"Le vote FN devrait progresser dans les zones pavillonnaires"

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le 11 Avr 2012
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Marsactu : Y a-t-il une particularité du FN en Paca ?

Joël Gombin : Je vais un peu renverser la question. Il n'y a pas vraiment de sens de considérer qu'il y aurait un seul électorat FN. Ce qui le caractérise c'est une très forte variabilité dans le temps et dans l'espace. Cet agrégat électoral mélange des groupes sociaux relativement différents les uns des autres.

L'électorat FN est-il particulièrement peu aisé ?

C'est une caractéristique plutôt partagée en France. Il s'agit d'un électorat fortement populaire. Le vote FN fonctionne avec un système de cercles concentriques. Quand le score est plus faible comme en 2007, il n'y a que le noyau dur alors que le cercle était bien plus large en 2002. Le noyau dur, c'est effectivement les couches plus populaires. En 2002, il y avait des gens différents : indépendants, petits commerçants, etc. Ce qui donne une vision plus hétérogène de l'électorat FN.

Y a-t-il néanmoins une stabilité du vote ?

Il y a un noyau dur territorial et sociologique qui ne correspond pas nécessairement toujours aux mêmes personnes. Les données agrégées me permettent simplement de dire qu'il y a une stabilité de la structure géographique du vote. Les trajectoires électorales sont marquées par des allers-retours assez réguliers entre l'abstention, le vote FN et les autres votes.

Vous datez l'essor du FN dans la région à l'année 1985 lors de laquelle Jean Roussel a été élu au CG 13 avec l'appui de Jean-Claude Gaudin et Gaston Defferre. Quel rôle cela a-t-il joué dans la quête de respectabilité du FN ?

On ne peut pas attribuer aux responsables politiques toute la responsabilité de l'émergence du Front national. Mais un certain nombre d'acteurs politiques locaux ont joué un jeu un peu sulfureux avec le FN, parfois continu. La région Paca était dès le départ une région où le FN a fait des résultats importants en raison de sa structure socio-économique mais aussi de la place dans la mémoire politique locale des thématiques liées à l'empire colonial ou à la guerre d'Algérie. Les politiques ont soutenu son émergence dans des objectifs purement électoralistes. Si on se rappelle lors des municipales de 83 la liste « Marseille sécurité » soutenue en sous main par Defferre pour diviser la droite par exemple, on voit bien qu'il y a eu la tentation d'utiliser le FN. Chacun a pu trouver un a intérêt pour que le FN se porte un peu mieux. Le fait que dès 86, il rentre au conseil régional et même dans la majorité grâce à l'accord avec le président Jean-Claude Gaudin, l'alliance législative en 88 pour un report sur le mieux placé, ça a accrédité l'idée que le FN était un parti presque comme un autre, membre de l'échiquier politique et qui avait des élus.

Est-ce que cette histoire commune fait de l'électorat FN un électorat de droite ?

A partir de mes travaux de 2007, ce que je peux dire, c'est que la porosité entre la droite et l'extrême-droite est très grande et on peut la mesurer de plusieurs manières. Les deux électorats ont la même assise géographique. Les reports de voix sont massifs en 2007 vers Nicolas Sarkozy. Ils sont encore plus forts dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse. Aujourd'hui, on ne peut plus dire qu'il y ait tripartition de l'espace politique comme cela avait été dit par certains chercheurs à l'époque. Je crois que le FN est bien un parti d'extrême-droite au sens où il se considère comme une composante de la droite.

Cela pourrait-il expliquer la forte présence de la droite populaire dans la région ?

On est toujours dans cette même ambiguïté héritée des années 80. Il y a énormément d'élus locaux qui constatent que dans leur territoire le FN fait d'excellents scores : ils ont tout intérêt à faire le plein de voix FN, si ce n'est de faire alliance avec lui, pour garder leur mairie, leur circonscription. Donc bien sûr que c'est lié. Il est frappant de voir combien la carte des membres de la droite populaire épouse les contours du vote FN. Cela nous montre ce que fait à l'ensemble du système politique le FN, à savoir une droitisation de ce système. (N'oubliez pas de lire la suite en cliquant sur la flèche à droite)

L'abstention favorise-t-elle le Front national ?

Il n'y a aucune certitude concernant la corrélation entre le vote FN et l'abstention. Tout dépend de la mobilisation des uns et des autres. La règle aux législatives veut qu'il faut 12.5 % des inscrits pour être au second tour : plus l'abstention est forte, plus le niveau à atteindre est élevé. On peut penser que ça défavorise plutôt le FN mais bien souvent cette barre ne sera pas un obstacle pour eux.

Dans la région le FN est-il dans une phase ascendante ou descendante ?

Ça, je vous le dirai au soir du premier tour ! Je suis un peu circonspect devant les chiffres des sondages. Les sondeurs nous disent qu'ils ne redressent plus du tout les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen. Je pense qu'elle est plutôt sous-estimée dans les sondages actuels. En terme de structure territoriale, je ferais volontiers un pronostic. L'évolution observée entre 2002 et 2007 va se confirmer, c'est à dire que l'espèce de bande littorale où le FN fait ses meilleurs scores va encore s'accroitre vers l'arrière pays. C'est un vote au départ des centre-villes qui de plus en plus s'étend vers le périurbain et le périurbain lointain. Comme la région PACA est travaillée de manière très forte par ces mouvements de périurbanisation, on va voir le FN progresser dans ces zones si ce n'est en valeur absolue, du moins en pourcentage.

Et dans les Bouches-du-Rhône ?

Les Bouches-du-Rhône sont assez largement urbanisés. Dans le nord, on devrait observer une évolution de la carte électorale du FN, notamment vers Châteaurenard, là où le FN avait fortement progressé aux dernières cantonales.

Comment s'ancre le vote FN à Marseille, où le parti de Marine Le Pen avait fait des scores importants aux dernières cantonales, allant jusqu'à 48 % au second tour à La Capelette pour Laurent Comas ?

Marseille est une ville spécifique dans la géographie électorale. Le schéma centre-périphérie ne marche pas très bien. La participation va augmenter : il est sûr qu'on ne retrouvera pas des résultats aussi impressionnants qu'aux cantonales.

A quoi peut-on s'attendre ?

A Marseille, on retrouve le clivage urbain assez classique nord-sud. Le vote FN n'y déroge pas, on l'observe plutôt sur une moitié nord de la ville. Ce qui est intéressant, c'est quand on regarde plus finement que ça. J'ai travaillé il y a quelques années avec des collègues sur Frais Vallon. On avait été frappé de voir à quel point l'urbanisme marseillais influait sur le résultat. Ce quartier est fait selon le modèle marseillais de la juxtaposition de grands ensembles, de quartiers pavillonnaires et de noyaux villageois. Dans les grands ensembles, le vote FN est quasiment inexistant, il est très élevé dans le pavillonnaire et médian dans les noyaux villageois. Pour comprendre la géographie électorale marseillaise, il faut donc s'attacher aux formes de l'habitat et de la vie sociale même si différents types de sociabilités et de sociologies y sont présents. Je pense qu'on devrait voir se confirmer ce mouvement-là. Dans les quartiers pavillonnaires, notamment ceux à proximité immédiate des grands ensembles, on devrait voir à nouveau progresser le vote Front national.

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