Rubirola et le Printemps silencieux face à la réélection de Vassal à la métropole

Actualité
le 10 Juil 2020
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Vainqueur des municipales à Marseille, le Printemps marseillais n'a pu que constater la domination de la droite et de Martine Vassal au sein de la métropole. Michèle Rubirola se montre peu diserte sur sa stratégie face à cette donne politique, qui remet en cause une partie de son programme.

Martine Vassal salue l'hémicycle métropolitain après sa réélection. Assise à quelques rangs, Michèle Rubirola semble accuser le coup.

Martine Vassal salue l'hémicycle métropolitain après sa réélection. Assise à quelques rangs, Michèle Rubirola semble accuser le coup.

“Martine Vassal”, “Martine Vassal”, “Martine Vassal”… Par 145 fois, le nom de la présidente LR de la métropole et du département retentit dans l’hémicycle du Pharo, ce jeudi 9 juillet. L’émotion est là, au terme de longs mois d’une campagne âpre, minée par une dissidence, entrecoupée par la crise sanitaire et prolongée sur le terrain judiciaire. Samedi encore, c’était un autre nom, celui de Guy Teissier, qui représentait la droite pour mieux se laisser submerger par celui de Michèle Rubirola. Et laisser échapper cette Ville de Marseille détenue depuis 1995.

Mais ce jeudi, l’ex candidate à la mairie de Marseille, battue sur la ville et jusque dans son secteur du 6/8, s’est réaffirmée comme la patronne d’une des institutions locales les plus puissantes de France. Un pouvoir, et un budget de 4,8 milliards, qu’il lui faudra partager avec ceux qui ont résisté à la tentation d’une rupture. À commencer par Maryse Joissains, maire d’Aix-en-Provence, dont le premier adjoint Gérard Bramoullé décroche une symbolique première vice-présidence. “Vous avez lu son livre ? Il ne s’agit pas de réformer la métropole, mais de la démonter”, se désole Jean-Pierre Serrus, candidat LREM dont le compteur s’est arrêté à 22 voix.

“On savait quelle journée nous attendait”

Comme lui, 19 autres vice-présidents et 10 membres du bureau, très majoritairement LR ou divers droite, se lèvent tour à tour après avoir passé sans encombre l’épreuve du “tir aux pigeons”, où chaque poste est mis en jeu séparément. Debout en haut de l’hémicycle, quelques figures du Printemps marseillais se sont groupées, boitier de vote en main, spectateurs muets d’un exercice sans candidat de gauche. On va mettre quelqu’un face au maire de La Ciotat ? Quel sens cela aurait ?”, interroge Benoît Payan, premier adjoint PS de Michèle Rubirola.

“On savait quelle journée nous attendait, on venait dans une métropole majoritairement à droite, sans voix”, souffle Olivia Fortin, vainqueure du 6/8. La démonstration s’était faite dès la matinée. Candidat soutenu par le Printemps marseillais, le maire PCF de Martigues Gaby Charroux récolte alors 61 voix. Le score témoigne d’une déperdition importante au sein de la gauche, qui pouvait en espérer une trentaine de plus. Assise quelques rangs derrière la future présidente, Michèle Rubirola reste muette, comme lors de l’ensemble de cette journée. Ce n’est que la veille au soir que le Printemps avait annoncé sa position, par un communiqué de presse.

“On s’est fait clouer au pilori. Martine Vassal garde la présidence et le portefeuille”, lâche Lydia Frentzel, élue EELV des 15/16. Ici et là, on reconnaît avoir préparé l’échéance tard et mal, pris par la campagne marseillaise. “C’est un système bien rodé. C’était une campagne courte avec des maires qui ont peut-être été plus séduits par Martine Vassal qui a déjà eu deux ans d’expérience”, commente Jean-Marc Coppola (PCF). “Nous avons cinq secteurs, la mairie et nous sommes une cinquantaine à la métropole”, se rassure cependant Christian Pellicani son homologue communiste du 1/7, qui a ces dernières années souvent eu l’impression d’être “un peu seul au monde”.

