Législatives : ceux qui sont affaiblis, ceux qui en sortent renforcés

Décryptage
Jean-Marie Leforestier
20 Juin 2017 5

Au surlendemain du deuxième tour des élections législatives, Marsactu revient sur les principaux enseignements politiques dans les Bouches-du-Rhône de ce scrutin.

Stéphane Ravier (FN) fait partie des personnalités qui ressortent affaiblies de ces législatives.

Stéphane Ravier (FN) fait partie des personnalités qui ressortent affaiblies de ces législatives.

Il y a les élus, les battus et ceux qui ne se présentaient pas et comptent les points. Si dans les Bouches-du-Rhône la vague de renouvellement des élus est moins forte que prévue, il y a au lendemain de ces élections législatives agitées de nombreux enseignements à tirer sur la suite des événements politiques. Après avoir regardé les résultats circonscription par circonscription, nous nous penchons sur les femmes et les hommes qui font la politique pour vous livrer une sorte de baromètre.

Ils sont affaiblis

Stéphane Ravier (FN) sort particulièrement affaibli de cette élection. Tout d’abord, il perd pour la deuxième fois consécutive dans la 3e circonscription malgré la conquête en 2014 de la mairie des 13e et 14e arrondissements. Il fait moins bien contre Alexandra Louis en voix mais aussi en pourcentage des exprimés qu’en 2012 contre Sylvie Andrieux. C’est un pari perdu pour Stéphane Ravier qui se consolera avec la chambre haute puisqu’il garde son poste de sénateur, au moins jusqu’à ce qu’il soit rattrapé par le cumul des mandats à l’automne.

Mais son échec ne s’arrête pas là. Une part de la défaite de Jean-Lin Lacapelle lui revient aussi puisque la dissidence fatale au cadre parisien dans la 12e circonscription, celle de Jacques Clostermann, était largement due aux mauvaises relations entre les deux hommes. Depuis 2014, Ravier, par ailleurs secrétaire départemental, a vu fuir un grand nombre d’élus, une série de démissions qu’il n’a pas su contenir. « Un nouveau secrétaire départemental s’impose », estime le conseiller départemental Jean-Marie Verani, suppléant de Jacques Clostermann.

Enfin, Stéphane Ravier reste dans cette logique dans la Ligue 2 des élus frontistes. Avec huit élus FN ou apparentés, le parti sera plus présent dans l’Assemblée mais sans représentant de PACA. Hervé de Lépinau n’a pas réussi à conserver le siège laissé vacant par Marion Maréchal-Le Pen dans le Vaucluse. Stéphane Ravier, en rejoignant l’Assemblée, aurait pu être plus visible et peser davantage dans le parti alors qu’un congrès discutera prochainement de sa ligne politique. L’élu marseillais y défendra un retour aux fondamentaux du parti, centré sur les questions d’immigration et de sécurité plutôt que sur les questions économiques et la sortie de l’euro.

Dominique Tian et Yves Moraine (LR) étaient tous les deux positionnés pour prendre la succession de Jean-Claude Gaudin en 2020 ou avant si celui-ci se décide à passer la main sans attendre le prochain scrutin. Ils le sont toujours mais sont clairement moins bien placés après cette élection. Yves Moraine n’a pas coché la case « député » dans le cursus honorum décrit par Jean-Claude Gaudin pour être maire et Dominique Tian a perdu un fief de la droite.

Jean-Marc Coppola (PCF) figure dans cette catégorie en partie malgré lui. Avec une 7e circonscription où Jean-Luc Mélenchon avait cartonné à la présidentielle (37 %), le conseiller municipal communiste pouvait espérer conquérir un territoire qui a longtemps donné un député communiste à Marseille avec Guy Hermier (six mandats) et Frédéric Dutoit (un mandat). Mais le PCF et la France insoumise n’ont pas réussi à s’entendre. Alors qu’il se disait près – comme Marie-George Buffet en région parisienne par exemple – à signer la charte de la France insoumis et même si le candidat investi par FI Ouali Brinis était prêt à faire sa campagne, Coppola n’a pas sauté le pas, dissuadé par ses camarades et par son attachement à son parti. Et FI n’a pas voulu entendre parler d’un accord local.

