Le numéro d’aide aux entrepreneurs en difficulté, “parfois, c’est un peu SOS amitié”

Reportage
le 1 Déc 2020
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Marsactu s'est immergé quelques heures dans le centre d'appel "urgence entreprises Covid" de la chambre de commerce et d'industrie Aix-Marseille-Provence. Au bout du fil, des petits entrepreneurs perdus et pour certains au bord de la faillite.

Céline Bernard est une des salariés de la CCI qui orientent les patrons en diffiiculté. Photo JML

Céline Bernard est une des salariés de la CCI qui orientent les patrons en diffiiculté. Photo JML

“Lui, il avait surtout envie de parler”. Céline Bernard vient de passer un petit quart d’heure au téléphone avec le patron de plusieurs blanchisseries et pressings. L’homme se débat avec le site des aides gouvernementales pour les entreprises. Alors, il a appelé le numéro “urgences entreprises Covid” installé au sein de la chambre de commerce et d’industrie.

Entre deux clics, ce premier entrepreneur se confie sur ses choix. “J’ai demandé le fonds de solidarité lors du premier confinement. C’était simple, on était obligatoirement fermés. Là, des gens bien intentionnés ont obtenu qu’on puisse rester ouverts pendant le deuxième confinement. J’ai tenté d’ouvrir deux jours mais on a eu seulement trois personnes. On ne peut pas passer notre temps à perdre du pognon !” L’homme finit par trouver la bonne case et s’inquiète pour un autre établissement qu’il vient de prendre en gérance. “Est-ce que je peux me baser sur le chiffre d’affaires 2019 de la précédente société pour obtenir une aide ?”, s’interroge-t-il. La réponse est “sûrement non”, estime l’opératrice mais ça ne l’empêchera pas d’être rappelé par “le niveau 2”, les experts de la CCI qui se penchent sur ces cas particuliers.

“S’ils n’ont pas d’aides, ils sont à la rue”

Lui rentre globalement dans les bonnes cases pour être aidé pour chacune des entreprises qu’il possède. Mais ce n’est pas le cas pour d’autres. La situation décrite par une jeune femme est bien plus complexe. Elle vient au secours de ses parents qui “comme beaucoup de Français, sont un peu dépassés par la situation”. Ils se sont perdus dans la paperasse et les dettes de leur restaurant, à quelques kilomètres de Marseille. “Ils n’arrivent pas à obtenir les aides pour les entreprises en difficulté. S’ils ne les ont pas, à 60 ans, ça veut dire qu’ils sont à la rue tous les deux, c’est un peu la panique”, explique-t-elle d’une voix chevrotante.

Endetté avant la crise, l’établissement familial connaissait déjà des retards de versement de TVA. “On nous dit que ces dettes fiscales ne permettent pas d’obtenir de nouvelles aides”, poursuit la jeune femme. Consultée en quelques minutes, la juriste de la CCI confirme “embêtée” et plaide pour “essayer de conclure un échéancier en faisant rédiger la demande par l’expert-comptable”. L’experte les rappellera un peu plus tard pour davantage de conseils mais en attendant, Céline Bernard égraine les différentes aides disponibles.

“Le plus important, montrer qu’on les écoute”

En temps normal, ce centre d’appel renseigne sur les démarches administratives. Le passage en mode “urgence entreprises Covid” s’accompagne d’une évolution de la tonalité. “On est souvent face à des petits commerçants qui n’ont pas d’expert-comptable et qui font face à des choses qui les dépassent, note Karine Guillem, responsable de la plateforme téléphonique. Le plus important, à ce niveau-là, c’est de montrer aux gens qu’on les prend en charge, qu’on les écoute. Depuis le début de la crise, la durée moyenne d’un appel est passée de 3-4 minutes à 7-10 minutes.” Et les discussions dépassent souvent le strict cadre de compétences de la CCI. “Souvent les personnes pleurent au téléphone. On est au-delà de l’économie. C’est un peu SOS amitié, reprend Céline Bernard. On touche à la famille, comme avec cette coiffeuse qui disait il y a quelques jours ne plus pouvoir nourrir ses enfants. Forcément, c’est dur.”

Sur un tableau, Céline Bernard dispose d’un résumé de l’ensemble des aides qui ont été débloquées soit par la région, collectivité pilote en terme d’économie, soit par l’État. Au mur un message ajoute la dernière en date, une aide régionale de 500 euros pour les cafetiers et restaurateurs afin de payer leur loyer, annoncée par le président LR Renaud Muselier. La plateforme attend ce jour-là encore les détails de sa mise en place. L’opératrice égraine systématiquement la liste pour tenter de redonner un peu d’espoir à ses interlocuteurs.

Les notes de Céline Bernard sur les différentes aides existantes. Photo JML

“Mon entreprise, je veux pas la fermer”

Ce sera le cas pour le suivant : un voyagiste. Le premier confinement est tombé pile au moment où il était arrivé au bout de la longue procédure d’agrément propre à ce métier. “Je n’ai pas de chiffre d’affaires 2019. Je ne sais pas à quoi je peux avoir droit. Heureusement que le propriétaire de mon local accepte de repousser les échéances, sinon, je ne sais pas comment je ferais. Moi, mon entreprise je veux pas la fermer”, dit-il. Il repartira avec une bonne nouvelle, un nouvel accord à proposer à son bailleur : “S’il renonce à vous faire payer un mois de loyer, il aura le droit à un crédit d’impôt”. “J’étais au courant mais les modalités sont un peu techniques. Je vais essayer ça”, raccroche-t-il satisfait.

“On est tributaires des différentes annonces et on est souvent contraints de parler au conditionnel, constate Francis Coulomb, le directeur service et relation clients de la CCI. Pour ce crédit d’impôt, le gouvernement a proposé 30 % et les parlementaires 50 % et cela dépend du projet de loi de finances qui doit encore être voté.” Chaque annonce nouvelle enclenche des pics d’appel. Mais cela pourrait encore s’intensifier en début d’année prochaine. “On s’attend vraiment à des mois très durs, janvier, février, mars, je crains que…”. Céline Bernard s’arrête au milieu de sa phrase. Un nouvel appel l’attend. On remet le casque une dernière fois. “Bonjour, je vous appelle pour une création d’entreprise”.

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