Pas de “co-gestion” mais des revendications

Cet hôtel de ville tenu depuis le 4 juillet, c’est de là et pas de l’hémicycle métropolitain que le Printemps marseillais semble vouloir ancrer son assise politique. “Nous ne voulons ni d’une co-gestion, ni d’une cohabitation”, précise Benoît Payan. Dans la bouche de l’écologiste Sébastien Barles, le premier terme se prononce aussi “gouvernance partagée”, ce mode de fonctionnement scellé entre 2008 et 2014 par le maire Jean-Claude Gaudin et le président socialiste de la communauté urbaine de Marseille Eugène Caselli.

Plutôt qu’un pacte, un accord, c’est sur le mode revendicatif que devrait se construire cette relation à Martine Vassal et son exécutif. “Nous allons défendre les projets pour lesquels nous avons été élus”, résume Benoît Payan. On pense en premier lieu aux projets de transports en commun comme l’extension du métro ou le rééquilibrage territorial des logements sociaux. “Les Marseillais nous ont mis en tête, nous allons porter leur voix”, abonde Olivia Fortin. En résumé, si la métropole est celle des maires, cela commence par Marseille. Un dialogue que Martine Vassal se dit prête à entamer avec Michèle Rubirola : “Depuis 2015, je travaille très bien avec les 119 maires du département”, assure-t-elle, chaussant implicitement sa casquette du conseil départemental, soutien financier de poids des communes (200 millions d’euros pour Marseille depuis 2016).

OUverte pour discuter avec Michèle Rubirola, Martine Vassal devrait être moins encline à lui céder des outils comme la RTM ou la SOLEAM.

Ces positionnements devraient se donner à voir le 17 juillet, lors d’un second conseil métropolitain consacré à la mise en route du fonctionnement de l’institution, des commissions aux groupes politiques en passant par la désignation des élus qui siégeront dans les différents organismes liés à la métropole. Ces derniers constitueront le premier point de friction entre Martine Vassal et Michèle Rubirola. Plus que des projets, le Printemps marseillais revendique en effet “la présidence des outils indispensables” à leur application. Les deux plus connus sont la RTM pour les transports et la Soleam pour l’aménagement (de la Plaine en passant par la rénovation du centre-ville). Interrogée sur le sujet, Martine Vassal élude. Mais Catherine Pila et Laure-Agnès Caradec, présidentes respectives de la RTM et de l’Agence d’urbanisme, elle aussi citée par le Printemps marseillais, posent déjà un constat commun : “Ce sont des outils métropolitains.” “C’est à la présidente de la métropole et à son conseil d’administration de définir sa politique”, poursuit très posément Catherine Pila.

“Faire basculer le département en mars”

Dans ce calendrier institutionnel sans fin, la gauche se rabat également sur un objectif secondaire : la présidence du conseil de territoire Marseille Provence, qui sera mise en jeu le 15 juillet. Cet échelon intermédiaire de la métropole, héritage des anciennes intercommunalités, gère de facto de nombreuses compétences. “Cela nous permettrait d’avoir la main sur le plan local d’urbanisme et la voirie”, illustre Sébastien Barles. Plus équilibré car réduit à Marseille et 17 communes alentours, le paysage politique de cette instance est toutefois encore plutôt ancré à droite. “On va travailler, c’est peut-être jouable”, juge Christian Pellicani.

À défaut, certains élus marseillais se raccrochent à trois échéances plus lointaines pour modifier le rapport de force. La première est de “faire basculer le département en mars”, pose Sébastien Barles. Et avec lui le poids politique que représentent les subventions aux communes et à la métropole. La seconde échéance, dont on ignore quand elle interviendra, est celle des recours électoraux, notamment dans les 11/12, marqués par l’affaire des procurations. Si l’élection est annulée, “on revoterait à la métropole”, poursuit l’élu écologiste.

