Pour le théâtre Toursky, Richard Martin exige une rallonge de Jean-Claude Gaudin

Actualité
le 17 Mai 2019
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Le théâtre du Toursky dénonce la baisse des subventions de la Ville au cours des dernières années. En réponse, cette dernière a annoncé lancer un audit pour évaluer le positionnement et les besoins de la structure.

Pour le théâtre Toursky, Richard Martin exige une rallonge de Jean-Claude Gaudin
Pour le théâtre Toursky, Richard Martin exige une rallonge de Jean-Claude Gaudin

Pour le théâtre Toursky, Richard Martin exige une rallonge de Jean-Claude Gaudin

Ils sont venus, ils sont tous là, rassemblés autour de Richard Martin sur la petite scène du Toursky. L’humeur est plus que jamais à l’indignation dans le théâtre de Saint-Mauront (3e) ce jeudi matin, alors que le patron du théâtre se lance dans une nouvelle bataille, entouré de nombreux soutiens, artistes et habitués du théâtre. La conférence, prévue pour aborder la programmation 2019-2020, dévie largement vers les derniers événements. “J’espère que tout ça finira bien, à la veille de nos 50 ans”, tonne Richard Martin.

Dès lundi, la Ville de Marseille a dégainé un communiqué dans lequel elle déplore les “difficultés récurrentes” pour avoir un “dialogue constructif” avec l’équipe du théâtre. Le texte glissait au passage que le montant de la subvention qu’elle attribuera pour 2019 au Toursky sera identique à celle de 2019, soit, 945 000 euros. Cela maintient le théâtre parmi les cinq théâtre les plus aidés par la Ville. Et d’ajouter qu’en conséquence de ces difficultés de communication elle a “pris la décision de faire appel à un cabinet extérieur pour réaliser un audit sur la situation du théâtre”, cela afin de “favoriser la réflexion sur le projet mis en œuvre dans ce lieu, son adéquation avec les besoins culturels du territoire et les conditions économiques de sa réussite”.

“Imaginez que tout d’un coup on me dise : on va vous auditer pour voir si vous vous intégrez bien à la politique culturelle… Mais la culture, c’est nous !”, réagit Richard Martin en écartant les bras, avant de fustiger les “technocrates bidons”.

La menace d’une troisième grève de la faim

Jusqu’ici, la crise se jouait par courrier. Le 10 avril et le 4 mai, Richard Martin s’est inquiété auprès de la Ville, à travers deux missives, de la baisse de sa subvention annuelle au cours des trois dernières années, et annonçait son intention de médiatiser la situation ainsi que de démarrer une grève de la faim en septembre, la troisième depuis la création du théâtre.

Le deuxième courrier indique son refus de rencontrer l’adjointe à la culture et le directeur des affaires culturelles au motif qu’ils n’ont “jamais pris la peine, ces cinq dernières années, de s’intéresser aux problèmes du Toursky”. Le communiqué de la Ville diffusé le 13 mai, est venu donner une réponse à ces lettres, et rendre publique la crise en prenant de cours le théâtre.

Outre l’annonce très mal vécue d’un audit, le conflit trouve donc son origine dans la diminution du montant de la subvention de la Ville au Toursky. Alors qu’en 2016, celle-ci s’élevait à peu près à 1 030 000 euros, elle a d’abord été diminuée de 15 000 euros en 2017, puis de 70 000 euros en 2018, arrivant ainsi à 945 000 euros. Pour 2019, les équipes du théâtre ont appris que la même somme serait reconduite, alors qu’un retour au montant de 2016 était espéré. “Pourquoi vouloir la mort du Toursky ?”, s’interroge Richard Martin dans sa lettre du 10 avril. Dans la suivante, il pose ses conditions pour mettre fin au conflit : le rétablissement de la subvention à 1 030 000 euros et ainsi qu’une autre, destinée à l’Espace Léo-Ferré, “a minima de 200 000 euros”. 

