Le temps de travail des agents municipaux met une nouvelle fois la pagaille à la cantine

Actualité
Benoît Gilles
13 Déc 2018 11

Après les cantines, les personnels des crèches entrent en grève à l'appel de la CGT et de Force ouvrière. Principal point de revendication, les nouveaux cycles de travail proposés au vote des élus le 20 décembre prochain. Un sujet qui met un peu plus à jour les clivages entre les différents syndicats.

Jeudi, pique-nique. Vendredi, c’est l’inconnu. Lundi, le grand trou noir. Le menu de la cantine de ces prochains jours ressemble à de l’emmental. Avec plus de trous que de fromage. En cause, des préavis de grève en cours déposés par la CGT des agents municipaux, depuis lundi « pour une durée illimitée », précise Françoise Risterucci, élue au comité technique. Pour ce jeudi, la grève concerne « 257 écoles où le service de restauration scolaire est fermé », décompte Danièle Casanova, l’adjointe en charge des écoles à la Ville.

« 104 sont ouvertes et dans 83 autres nos personnels sont présents pour permettre aux enfants de manger des pique-nique, poursuit-elle. Cela fait tout de même 187 écoles où les enfants peuvent manger ». L’adjointe n’en dira pas plus, renvoyant la position de la Ville à un communiqué, toujours pas publié en début de soirée mercredi. L’élue n’a pas oublié ses cours d’arithmétique mais, sur 445 écoles, cela fait tout de même une majorité de cantines touchées par la grève. Et, à partir de lundi, le syndicat Force ouvrière appelle à son tour à la grève, « jusqu’aux vacances scolaires », prévient son secrétaire général Patrick Rué. « Avant les élections professionnelles, on nous reprochait de faire grève pour des raisons électorales. En poursuivant la grève, on apporte la preuve de notre détermination ».

Avis de blocage sur les crèches et les écoles

La mobilisation des agents pose, comme à chaque période de mobilisation, de vrais soucis d’organisation pour les parents. Histoire de compliquer encore la donne, à ces deux préavis s’ajoute un troisième, toujours signé FO qui concerne cette fois-ci le personnel des crèches. « Quand les filles des crèches se mettent en grève, c’est qu’elles sont vraiment au bout du rouleau », estime le syndicaliste. La déléguée parle pour sa part « d’une grande souffrance » due notamment au manque de personnel.

L’ensemble des organisations syndicales -l’union CFTC et CFE-CGC exceptée- appelaient à une manifestation devant l’hôtel de ville, le 10 décembre, avant l’annulation du conseil municipal prévu ce jour là. Un appel qui devrait sans doute ricocher le jeudi 20, date de la nouvelle séance. L’objet partagé de leur courroux se concentre sur les quatre délibérations soumises au vote du conseil et qui portent toutes sur les nouveaux rythmes de travail des agents.

La réforme au pas de charge

Rembobinons : il y a un an tout pile, la Ville faisait voter les grands principes de sa réforme des rythmes de travail, décidée dans la hâte, avec en férule exigeante l’enquête en cours du parquet national financier (lire notre dossier). Ces nouveaux rythmes restaient dans les clous des 1567 heures annuelles que la Ville appliquait en tordant les règles applicables aux fonctionnaires municipaux. La préfecture a retoqué ces dispositions, obligeant la Ville à remettre l’ouvrage sur le métier. Le principe des 1607 heures légales a été adopté au printemps et les négociations se poursuivaient sur les cycles particuliers et les « métiers » municipaux où des dérogations à ce volume d’heures seraient possibles.

« Au final, quelques jours avant le passage en comité technique, nous avons vu arriver un bottin de plus de 400 pages avec l’ensemble des rythmes, service par service, raconte Françoise Risterucci, pour la CGT. Impossible d’analyser tout cela en si peu de jours ». Une situation critiquée par l’ensemble des syndicats, même si tous n’appellent pas à une grève reconductible. « Dans certaines directions, les négociations se sont bien passées et nous avons pu obtenir des avancées, estime Pascale Longhi, secrétaire générale de la CFE-CGC. Mais dans d’autres services, il n’y a eu aucune négociation. C’est le cas des bureaux municipaux de proximité qui démarrent l’année 2019 avec 1607 heures annuelles et une journée à horaires variables qui n’est pas adaptée aux services en relation avec le public« .

