Le Préfet Cadot livre ses ambitions pour le Port

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le 19 Fév 2014
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Ce n'est pas tous les jours qu'un Préfet accueille pour un petit déjeuner les journalistes de Marsactu. Cette invitation prend sa source en novembre dernier. Reçu par les élus de la Chambre de commerce et d’industrie, Michel Cadot avait laissé échapper une petite phrase sur l'avancée du projet de terminal de transport combiné à Mourepiane. Reprise par Marsactu, cette déclaration pouvait laisser penser que le Préfet émettait des doutes sur l'avenir de ce projet inscrit dans le contrat de projet Etat/région et dans la charte Ville/Port. S'il reconnaît l'ambigüité de son expression, le représentant de l'Etat entendait au contraire montrer tout l'intérêt que ses services portent à la réalisation de ce projet. A partir de Mourepiane, il passe en revue les grands projets portuaires et, plus loin, les dossiers chauds de l'industrie locale.

En novembre, vous avez fait un appel du pied aux entreprises au sujet du terminal combiné de Mourepiane qui doit être aménagé sur le port. Où en est ce projet qui doit permettre de relancer le trafic de containeurs sur les bassins Est ? 

Michel Cadot : Il faut veiller à ce que les investissements soient pleinement utilisés, avec un engagement des opérateurs qui utiliseront ce terminal. Nous avons lancé deux initiatives en ce sens. La première a consisté à accélérer le bouclage du financement public à hauteur de 60,5 millions d'euros dès cet été. Le deuxième chantier consistait à sensibiliser les opérateurs regroupés au sein de Projenor, la société d'exploitation du terminal pour qu'ils constituent la société d'investissement. Il faut désormais que ces grands acteurs de la place portuaire accélèrent sa constitution. Ce projet est financé à 80% sur des fonds publics contre 20% aux privés. Nous avons besoin que ces opérateurs s'engagent à aller chercher des trafics, à optimiser ce nouvel investissement qui se concrétise. Aujourd'hui, on a une assurance d'un trafic de 70 000 conteneurs grâce au déménagement des entreprises qui se trouvent actuellement au Canet. Ils s'ajoutent aux 20 000 opérés sur le terminal aujourd'hui. Tout le monde est déterminé à réaliser cet investissement majeur. 

Que doit apporter ce nouveau terminal ?

A terme, ce terminal pourra traiter 150 000 conteneurs. Le traitement des marchandises sera beaucoup plus rapide et le système plus réactif pour les trafics de petite taille. Aujourd'hui au Canet seuls des trains de 300 mètres peuvent être traités, à Mourepiane ceux de 850 mètres pourront l'être. Les discussions sur la mise au point technique ont été finalisées à l'automne dernier. Les études pour les travaux sur le terrain du Port sont en cours. La boucle de chemin de fer qui raccorde le terminal au réseau ferré, financée dans le cadre du contrat de projet et réalisé par Réseau ferré de France, est terminée.

Et le financement ? 

Il a été bouclé au milieu de l'année dernière. Le plan de financement mis en place par les pouvoirs publics est légèrement supérieur au coût du projet. Cela offre une certaine aisance. Les banquiers approuvent le projet technique tel qu'il est. Les opérateurs du terminal combiné – quatre entreprises installées au Canet et Intramar (filiale du groupe CMA-CGM, ndlr) qui exploite le terminal maritime – vont devoir s'engager. En novembre 2011, ils ont donné leur accord. Deux ans plus tard, nous en sommes toujours là. Je m'interroge sur les raisons d'un tel délai.

Surtout que l'obtention de fonds européens vous oblige à tenir des délais serrés…

Pour les fonds européens, on est encore dans les clous. Nous avons jusqu'à l'été. La société d'investissement doit être constituée au plus tard en mars. C'est l'élément qui reste à finaliser. Une des questions a été de savoir qui va garantir financièrement les deux portiques nécessaires à l'exploitation du terminal. Nous avons eu une discussion sur ce point. Le port a décidé de garantir le premier. Le second viendra plus tard. La constitution de la société d'investissement sera une première assurance en ce sens. 

Parmi les autres grands chantiers qui étaient inscrits dans la charte ville-port signée par l'ensemble des acteurs publics, il y a la rénovation de la forme 10, dédiée à la rénovation navale des navires de grande taille. Où en est-on ?