L’Espace Léo-Ferré sans moyens

Car cette deuxième salle, ouverte en 2013 au sein du théâtre, pèse sur les finances de la structure. Construite par la Ville à la demande du Toursky, la gestion lui en a été confiée. Mais Richard Martin et ses équipes comptait sur une promesse faite par Jean-Claude Gaudin durant la campagne des municipales de 2014 de soutenir davantage le théâtre, pour en assurer le fonctionnement. L’augmentation n’est pas venue, et au fil des saisons, le déficit s’est accumulé.

“La gestion de la salle Léo-Ferré a un coût, et cela a mis en difficultés la salle Toursky, explique Françoise Delvallée, l’administratrice des lieux. C’était une coquille sans équipements, nous n’avions pas les moyens pour la gérer. Monsieur Gaudin nous avait promis de nous aider davantage et aujourd’hui on nous dit que ce n’est pas possible. Mais pourquoi avoir créé une salle s’il n’y avait pas de moyens pour la faire vivre ?”. 

D’autant que, souligne l’administratrice, au vu des premiers problèmes financiers occasionnés par la nouvelle salle, les autres collectivités ont augmenté leur aide au Toursky, quand la Ville a diminué la sienne. Le conseil départemental donne à ce jour 210 000 euros annuels, la région 220 000 et la direction régionale des affaires culturelles 85 000 euros. En tout, le Toursky tourne avec un budget annuel de plus de deux millions d’euros en moyenne. “Dont plus de 33 % de fonds propres, ce qui est déjà en soi un exploit !”, estime Françoise Delvallée. Quant à l’audit prévu, l’administratrice le voit comme “une insulte” : “ils ont tous nos comptes, nos rapports d’activités, il n’y a pas besoin d’un audit”.

La Ville “votera les montants nécessaires” après l’audit

Adjointe à la culture, Anne-Marie d’Estienne d’Orves affiche l’espoir de calmer le jeu. À ses yeux, l’audit annoncé vise à faire le point sur les demandes portées par le Toursky. “Aujourd’hui, Richard Martin demande une certaine somme. Comme on n’arrive pas à se mettre d’accord autour d’une table, on va faire un audit rapide. Il pourra expliquer son projet et l’audit permettra de le chiffrer. Et en octobre, si c’est ce qui est recommandé, on votera les montants nécessaires”. L’élue dit regretter les divergences de vue régulières avec les équipes du Toursky. “On aurait aimé qu’il soit possible de discuter calmement”, assure-t-elle, avant d’expliquer que les baisses dans la subvention effectuées entre 2016 et 2018 sont aussi dues au fait que Ville et théâtre ne sont “pas arrivés à se mettre d’accord sur les projets”.

Au Toursky ce jeudi, l’esprit était en tout cas davantage à la lutte qu’au compromis. Présents sur scène en compagnie des artistes programmés pour la prochaine saison, plusieurs gilets jaunes ont assuré être prêts à “mener toutes les actions qu’il faudra” pour soutenir le Toursky. Le théâtre est en effet devenu un de leurs points de rencontre depuis plusieurs mois, à l’initiative de Richard Martin. Dans les équipes du théâtre, on déplore que la Ville n’aide pas le lieu à la hauteur de sa valeur. “Ils ne voient pas le rôle du théâtre dans le quartier, Richard est là depuis 50 ans, les élus depuis quelques années”, plaide un proche de l’artiste, encensé par tous ici et très entouré.

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Commentaires

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  1. Manipulite Manipulite

    La pire façon de traiter un problème de financement avec une collectivité locale !
    “La culture c’est nous ! “dit Richard Martin ; comme l’autre disait “la République c’est moi ! “. Il faut redescendre sur terre et ne pas jouer aux vertus outragées quand un audit est demandé par votre principal financeur.
    Réflexe d’enfant gâté qui prétend terroriser ses interlocuteurs en prenant des airs de tragédie grecque.
    Et ce, sans sympathie particulière pour l’équipe de la ville de Marseille.