« Quel gâchis ! On aurait eu des candidatures unitaires, dans ce département des Bouches-du-Rhône, à Marseille on aurait pu avoir le double de députés », se désolait-il dimanche soir sur le plateau de France 3 Provence-Alpes. Avec la seule étiquette communiste, Jean-Marc Coppola a réalisé 8 % des voix quand Ouali Brinis, avec le logo FI plus porteur, a finalement réalisé 14,8 %. Même au sein des Insoumis, nombreux sont les militants à regretter cette division.

Corinne Versini (LREM) avait tenté un pari difficile en se lançant in extremis dans la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône face à Jean-Luc Mélenchon. Cette candidature soudaine lui a attiré de nombreuses inimitiés chez les marcheurs, pour certains déjà échaudés par ses méthodes de management jugées un peu rudes. Sa défaite dimanche avec 40 % des voix contre le leader de la France insoumise la fragilise encore. Un écart plus faible aurait pu donner un élan à cette cheffe d’entreprise que ses proches imaginent candidate à la mairie de Marseille en 2020.

Ainsi laissée à bonne distance par Mélenchon, Corinne Versini a annoncé vouloir réfléchir à la suite de son engagement. Dans un premier temps, elle gardera son poste de référente départementale que lui avait confié Emmanuel Macron jusqu’à un congrès départemental qui pourrait avoir lieu le samedi 15 juillet.

Ils sont confortés

Valérie Boyer, est sortie renforcée de cette longue période électorale. Au fil d’une campagne qui a pris pour elle la forme d’une montagne russe, elle finit confortée  en rejoignant l’Assemblée nationale pour une troisième mandat. La porte-parole de François Fillon pendant la campagne des primaires à droite était destinée à suivre le destin politique de son favori, promise ministre un jour et balayée par la République en marche le lendemain. Nombreux dans son camp pensaient cette défaite inéluctable, voire secrètement espérée. Elle aura donc fait mentir ces pronostics en remportant une nouvelle fois les suffrages dans ce secteur de l’Est marseillais, essentiel dans la conquête de la ville.

Avec son allié, Guy Teissier, également réélu, Valérie Boyer se replace donc dans la course des prétendants au siège du maire de Marseille. Une nouvelle fois élue, elle apparaît désormais moins isolée, en recevant le soutien appuyé de la présidente du département Martine Vassal au soir du second tour.

Renaud Muselier, sans être candidat, a vécu une séquence électorale particulièrement favorable depuis un mois. Après une campagne présidentielle qui avait été plutôt mauvaise pour lui puisqu’il avait appelé au retrait de François Fillon sans l’obtenir, il a pris peu après la présidence de région à la suite de la démission de Christian Estrosi. Cela a automatiquement remis au centre du jeu celui qui, battu aux législatives 2012, avait annoncé son retrait de la politique avant de revenir et d’être élu dès les européennes 2014.

Pendant la campagne des législatives, il a d’abord soutenu les candidats Les Républicains avant, le dernier jour, de soutenir les candidats de La République en marche opposés au FN ou à la gauche. Au premier tour, il a même soutenu dans les Alpes-maritimes un maire et conseiller régional de sa majorité dont le premier adjoint était investi LR-UDI. Au second, il s’est bien gardé d’afficher sa préférence entre Guy Teissier (LR) et la conseillère régionale Modem membre de sa majorité Éléonore Leprettre. Une manière de se situer dans le débat à droite comme macron-compatible qui tranche avec d’autres responsables locaux comme la présidente du département Martine Vassal ou Valérie Boyer, adeptes d’une opposition plus marquée.

En arrière-plan se profilent les municipales pour lesquelles il sera en position. Mais il faudrait pour cela que Jean-Claude Gaudin décide d’aller au bout de son mandat. Car depuis 2014 et son vrai-faux retrait de la vie politique, Renaud Muselier n’est plus conseiller municipal et ne peut donc plus prétendre à une succession douce.

