"Le quai de la fraternité célèbre l'union humaniste de tous les Français"

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le 15 Fév 2013
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Depuis quelques semaines, le Vieux-Port arbore un nouveau visage. Vaste esplanade minérale, ombrière de métal, le quai ainsi réaménagé fait entrer la ville de plain-pied dans le nouveau millénaire. Cette nouvelle transformation est l'occasion rêvée pour retracer le chemin parcouru et dresser le portrait de ce bout de quai qui concentre l'histoire de la ville. Le photographe Gérard Detaille l'a saisie et a rassemblé les photos de la collection familiale dans un livre baptisé "Le quai de la fraternité" aux éditions HC. 

Le journaliste et écrivain, Gabriel Chakra signe le texte qui retrace l'histoire du quai aujourd'hui rebaptisé de ce nom fraternel. "Ce qu'on appelle aujourd'hui le quai des Belges ou celui de la Fraternité était, il y a 2600 un territoire fort inhospitalier. La calanque était bordée de marais, envahies de roseaux". Elle s'étendait à l'époque, bien au de-là des rives actuelles jusqu'au niveau de l'actuel Centre Bourse. Mais les Grecs mettent le pied à Marseille du côté nord, "sur l'ancien quai de la Tourette, autour de l'église saint Laurent, là où, au fil des siècles, Marseille va peu à peu se développer".

Quai des Belges

Pendant près d'un millénaire, la partie Est constitue une lisière de la ville qui conserve son aspect naturel. "Jusqu'au XIIe siècle, la ville n'a pas de centre, elle est corsetée par ses remparts. Et peu à peu, la ville va s'externaliser à partir de ce qu'on a appelé la Rive-Neuve en redescendant doucement vers l'actuel quai des Belges". C'est à partir du XVIIe siècle que le plan de la ville prend ainsi un nouvel essor. "Les premiers lotisseurs sont des religieux. Sur la rive opposé, l'abbaye de Saint Victor existe depuis longtemps. Par la suite, c'est le couvent des Augustins qui se situe à la place de l'église du même nom"

Peu à peu, la ville devient une place marchande et acquiert le foncier au-delà des remparts. Le lieu-dit du Plan Fourmiguier devient alors un lieu de labeur et ce nouveau plan de ville s'étend peu à peu tout au long de la rive neuve, jusque-là propriété de l'abbaye de Saint-Victor, longtemps rivale de Marseille. C'est la grande époque du lancement des tercenaux, ces hangars maritimes pour lesquels Marseille et en compétition avec Aigues-Mortes. Plus tard, sous l'impulsion du roi, le site devient le lieu d'implantation de l'arsenal des galères, "premier pôle industriel de Marseille, une vraie ville dans la ville". Les arsenaux concentrent jusqu'à 20 000 travailleurs dont de nombreux galériens.

Galériens

Exploit mémorable "en 1679, en une journée, de 7 heures du matin à 19 heures le soir, les ouvriers de l'arsenal vont construire une galère royale sous les yeux du délégué à la marine". Il s'agit alors de complaire au roi et démontrer l'excellence des galériens marseillais. Par la suite, le plan devient un quai et continue à être un lieu de travail. "A partir de 1781, l'ordre est donné de transférer l'arsenal à Toulon. Trois ans après l'ordre est effectif et un immense espace est libéré, offert aux lotisseurs". Une nouvelle ville sort de terre et prend la forme que l'on connaît aujourd'hui.

Le quai des Augustins prend le nom de ses premiers bâtisseurs et devient le lieu des portefaix qui vident les navires qui accostent à Marseille. La ville prend alors la forme qu'on lui connaît aujourd'hui. Peu à peu, avec la création des bassins de la Joliette, le Vieux-Port perd sa fonction centrale et le quai change de nom au fil des changements de régime – les Marseillais savent être opportunistes. Durant le XIXe siècle, il devient un lieu d'apparat où l'on accueille les dignes visiteurs du royaume, de l'empire, puis de la République.  

Si le quai devient celui des Belges, ce n'est pas depuis les Grecs mais depuis la guerre de 1914 au cours de laquelle le royaume belge sert de rempart à la France. Le nom supplante alors le nom de quai de la fraternité qui revient sur le devant de la scène du Vieux-Port avec sa récente rénovation. Les deux noms coexistent aujourd'hui, la fraternité dénommant la partie marine tandis que les bâtiments – dont le notre – ont toujours pour adresse l'affectueux nom de quai des Belges. 

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