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  2. didier L didier L

    Richard Martin se victimise alors que depuis des années il vit assez bien de subventions publiques, 2 millions d’euros ce n’est pas rien ! … Je ne défends pas la mairie ni Gaudin, suis allé rarement au Toursky, mais qu’a fait Martin ou que fait-il pour la multitude de structures culturelles – bien moins gâtées et faisant du bon travail – qui ont vu leurs subventions disparaitre ces dernières années et pas seulement à Marseille ? Le Toursky n’est pas visé en particulier, c’est son tour ! On peut le regretter , curieux en tout cas de voir le résultat de cet audit, s’il a lieu et s’il est publié.

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    • Alain M Alain M

      J’ai cru comprendre que les subventions s’élevaient à 945 000 € pour 2019 et non pas 2 000 000 €… J’ai trouvé cette information dans un très bon média : Marsactu, dont je vous recommande la lecture sur ce sujet. Il me semble même que Lisa Castelly a écrit un article sur la situation du Théâtre Toursky. Mais je dois certainement me tromper ….

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  3. barbapapa barbapapa

    La mairie veut savoir s’il y a pour quelques spectacles des cumuls de salaires d’auteur, de metteur en scène et d’acteur.

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    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      Le droit d’auteur n’est pas considéré comme un cumul de salaire.

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  4. Lecteur Electeur Lecteur Electeur

    En comparaison, le site de la Réunion des Opéra de France indique pour le budget de l’Opéra de Marseille :
    ” BUDGET :
    20 > 30 M€”
    avec sans doute une petite contribution de l”Etat également.
    Ce n’est pas très précis et il faudrait analyser le budget de la ville de Marseille en détail pour avoir tous les chiffres de la répartition du budget de la culture ici.

    En tout cas un audit n’est jamais neutre : la ville paie une société qu’elle choisit pour lui faire dire ce qu’elle veut faire dire car l’entreprise d’audit est là pour se conformer au désir du payeur de l’étude. C’est exactement comme le fameux “Grand débat” de Macron.

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    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      L’opéra c’est environ 21 millions d’euros, dont 400 000 de l’Etat et 1M du département.

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  5. emmanuel ponsart emmanuel ponsart

    La mairie (qui pilote), ses élus à la culture (sans pouvoir et qui donnent leur aval) et sa direction à la culture pilotée par Sébastien Cavalier) à la manœuvre ont toujours les mêmes procédés (que j’ai bien connu en tant que directeur du cipM :
    • diminuer chaque année les subventions (nous sonnes passés de 305 000 € en 1996 à 180 000 € en 2017…)
    • devant la catastrophe voulue décider d’un audit (pour le cipM ce fut Le Dispositif Local d’Accompagnement (DLA), qui au bout d’un an d’entretiens, de rapports, d’analyse a proposé de diminuer drastiquement les activités pour rentrer dans le budget; notamment d’arrêter toutes les activités qui faisaient la singularité du cipM (véritables résidences de création, actions à l’international, ateliers de traductions croisées, revue critique CCP, publications…)
    • Ils ont ainsi contraints la nouvelle direction du cipM a faire de l’animation poétique et non plus un travail de fond pour la poésie et les poètes.

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    • Alain M Alain M

      Vous avez raison de souligner cette méthode innovante de la Municipalité pour régler ses problèmes : quand elle le veut tuer son chien, elle ne l’accuse plus d’avoir la rage, elle l’évalue. C’est plus discret et plus technocratique. C’est tout à fait risible quand on sait que l’évaluation vaut toujours pour les autres et jamais pour elle qui refuse toujours l’évaluation du Plan pour la Lecture Municipale voté en 2015 et sur le point d’être reconduit sans évaluation – pourtant requise par les textes.

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