Dans les collines d’Allauch, le maire se paie la villa d’une opposante

Actualité
le 5 Mai 2017
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Lors du dernier conseil municipal d'Allauch, ce mercredi, le maire Roland Povinelli a soumis au vote la préemption de la villa d'une de ses opposantes. L'idée est d'en faire une maison de la nature à destination des randonneurs. Un prétexte pour la propriétaire.

Les collines autour de Pichauris. Capture d'écran Geoportail.

Les collines autour de Pichauris. Capture d'écran Geoportail.

On peut contribuer à la politique d’une commune, même en étant dans l’opposition. Et même contre son gré. C’est l’amère expérience qu’a vécue mercredi soir Lucie Cohen-Desblancs. Élue sans étiquette d’Allauch, elle a dû quitter la séance du conseil municipal tandis que les autres conseillers adoptaient une mesure la concernant : la préemption de sa villa.

En d’autres termes, alors qu’elle avait l’intention de vendre à un particulier, la mairie est intervenue pour exercer son droit de priorité. Motif de l’opération : « Le développement du tourisme vert » qui est « une priorité de la politique communale ». En l’occurrence, « cette propriété de 4049 m2 étant située en lisière du domaine exceptionnel [comprendre départemental, ndlr] de Pichauris, elle servirait de base de départ aux nombreux promeneurs et randonneurs qui le fréquentent quotidiennement, et pourra présenter un parcours nature », argumente la délibération.

« C’est un bien qui vaut 600 000 euros, que j’ai vendu 480 000 pour aller vite, et la Ville me propose 300 000 euros en prétextant qu’il y a des irrégularités. Je me fais spolier, moi et ma famille, s’émeut Lucie Cohen-Desblancs, pour qui Roland Povinelli « se sert de ses fonctions de maire pour régler ses comptes personnels ». Ce qui pourrait bien, pour elle, constituer un délit. Un avocat est chargé de préparer une plainte au pénal.

Accusations mutuelles

Une de plus. Depuis que la liste de Lucie Cohen-Desblancs a obtenu 12 % des voix et deux sièges lors des municipales 2014, le maire et son opposante multiplient les invectives et les procédures judiciaires réciproques. Dernière en date : la séance du conseil de décembre, où Roland Povinelli s’est adressée à elle sous son seul nom de jeune fille « Cohen », une manière, selon elle, d’insister sur sa judaïté. Dans l’échange peu courtois qui s’est ensuivi, dont on retrouve trace dans les procès-verbaux du conseil, il a ensuite purement et simplement regretté qu’elle soit née.

« Elle ne cesse tout au long des conseils municipaux de donner des leçons de probité », grince un élu de la majorité Povinelli, qui ne souhaite pas être nommé. L’instruction menée depuis 2015 par la juge Tertian, avec plusieurs mise en examen, dont Roland Povinelli, fournit en effet à Lucie Cohen-Desblancs un carburant idéal.

Or, au détour de sa « maison des randonneurs », la délibération proposée par le maire égratigne aussi son opposante au sujet d’« une procédure d’infraction au code de l’urbanisme pour construction non conforme » – un mur de clôture – ainsi qu’une surface habitable dépassant la limite autorisée dans cette zone naturelle.

Face à ces accusations nouvelles, cette dernière rétorque que tout cela est prescrit, la première visite des services de l’urbanisme datant de 2005, et qu’une part de ce qu’on lui reproche a été réalisée d’avant son arrivée dans les lieux. Quant à la position à tenir pour la suite, l’élue hésite encore : « Je peux refuser le prix proposé et demander au juge de l’expropriation de fixer un montant. Je peux aussi décider de ne pas vendre, mais ça me bloque dans ma liberté. »

« C’est dans le programme municipal »

Contactée jeudi, la mairie d’Allauch n’a pas retourné notre demande d’explications. « C’est sûr que s’agissant d’une opposante politique cela peut être exploité, reconnaît notre conseiller municipal. Mais toute la majorité et une partie de l’opposition ont voté cette préemption sans état d’âme. Cette idée est dans le programme municipal. Comme il y avait cette maison à la vente, idéalement placée, avec 5000 m2 de terrain, on en a profité. » Vérification faite, on trouve effectivement trace d’une idée similaire dans le dépliant de campagne de la liste Povinelli.