La dernière échéance semble s’éloigner d’année en année : il s’agit de la fusion de la métropole et du conseil départemental, avec une élection au suffrage universel direct, distincte des municipales. Mise sur la table par Emmanuel Macron après son élection, elle a fait l’objet d’un rapport circonstancié du préfet des Bouches-du-Rhône en mars 2019 avant d’être repoussée. Elle était alors soutenue par Martine Vassal, qui porte aujourd’hui un projet opposé, celui de rendre le pouvoir aux conseils de territoire et aux communes. L’inverse de la fusion.

Le nouvel exécutif métropolitain
Vice-présidents
1 – Gérard Bramoullé, adjoint au maire d’Aix (LR)
2 – Danielle Milon maire de Cassis (LR)
3 – Patrick Boré, maire de La Ciotat (LR)
4 – Georges Rosso maire du Rove (PCF)
5 – Sophie Joissains, adjoint au maire d’Aix (UDI)
6 – Georges Cristiani, maire de Mimet (sans étiquette)
7 – Pascal Montecot, maire de Pélissanne (LR)
8 – Roland Giberti, maire de Gémenos (DVD)
9 – Gérard Gazay, maire d’Aubagne (LR)
10 – Eric Le Dissès, maire de Marignane (DVD)
11 – David Galtier, conseiller municipal de Marseille (LR)
12 – Didier Khelfa, maire de Saint-Chamas (LR)
13 – Michel Roux, adjoint au maire de Salon-de-Provence (UDI)
14 – Emmanuelle Charafe, conseillère municipale de Marseille (LR)
15 – Christian Burle, maire de Peynier (LR)
16 – Daniel Gagnon, maire de Cornillon-Corfoux (DVD)
17 – Didier Reault, conseiller municipal de Marseille (LR)
18 – Frédéric Guinieri, maire de Puyloubier
19 – Henri Pons, maire d’Eyguières (divers droite)
20 – Martial Alvarez, maire de Port-Saint-Louis-du-Rhône (LR)
Conseillers délégués
– Véronique Miquelly maire d’Auriol (DVD)
– Christian Amiraty maire de Gignac-la-Nerthe (DVG)
– Bernard Deflesselles, conseiller municipal de La Ciotat, député (LR)
– Philippe Ginoux, maire de Sénas (DVD)
– Serge Perottino, maire de Cadolive (DVD)
– Amapola Ventron, maire Cabriès (Génération écologie)
– Olivier Fregeac, maire de Peyrolles (LR)
– Roland Mouren, maire de Châteauneuf-les-Martigues (DVD)
– Jean-Pascal Gournes, maire de Meyreuil (DVD)
– Didier Parakian, conseiller municipal de Marseille (LR)

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Commentaires

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  1. Richard Mouren Richard Mouren

    Tous contre Marseille. La gentrification des communes de la métropole a logiquement entraîné ces résultats. Adoubée par Gaudin pour sauvegarder la place de Marseille dans la métropole, Vassal a choisi son nouveau suzerain, Joissains qui veut exactement le contraire. Elle sait qu’elle sera surveillée de prés par les premier et cinquième vice-pésidents, missi dominici de la maire d’Aix qui a annoncé la couleur il y a deux jours à Pélissanne: son vote n’est pas acquis indéfiniment. Attention Martine, Maryse veille……

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  2. Orsu Orsu

    Je ne vois pas en quoi Mme Rubirola soit étonnée de cette réelection , la droite étant majoritaire à la Métropole
    Quant à la cohabitation , attendons pour voir.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Tout à fait d’accord, cela n’est pas une découverte . Cependant , maintenant MR aura beau jeu de démontrer et démonter le Marseille “bashing “à l’encontre de Marseille par VASSAL. Si cette dernière critique la situation financière de cette ville, l’incurie des transports, la saleté elle saura vers qui se tourner. Et là entre la Joissains et la Vassal nous allons nous marrer d’autant plus que OK Corral est bien sur le territoire de la métropole pour les règlements de comptes.