C'est un dossier qui fonctionne tant en termes d'acceptabilité sociale que de financement. Au-delà de la forme 10, il est aussi prévu l'élargissement de la passe Nord pour faciliter l'entrée dans le port de bateaux de croisière. Il y a également le rabotage d'un piton au niveau de Cap Pinède qui doit permettre aux navires de grande taille comme le Tanit de manoeuvrer dans les bassins. L'engagement est pris et le financement bouclé pour un montant de 2 millions d'euros. Plus généralement, la charte ville-port est un cadre de dialogue stratégique qui n'a pas réglé les choix d'orientations sur les bassins Est. Elle a été validée par l'ensemble des collectivités locales et la Chambre de commerce et d'industrie. Il n'aurait pas été inutile que les grands acteurs économiques y soient associés. Dans les mois qui viennent, il va y avoir des choix stratégiques à faire sur ces bassins à la fois sur le développement des croisières comme sur d'autres points. Par exemple, en soi, le règlement du dossier de la SNCM aura forcément des répercussions sur l'aménagement de ces bassins. 

Si les bassins Est ont leur charte, il n'existe rien de tel pour les bassins Ouest à Fos, quels sont les aménagements prévus ?

La nouvelle gouvernance du port va devoir élaborer son projet stratégique de développement. C'est au port de construire sa politique pour attirer des nouveaux trafics en Méditerranée et au sud. Le choix de Christine Cabau comme présidente du directoire va dans ce sens comme je crois aussi le choix de Jean-Marc Forneri. Du côté de l'Etat, nous avons mis en place un plan de desserte de ces bassins, longuement discuté avec les élus locaux. A court terme, il s'agit de faire passer les poids lourds à l'intérieur du port pour alléger la circulation sur la route départementale. A moyen terme, nous avons acté la rénovation de la liaison routière entre Martigues et Port-de-Bouc. Le port participera à son financement. Pour le reste, cela relève des négociations du contrat de plan Etat/région. Il y a aujourd'hui des incertitudes sur le financement de la part du routier notamment tant que nous ne savons pas ce qui va remplacer l'écotaxe au plan national. En revanche, la liaison entre Fos-sur-Mer et Salon est inscrite dans les projets de la commission mobilité 21. La phase d'études est prévue pour 2014 et 2015. 

Et concernant le volet ferroviaire ?

Nous devons améliorer la signalisation sur le réseau ferroviaire, pour passer de 20 trains à 60 demain. Il y a une réflexion en cours sur la massification des flux. Aujourd'hui chaque opérateur gère sa propre voie. Nous avons besoin d'un outil collectif comparable à celui de Mourepiane. Par ailleurs, nous souhaitons inscrire au prochain contrat de plan la liaison fluviale entre le Rhône et la darse du Caban. Il y a encore un débat sur le tracé mais tout le monde est d'accord sur la portée stratégique d'un tel raccordement. 

Au-delà du port, c'est l'avenir du bassin industriel qui est en question. On parle de transition mais vers quoi ? 

On est dans un secteur en pleine transformation mondiale du secteur de la pétrochimie. Quand on regarde Fos et l'Etang on voit qu'il possède des atouts pour résister : une forte concentration industrielle, acceptée socialement et un développement basé sur le tryptique port-raffinage-transformation. Cette densité permettra d'affronter le changement. Nous avons vu avec le dossier Kem One qu'il est important de préserver une partie de cette activité stratégique. Il s'agit désormais de transformer ce qui existe et anticiper sur une meilleure structuration de ce secteur. C'est le but du comité stratégique de filière lancé il y a deux semaines. Il y a des pistes de travail intéressantes : la chimie verte, le développement de l'économie circulaire en mutualisant les coûts liés à l'eau et l'électricité. Il faut centrer nos efforts sur le maintien de ce potentiel industriel. 

Pourtant on a vu avec des dossiers comme LFoundry ou Kem One qu'injecter de l'argent public ne suffit pas toujours à sauver les entreprises. 

LFoundry est dans une situation particulière car elle a été placée en liquidation en décembre. Les salariés sont porteurs d'un projet de Scop. Il existe aussi un projet de reprise porté par un industriel, General Vision. Des représentants de la Scop et de cette société étaient reçus au ministère du redressement productif hier (mardi, ndlr). Pour l'heure, les collectivités ont accepté de financer le maintien d'une activité sur le site mais il s'agit de prêts. Par exemple, la convention avec le conseil général prévoit le remboursement des sommes versées. Le 31 mars prochain, le juge doit donner sa décision. A cette date, on saura si l'un des projets de reprise est accepté, si l'on va vers une simple vente des terrains ou une prolongation de la période de sursis. Le projet industriel a du potentiel mais pose des problèmes de financement et de calendrier. La même problématique existe pour la Scop. D'ici le 31 mars, ma préoccupation est d'assurer que le maximum de salariés souscrivent au projet de contrat de sécurisation professionnelle. C'est un dossier très difficile et douloureux, surtout pour les salariés.

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