Le service des urgences de la Timone en grève pour obtenir davantage de personnel

Actualité
Mathilde Ruchou
3 Août 2018 3

Les infirmiers et aides-soignants des urgences de nuit de la Timone sont en grève depuis jeudi soir. Ils dénoncent un manque d'effectifs qui ne leur permet plus de travailler dans des conditions correctes. Une réunion avec la direction générale n'a pas permis d'éteindre la crise.

La Timone – Crédit Photo © AP-HM

La Timone – Crédit Photo © AP-HM

Des aides-soignants et infirmiers des urgences nuit de la Timone ont décidé d’entrer en grève reconductible jeudi soir. Pour réduire la capacité d’accueil, ils ont également décidé de fermer deux secteurs sur les quatre existants dans le service. Dans l’après-midi, une ultime réunion entre les représentants syndicaux de la CGT la direction générale de l’AP-HM n’a pas permis d’apaiser les tensions. Le personnel alerte sur son état de saturation. En cause : un manque  de personnel, particulièrement d’aides-soignants liés aux congés bien sûr mais aussi à des arrêts de travail.

Les nuits du 30 et 31 juillet, ces derniers étaient huit selon la CGT , dont les chiffres diffèrent parfois de ceux de la direction. Ainsi, le syndicat attendait cinq aides-soignants ce jeudi soir quand la direction, qui ajoutait deux personnes en heures supplémentaires et un intérimaire, comptait sur onze présents. Personne ne remet en cause en revanche le fonctionnement à effectif tendu. La canicule aggrave la situation, avec en moyenne 2 000 appels par jour au Samu cette dernière semaine. Mais les urgentistes de la Timone dénoncent des conditions, qui selon eux, durent depuis “trop longtemps”.

“Il n’y a plus d’heures supplémentaires, il y a un manque de personnel dans tous les hôpitaux. Avec les baisses de moyens, dès qu’une seule personne manque, c’est le système qui s’écroule”, élargit Audrey Jolibois, secrétaire générale de Force ouvrière à l’AP-HM, le syndicat majoritaire qui n’appelle cependant pas à la grève. Au mois de juillet, la Timone a accueilli en moyenne 260 passages par jour selon un porte-parole de la direction générale, tandis que les effectifs sont calculés pour une fréquentation de 250. “Soit une activité supérieure, mais loin des pics hivernaux”, appuie-t-il. Cependant, la journée du 1er août, ce sont 345 personnes qui se sont présentées dans le service.

“On ne peut pas être assez réactifs”

Les infirmiers et aides-soignants de cet hôpital affirment ne plus pouvoir travailler correctement. Le temps d’attente se place, en moyenne, à 4 ou 5 heures la nuit. “Quand les patients attendent si longtemps, on ne s’excuse même plus. On a trop honte”, souffle une infirmière, les cernes creusés, à la sortie de la réunion qui se tenait rue Brochier, au siège de l’AP-HM. À côté d’elle, tirant sur sa cigarette électronique, Amélie*, infirmière, se rapproche pour raconter, elle aussi, son expérience. “La semaine dernière, une dame est venue pour une douleur à la mâchoire. Elle a attendu si longtemps… À force d’attendre, elle s’est rendue compte qu’elle était en train de faire un infarctus. On essaie de traiter au mieux possible, de pallier le manque de personnel. Mais on ne peut pas réussir à tout faire avec si peu d’effectif.”

Une autre infirmière l’interrompt, glisser rapidement  : “un jour, il y aura un mort comme ça, parce qu’on ne peut plus surveiller comme il faut”. Les infirmiers et aides-soignants interrogés ce jeudi ont tous des souvenirs d’accidents, légers pour la plupart. “On ne peut pas surveiller les patients, on ne peut pas être assez réactif. Il y a trop de monde à gérer et nous sommes épuisés. Ça m’est arrivé trop souvent de retrouver un malade tombé de son brancard, resté là sans que personne ne le voit”, confie Amélie. Luc*, un aide-soignant appuie ses propos. “L’autre soir, un patient de 90 ans est resté plus de trois heures dans son brancard. Et, c’est pas comme le matelas d’un lit. C’est horrible, on n’en peut plus!”

Des intérimaires et des heures supplémentaires

Selon les équipes médicales, cette situation accentue la tension et les patients deviennent parfois agressifs envers l’équipe médical. Les infirmiers et aides-soignants se plaignent de coups et insultes à longueur de nuit. “Quand ils doivent attendre quatre heures pour une prise en charge, ils n’en peuvent plus ! Donc ils s’en prennent au personnel, surtout aux filles. Il y en a maintenant qui viennent au travail la boule au ventre et les yeux pleins de larmes”, s’énerve Luc. Derrière lui, deux infirmières appuient ces propos, affirmant qu’elle vivent cela toutes les nuits. “Comme le soir de la finale de la coupe du monde. Les patients n’en pouvaient plus, ils sont devenus agressifs et ça a déclenché une grosse bagarre. Notre coordinatrice a voulu s’interposer, elle a eu le tibia cassé”, se rappelle Amélie. Avec seulement deux agents de sécurité pour environ 300 patients accueillis, le personnel estime qu’il est impossible d’assurer la tranquillité dans le service.

Lire notre article sur la situation financière de l’AP-HM

Le personnel de nuit demande à la direction un déblocage des heures supplémentaires. “Et aussi de payer toutes celles qui ne sont pas payées”, insiste Danièle Ceccaldi, secrétaire générale CGT de l’AP-HM. “Les patients jouent leur vie et le personnel joue son diplôme”, poursuit-elle. La direction générale de l’AP-HM affirme de son côté être “consciente de la situation compliquée, liée à cet absentéisme anormal des aides-soignants. Nous comprenons que cela influence aussi les infirmiers puisqu’ils travaillent en équipe.” Elle affirme tout de même que toutes les heures supplémentaires sont payées. “Et nous ne les bloquons pas, mais le maximum est de 15 heures supplémentaire par employé et par mois.” Aux urgences de la Timone, on demande également l’embauche d’intérimaires. La direction générale dit décider “au jour le jour”. C’est ce qui s’appelle naviguer à vue.

*Les prénoms ont été changés.

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