attendre de voir si les travaux démarrent vraiment. Si c’est le cas, compte tenu du vent et de la proximité de la mer, nous allons réagir très rapidement. » Contacté, le promoteur Oceanis a refusé de nous répondre.

Crainte des poussières

Les riverains, tout comme les élus d’opposition craignent que le chantier ne fasse s’envoler des poussières polluées. « Le régime de vent en période hivernale est principalement orienté nord-sud et balaie les sols pour impacter directement les habitations », affirme Marie-Françoise Palloix, conseillère d’arrondissement (PC). « On n’a pas pris la mesure de gravité de la problématique du risque sanitaire », estime pour sa part Annie-Lévy Mozziconacci (PS).

L’arrêté exclut pourtant les travaux pendant la période estivale et leur arrêt « si la vitesse du vent est supérieure à 60 km/h ». Les camions devront obligatoirement être bâchés et le criblage (le tri entre les parties plus ou moins pollués) se fera dans l’enceinte de l’usine et non sur ce terrain exposé au vent. Neuf points de contrôle des taux de poussières et de métaux dans l’air sont aussi prévus autour du site. « Au-delà des prescriptions de l’arrêté », précise la préfecture, qui nous indique avoir chargé l’organisme public Air PACA d’installer ses propres stations de mesure.

« Aucune collectivité n’aura les moyens de dépolluer »

À rebours des craintes des riverains, l’arrêté considère que c’est le statu quo qui « est inacceptable pour la santé publique ». Le maire des 6e et 8e arrondissements Yves Moraine, que nous n’avons pas réussi à joindre, est sur la même ligne, comme en témoigne cette intervention en conseil municipal, en 2014 :

Faut-il laisser les choses en l’état ? Eh bien, nous, nous répondons non ! (…) Sur ce site Legré-Mante, l’alternative est claire. Soit on fait le projet immobilier, ce qui permet de dépolluer (…) soit on s’oppose à ce projet et il n’y aura rien du tout, car aucune collectivité publique n’aura les moyens soit de dépolluer, 16 millions d’euros, soit d’acheter le site à sa valeur foncière après dépollution par le promoteur.

Un argument renforcé par l’exemple de retard du chantier de dépollution, censé être mené plus au sud, entre le Mont-Rose et Callelongue : l’État et les collectivités n’ont bouclé que récemment son financement (3 millions d’euros).

Du côté des opposants, les possibilités paraissent limitées. Utilisée avec succès sur le projet de 286 logements, l’arme du recours contre le permis de construire n’en fera pas partie. « Nous n’avons pas eu le temps de déposer un recours sur cette parcelle » avant l’expiration du délai, regrette Yves Galtier. Son association et le collectif santé littoral Sud devraient arrêter cette semaine leur stratégie de riposte à ces premiers coups de pelle.

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