Le projet de rénovation de la Plaine doit être modifié pour raisons de sécurité

Info Marsactu
Lisa Castelly
26 Oct 2017 18

Alors que les équipes de la Soleam et de l'agence APS travaillent d'arrache-pied pour que les travaux de la Plaine démarrent en 2018, une contrainte nouvelle vient s'ajouter. La préfecture a demandé que les aménagements soient revus pour faire face à l'éventualité d'une attaque terroriste. Un changement de dernière minute qui inquiète l'équipe de paysagistes.

Vue d'architecte de la place Jean-Jaurès après rénovation. Image Agence APS.

C’est un petit détail qui n’en est pas un et qui oblige les aménageurs de la place Jean-Jaurès à remettre l’ouvrage sur le métier. La préfecture a demandé à la Soleam, la société publique chargée du projet, de revoir les aménagements prévus pour qu’ils prennent en compte la menace terroriste. « Les évènements terroristes récents nécessitent une réflexion nouvelle sur la sécurisation des périmètres et des accès de ces nouveaux espaces », explique ainsi ainsi l’aménageur dans un appel à assistance à maîtrise d’ouvrage publié dans le but de s’adjoindre les services de consultants spécialisés sur le sujet.

Comme tous les projets d’urbanisme, celui de la Plaine a été examiné par des experts spécialisés dans la « prévention de la malveillance » officiant à la direction départementale de la sécurité publique (DDSP). « C’est une procédure qui est devenue systématique après l’attentat du 14 juillet à Nice », explique-t-on en préfecture de police. Il est ainsi apparu que le projet ne prévoyait pas de mesures préventives contre l’irruption de véhicules lancés à pleine allure, notamment. Pour des raisons évidentes de sécurité, les détails du diagnostic ne sont pas communicables.

Rien de surprenant à ce que le projet sélectionné, porté par le paysagiste APS, n’ait pas intégré ces contraintes : les équipes candidates devaient rendre leur copie un mois avant l’attaque, le 14 juin 2016.

Fortement piétonnisée, la nouvelle place ne remplit pas les nouvelles exigences en matière de prévention d’actes violents selon la DDSP. Visuel d’architectes pour la rénovation de la place Jean Jaurès. Image Agence APS

« Forcément, ça n’était pas dans le cahier des charges », confirme Gérard Chenoz, président de la Soleam. Alors que les équipes de la Soleam et d’APS planchent encore sur les études d’avant travaux, annoncés à l’origine pour début 2018, le sujet n’arrive que maintenant sur la table et risque d’avoir un réel impact sur les délais avant le démarrage du chantier. « Ça retarde un peu. Mais à un mois près, pas beaucoup plus », assure néanmoins l’élu. Il s’agira selon lui de prévoir « un système de bornes incassables » permettant de stopper les véhicules.

« Sur le Vieux-Port, on a mis des blocs de béton qui n’ont pas forcément un joli effet. Là, ça ne se verra pas ». En revanche, et malgré les préconisations des services de la DDSP, Gérard Chenoz ignore pour le moment le nombre de bornes qu’il sera nécessaire d’installer. Les consultants recrutés comme assistants à maîtrise d’ouvrage auront pour mission de procéder à une étude approfondie et de fixer la quantité et les spécificités des équipements à intégrer au projet. Le contour de leur mission reste flou, entre l’expertise de la police et le rôle du mandataire paysagiste.

Des limites à la « place ouverte »

Chez APS, Jean-Louis Knidel a pensé le projet d’une « place ouverte », majoritairement piétonne. Cette nouvelle contrainte a pris ses équipes de court. « Pour le moment, on n’a pas trop d’informations sur la forme que cela va prendre, admet Jean-Louis Knidel qui s’exprime pour la première fois à propos de ce projet controversé. On ne sait pas encore en quoi ça peut impacter notre conception de l’espace public et contraindre les usages et les perceptions que l’on en a, c’est encore tout nouveau pour nous ». Et le paysagiste de pointer la difficulté à allier le souhait général d’une place conviviale et l’exigence de sécurité.

« Cela va être un gros challenge d’intégrer ça au projet qu’on s’est donné et qu’on doit au quartier. On ne voudrait pas que cela amène une conception dure de l’espace et que cela perturbe l’équilibre du projet ». Mais en même temps, reconnaît-il, « on ne peut pas mettre de côté ces nouveaux sujets ». Sur la nouvelle place Jean-Jaurès pensée par APS, la délimitation entre espace carrossable et espace piéton (les deux « ramblas », l’espace central, mais aussi les terrasses) n’est pas matérialisée par des barrières, mais par des changements de matériaux au sol. La circulation en anneau actuelle, est remplacée par un schéma en « T » avec un axe principal dans la continuité de rues Saint-Michel et Saint-Savournin. Si elle est drastiquement réduite, la place de la voiture reste réelle avec des axes qui, selon les études menées, resteront très fréquentés.

Le projet d’APS prévoit la cohabitation pacifiée entre voiture et piétons. Visuel d’architectes par l’agence APS

Le projet d’APS prévoit la fermeture de plusieurs axes existants actuellement, et notamment par le biais d’une quinzaine de bornes rétractables manuelles, qui peuvent s’ouvrir pour l’installation des forains ou le passage des pompiers. « Il y a déjà des éléments de mobilier semblables », confirme Jean-Louis Knidel. Mais, en plus de ces bornes rétractables, il faudra bien imaginer des obstacles plus permanents entre les axes de circulation et les espaces ouverts. Le rôle que jouent les blocs de béton sur le Vieux-Port. « Cela perturbe nécessairement la sérénité de notre avancement. J’espère que l’on va retomber sur nos pieds assez vite », s’inquiète le paysagiste.

Une rallonge budgétaire de la métropole ?

Reste la question du coût de ces nouveaux équipements. Budgétée à 11,5 millions d’euros, la rénovation de la Plaine est déjà un poids lourd de l’aménagement, mais à ce stade d’avancement du projet, chaque euro, ou presque, est déjà fléché. « Ce sont des éléments qui arrivent après coup, et qui ne devraient pas remettre en cause les investissements déjà prévus », considère Jean-Louis Knidel d’APS. La Soleam devra certainement faire appel à la métropole pour une rallonge que personne à ce jour ne se risque à chiffrer.

Devenues automatiques, les préconisations des services de police à chaque projet d’aménagement, de même que pour les événements publics -on s’en souvient notamment pour la Gay pride 2017 ou pour les évènements programmés sur la Canebière– risquent de modeler peu à peu le paysage urbain. « Il va falloir inventer un nouveau vocabulaire, réfléchit le paysagiste. Sans que ce soit perceptible, trouver des solutions intégrées… »

Partout en Europe, les villes optent pour des moyens provisoires ou de long terme, avec comme principaux outils blocs de béton et bornes ultra-résistantes – dont le blog consacré aux transports du journal Le Monde a fait un petit tour d’horizon en un article. Des moyens lourds, en poids comme en investissements, et à l’efficacité toute relative face à des menaces dont il est impossible de prévoir les formes futures.

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