Le nouveau PDG de La Provence fâche d’emblée le personnel

Actualité
Benoît Gilles
16 juin 2017 2

Lors du comité d'entreprise du groupe La Provence, le PDG Jean-Christophe Serfati a donné une définition peu commune du métier de journaliste. "Il consiste de plus en plus à raconter des histoires autour des marques avant de les diffuser au plus grand nombre" a-t-il écrit avant de se rétracter dans un communiqué à la rédaction. Les élus du personnel ont pour la première fois rejeté à l'unanimité le plan de développement de la direction.

De mémoire de salarié de La Provence, c’est une première. Jeudi 15 juin, lors du comité d’entreprise, l’ensemble des organisations syndicales, FO, CGC et SNJ ont donné un avis défavorable au plan de développement présenté par le nouveau PDG, Jean-Christophe Serfati. Cette semaine marque un nouveau tournant dans l’histoire tourmentée de l’entreprise de presse. Lundi, Franz-Olivier Giesbert a pris une partie des rênes du volet éditorial de la nouvelle direction avec le titre inédit de « directeur éditorial en charge du développement ». Un poste « sur mesure » écrit-il dans son premier édito, qui doit lui permettre de « former un tandem de choc » avec Jean-Christophe Serfati « manager réputé et as du digital » pour « donner une impulsion nouvelle à votre journal, avec l’appui de toutes les équipes ».

En l’occurrence, cette impulsion ressemble fort à une belle gifle à en croire les représentants du personnel. En effet, le nouveau PDG a très clairement dérapé en voulant expliquer de quelle manière il pariait sur l’accroissement des revenus commerciaux issus du numérique pour que le groupe continue à réaliser des bénéfices. « Le métier de journaliste consiste de plus en plus à raconter des histoires autour des marques puis à les diffuser pour qu’elles parlent au plus grand nombre », écrit le PDG aux membres du CE. Ce n’est pas le « temps de cerveau disponible » de Patrick Le Lay, mais presque. En tout cas, cela a fait bondir les élus du comité d’entreprise et frémir les journalistes quand ces derniers sont venus faire un compte-rendu sur le plateau de la rédac.

« Des communicants-web chargés de faire le buzz »

Au point que le nouveau PDG s’est fendu d’un communiqué à l’ensemble des membres de la rédaction pour préciser qu’il s’agissait d’une « mauvaise formulation ». « Nous ne voulions pas parler de journaliste – ce n’est pas la vocation de ce métier mais des communicants -web chargés de faire le buzz – sans pour autant interférer dans le travail journalistique », ajoute-t-il en guise d’explication. En clair, Jean-Christophe Serfati veut appuyer le développement du groupe sur l’offre digitale mais, aux dires des représentants du personnel, en misant tout sur son volet commercial et sans dire un mot de la façon dont le 100 % web doit permettre une meilleure diffusion de l’information, celle produite par les journalistes.

Joint par nos soins, le nouveau directeur éditorial de La Provence, Franz-Olivier Giesbert souligne qu’il n’y a « pas d’histoire » puisque « le communiqué a été envoyé dans la foulée à l’ensemble de la rédaction et non pas seulement à deux ou trois personnes. Du reste, en apportant cette correction, Jean-Christophe Serfati prend une forme d’engagement » vis-à-vis des journalistes, estime-t-il.

« Aucune possibilité d’exécution du plan »

Au-delà du recrutement de « communicants-web » que les lecteurs devront apprendre à différencier des journalistes à carte de presse, les représentants du personnel s’inquiètent des marges de manœuvre financières dont dispose le nouveau PDG pour financer ces investissements. En effet, si le tribunal de commerce de Paris a permis le 6 juin au principal actionnaire Bernard Tapie d’éviter la liquidation judiciaire malgré les 404 millions qu’il doit à l’État suite à l’arbitrage frauduleux dans l’affaire du Crédit Lyonnais, il a validé par là même un plan de remboursement qui prévoit la remontée de 20 millions de dividendes sur six ans tirés du groupe La Provence. Les représentants du personnel souhaitent donc avoir une vision claire du détail de ce plan de remboursement avant de se prononcer sur la validité de celui de Serfati.

Ils ne sont pas seuls à avoir des doutes. Le parquet de Paris a fait appel de cette décision dans la droite ligne de l’avis de la vice-procureur Lætitia Felici lors de l’audience. Elle demandait alors la mise en liquidation judiciaire des sociétés de Bernard Tapie. Quant au principal créancier, le consortium de réalisation (CDR) en charge de gérer les passifs du crédit lyonnais, il s’est fendu d’un communiqué énervé le 6 juin dernier :

Ce plan n’apporte aucune garantie sur la capacité des débiteurs à honorer leurs engagements. Bien au contraire, leurs revenus actuels et prévisionnels ne laissent aucune possibilité d’exécution du plan.

Cela motive en tout cas les élus du personnel à s’adjoindre les conseils d’un avocat afin de se laisser la possibilité d’intervenir directement dans les procédures en cours concernant leur principal actionnaire, compte tenu des difficultés qu’ils ont à avoir une vision claire de sa stratégie de remboursement, et donc de développement de La Provence. Joint par nos soins, Jean-Christophe Serfati n’a pas souhaité commenter cet incident, ni l’opposition des élus du personnel à son plan de développement.

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  1. Pascal L Pascal L

    Même pas surpris. C’est pour ça que je suis abonné à Marsactu et pas à la Provence !

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  2. leravidemilo leravidemilo

    Quand les affairistes mettent la main sur les média, ce n’est bon ni pour le débat public et la démocratie, comme l’indique d’ailleurs la « séquence » actuelle (attention attention, danger, nouveau mot/ valise) ni pour les lecteurs, ni bien sur pour les journalistes! Entre la liberté d’information et le professionnalisme d’une part, et le busness plan de l’autre, il faut choisir, et on connait d’avance leur choix. Malgré tout le fric investi dans leurs formations et leur coaching (attention…)il arrive que les managers se plantent, se laisse aller entre un temps de leur cerveau indisponible, pour cause de formatage aigü¨et le racontage d’histoires autour du magot…
    Les journalistes ont bien raison de s’inquiéter de leur probable passage sur le banc des remplaçants. On aura eu le temps de le voir venir pourtant, mais y en aura encore pour être étonné. La Provence, chronique d’un naufrage annoncé!

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