Jean-Luc Mélenchon est pour la première fois député. L’implantation du leader de la France insoumise à Marseille, bien que dans une circonscription qui l’avait porté à 39 % à la présidentielle, était en soi un pari, avec de fortes chances de réussite, mais pas sans risques. Jean-Luc Mélenchon apportait de surcroît dans ses bagages un pari plus grand encore : susciter dans l’aire marseillaise un vent insoumis qui porte plusieurs de ses camarades vers l’Assemblée dans son sillage. Et cela, dans l’optique encore plus ambitieuse d’y être la principale force d’opposition, voire, d’être à la tête d’une cohabitation. Le premier défi est réussi : à 65 ans, Jean-Luc Mélenchon devient député pour la première fois de sa longue carrière politique, malgré l’accueil peu amène que lui a réservé la sphère politique marseillaise, et malgré l’abstention qui a frappé la quatrième circonscription comme partout dans Marseille. À presque 60% des suffrages exprimés, il est élu très confortablement.

En revanche, il sera le seul insoumis élu à Marseille de l’hémicycle. Sarah Soilihi, sur qui il fondait de grands espoirs dans un duel face à Stéphane Ravier (FN) n’a pas passé la porte du premier tour, tandis qu’Hendrik Davi s’est vaillamment battu dans la 5e, pour échouer, à 1077 voix de la candidate En marche qu’il affrontait. Il n’aura pas réussi non plus à dépasser au niveau local ses désaccords électoraux avec le parti communiste. Au niveau national, Jean-Luc Mélenchon se confirme en tout cas comme chef de l’opposition de gauche à l’Assemblée, entouré de 17 de ses camarades insoumis. Si l’idée a dans un premier temps été écartée par son entourage, il devrait vraisemblablement prendre la tête d’un groupe parlementaire, dont il reste encore à savoir s’il comprendra les 11 députés communistes.

Pierre Dharréville maintient son parti sur la carte politique des Bouches-du-Rhône. Le secrétaire départemental du PCF a rempli son défi. Dimanche soir, son prédécesseur Gaby Charroux a pu comme prévu lui transmettre l’écharpe tricolore de la 13e circonscription des Bouches-du-Rhône. Homme d’appareil, ancien journaliste à l’Humanité et Pif gadget, patron pendant les deux dernières années de La Marseillaise, il n’avait pour l’heure exercé comme seul mandat que celui de conseiller municipal du Rove. Investi malgré quelques velléités de candidatures locales, il réussit à s’asseoir à l’Assemblée nationale avec un score de 62,4 % supérieur à celui obtenu par Gaby Charroux au deuxième tour en 2014. La France insoumise n’avait pas présenté de candidat contre lui comme dans toutes les circonscriptions déjà occupées par le parti communiste.

François-Michel Lambert renouvelle son mandat de député de la 10e circonscription (qui regroupe les cantons d’Allauch, Gardanne et Roquevaire). Élu sous l’étiquette Europe écologie-les Verts en pleine vague Hollande, il retourne à l’Assemblée flanqué de l’étiquette de La République en marche. Dans un hémicycle et une majorité qui comptera beaucoup de nouveaux venus, le chantre de l’économie circulaire peut même espérer jouer un rôle important. Il devrait aussi être en mesure de peser sur la vie du mouvement à l’échelle départementale.

En juillet 2015, il avait pourtant lourdement chuté lors d’une municipale partielle à Gardanne en ne récoltant que 7 % des voix au premier tour. La victoire d’hier sonne comme un petit miracle pour lui.

Manquent à ce palmarès, l’ensemble des sortants socialistes. Patrick Mennucci, Jean-David Ciot et Henri Jibrayel ont été éliminés dès le premier tour. Et, au chapitre des heureux, les neuf députés de la République en marche qui joueront sans doute un rôle clef dans la structuration du mouvement dans les Bouches-du-Rhône avec, en ligne de mire, les municipales de 2020.

(avec Lisa Castelly et Benoît Gilles)

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