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    • Richard Mouren Richard Mouren

      Les transports et le nettoyage sont du ressort de la métropole

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  3. MarsKaa MarsKaa

    Il était prévu de longue date un grand schlem pour Vassal. La mairie du 6/8, la mairie centrale de Marseille, le département, la métropole.
    Elle a perdu.
    Le Printemps marseillais rst là.
    Alors, certes, Martine garde la métropole soit un pouvoir de nuisance certain. Mais qui imaginait il y a qlq mois que le PM aurait la Mairie du 6/8, plusieurs secteurs, la mairie centrale avec autant de voix ? 13 000 d’avance sur la droite Marseillaise si bien incrustée, encroûtée ?
    Et ça n’aurait pas d’importance ? Martine serait vainqueure parce qu’elle garde la métropole, et le PM perdant ?
    le PM savait qu’ils n’avaient aucune chance à la métropole, et donc quoi ? C’est la fin de l’espoir ? C’est la resignation ?
    Déjà les pourris ont du quitter leurs postes, et ce n’est pas fini ! Le nettoyage commence à peine.
    Des choses vont changer, d’autres pourront être réalisées sur Marseille. Mais personne n’a jamais pensé qu il y aurait une révolution, qui se ferait en un jour ! La clique à gaudin vassal muselier ne peut pas disparaître après une election, aussi majeure soit elle.
    la lutte ne s’arrête pas au fauteuil de maire. On le sait. Et ne pas tout avoir n’est pas rien avoir.

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    • pierre pierre

      Tout à fait d’accord avec vous! Le slogan a vieilli (avec nous!…) mais “ce n’est qu’un début, continuons le combat!” Il y a du pain sur la planche pour toutes celles et tous ceux qui sont prêts à retrousser les manches! Le PM a besoin de nous!

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  4. Bertrand LAVILLE Bertrand LAVILLE

    Un vice – quelqu’un, ou quelqu’une, est fait pour remplacer ce quelqu’un ou quelqu’une, en cas d’empechement.
    Le fait que la Métropole élise 20 vice-présidents, avec tous les avantages qui y sont attachés, c’est à dire avec nos impôts, est une atteinte à la morale.
    Comment s’etonner de l’augmentation continue de l’abstention ?

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    • Magnaval Magnaval

      Un vice-président est en charge d’un département des services de la collectivité. En Allemagne, on dirait ministre.

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  5. Mistral Mistral

    La Métropole du clientélisme… que pouvait-on attendre d’autre de Martine Vassal ?
    Vous aurez surement noté un intrus dans cette liste, le Maire communiste du Rove, qu’a-t-il donc donné à Martine Vassal pour qu’elle lui offre une vice-présidence ?

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    • Jacques89 Jacques89

      Un troupeau de chèvres. Les 30 qui manquent!

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  6. LN LN

    Je me marre. Descriptif photo.
    M. Rubirola, la seule à regarder derriere :
    “punaise, c’est pas gagné avec tous ces croutons”
    et la Tartine, Reine de Provence et de la Procuration 😉 lui répondre, totalement échevelée dans un sourire crispé :” t’inquiète ma poule, tu vas me le payer..;”

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    • Brallaisse Brallaisse

      D’abord ce n’est pas une reine mais une reinette, soit pomme, soit grenouille. Ensuite vous ne connaissez pas bien MR. Un sacré caractère.
      Concernant les 2G, Gaby et Georges du Rove d’eux très ons cocos fidèles à eux mêmes prêt à tout pour une gâterie,
      subventions ou vice-présidence, pas de mauvais esprit svp

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  7. Brallaisse Brallaisse

    Très bons

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  8. michel michel

    Il a effectivement manqué des voix puisque Charoux n’a obtenu que 61 voix alors que le potentiel évalué était , selon votre excellent tuto, de 90 pour la gauche dont notamment 48 pour l’union de la gauche et 24 pour les divers gauche .
    J’avais été étonné par ce chiffre alors que tout le monde parlait de vague bleue en dehors de Marseille
    .Aviez vous été trop optimiste? Pourriez vous nous indiquer les municipalités qui entraient dans ce décompte ?
    Merci d’avance et bravo pour le suivi de cette campagne
    Michel

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