La police, seule dérogation

Cette question des dérogations est le principal point d’achoppement des discussions sur le temps de travail des agents. Dès le début de l’année, Patrick Rué demandait à ce que les horaires variables, la pénibilité, le travail les dimanches et jours fériés donnent lieu à des dérogations. Or, jeudi 20 décembre, la Ville ne fera d’exception que pour la seule police municipale. « Si on pense que travailler dans les écoles, ce n’est pas pénible alors, je ne sais pas ce que c’est que la pénibilité, formule Patrick Rué. On nous oblige à négocier en six mois ce que les autres villes mettent deux ans à mettre en place ».

Il a lui-même listé de nombreux services qu’il estime pouvoir entrer dans la définition des métiers à dérogation : « comme les parcs et jardins, les sports, l’opéra… » Or, la Ville a très tôt fait savoir qu’il n’y aurait que peu de possibilités de négociations, notamment via un courrier du maire, siglé confidentiel mais qui a largement fuité au printemps (lire notre article). Une feuille de route que l’administration a suivi à la lettre.

Dans le même courrier, le maire annonçait vouloir recourir aux services « d’un conseiller juridique » pour déterminer quelles étaient les fonctions qui pouvaient donner lieu à une dérogation sur le temps de travail. « Personne n’a plus jamais entendu parler de ce cabinet conseil », constate Pascale Longhi. Sans appeler à la grève, la représentante syndicale demande un audit des écoles et espère que la négociation sur les rythmes particuliers pourra se poursuivre en 2019, même une fois les rapports adoptés.

« Je crois qu’il faut un temps de travail allégé pour tous les services qui travaillent avec de l’humain, estime Françoise Risterucci pour la CGT. On sait que dans les écoles, il y a un absentéisme important. Il faudrait comprendre pourquoi au lieu de stigmatiser les agents ».

Dans les crèches, la revendication porte essentiellement sur une semaine de fermeture en février que l’administration souhaite supprimer. « Cela désorganise complètement les crèches et oblige les agents à étaler leur absence sur plusieurs semaines », estime Patrick Rué. « Au contraire, je trouve que cela va dans le sens du service public en assurant un service continu adapté au rythme des parents », rétorque Pascale Longhi pour la CFE-CGC, soulignant le clivage entre les deux organisations.

Nouveau clivage syndical

Le temps de travail est une des lignes de fracture qui a bouleversé le paysage syndical des territoriaux. L’effritement conséquent de l’ancien syndicat majoritaire aux élections du 6 décembre dernier est principalement dû à la montée en puissance de l’alliance CFE-CGC. « C’est justement le syndicalisme qu’on nous reprochait, pointe Patrick Rué. D’être une passerelle avec l’administration. Avant on négociait pour obtenir des choses. Aujourd’hui, on se bat pour perdre le moins possible ». Alors qu’il a longtemps bataillé avec la SDU 13-FSU, aujourd’hui en retrait à la Ville, le leader FO se bat désormais avec un syndicat qui a fait des négociations son terrain d’action.

Ainsi CFE-CGC et CFTC ont gagné un siège au comité technique, et saluent les avancées obtenues sur la monétisation du compte épargne temps, son lien avec le compte épargne retraite ou les horaires modulables en journée. « Nous avons une relation de respect, de co-construction mais pas d’arrangement, rétorque Pascale Longhi, qui a longtemps milité au sein de Force ouvrière. C’est peut-être ça que les agents ont salué en votant pour nous. » Désormais c’est FO qui reproche aux autres syndicats d’être la cheville ouvrière de l’administration.

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