Ces arguments n’ont pas convaincu José Gonzalez, élu FN qui « n'[a] pas une amitié particulière pour madame Desblancs, bien au contraire » – et n’a pas toujours la dent dure avec le maire – mais valide la thèse du « règlement de comptes ». Pour lui, cette villa « n’est pas spécialement bien placée. Et j’ai signalé au maire que nous avons, nous la Ville d’Allauch, une propriété en plein cœur de ce grand territoire. Il m’a dit que le bâtiment était en ruine. Mais à partir du moment où on investit 300 000 euros, il y avait mieux à faire. Pour moi toute cette histoire est cousue de fil blanc. » Le conseil départemental qui est le propriétaire du parc voisin de Pichauris dispose déjà d’un « pavillon d’accueil » et même d’une bastide qu’il compte utiliser, et n’a pas souhaité préempter.

Lors de la séance, l’élu frontiste a donc annoncé son intention de voter contre et a demandé un scrutin à bulletin secret. « Le maire a refusé, estimant que cela voulait dire que j’avais eu des contacts avec des membres de sa majorité et a ajouté que si l’un d’entre eux votait contre il serait exclu. » Ambiance. Il faut dire qu’à Allauch, une certaine culture de l’unanimité continue de régner autour de Roland Povinelli. Élu depuis 1975, il a marqué les esprits avec l’élection de 2001 avec le score de 100 % des suffrages, aucune liste ne l’ayant défié. Une confirmation a suivi en 2008 avec plus de 80 % des voix au premier tour. Mais en 2014, l’affaire s’est corsée et il doit depuis composer avec trois groupes d’opposition plus ou moins vivaces.

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    La vieillesse est un naufrage. Mais elle ne rend pas excusable les méthodes et les propos de M. le dictateur-maire.

    Insister sur le nom de jeune fille de son opposante, Cohen, et regretter qu’elle soit née : beurk ! En cette période où l’extrême-droite pétainiste est particulièrement bruyante, ce dérapage est à vomir. Qu’en pense le P »S », dont ce personnage qui ne fait pas honneur aux Allaudiens est membre ?

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  2. Jean Luc Jean Luc

    Vite, un grand coup de balai !

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  3. Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

    Non lais Allauch, quoi ! OK je sors

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  4. Billy Billy

    Povinelli est indéboulonnable. De toutes façons, vu le 50/50 à Allauch entre Le Pen et Macron au 2ème tour des présidentielles, le jour où il s’en va, il risque d’être remplacé par un élu FN. Selon les rumeurs qui courent, Monsieur le Maire aurait construit sa maison dans une zone inconstructible. Mais ce sont sans doute des médisances sans fondement.

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  5. leravidemilo leravidemilo

    Maire depuis 42 ans, et visant visiblement le records’ guiness, sénateur durant de longues années, et donc élu sur des listes «  »socialistes » » négociées et convenues avec ses pairs «  »socialistes » » et marseillais et bucco- rhodaniens, Povinelli représente une des très (trop, beaucoup trop) nombreuses branches nauséabondes du ps tendance canebière, propres à l’édification morale des jeunes générations. Ce p » »S » » qu’il faut considérer de gôche, respecter, ne pas venir » menacer » sur ses terres, dans ses baronnies , ses pompes et ses oeuvres, alors qu’il y a de si nombreux territoires tenues par la méchante droite … Mis en examen pour abus de confiance, détournement de fonds publics, faux et usages idoines, utilisation privative du domaine public,depuis plus de deux ans mais ça suit son cours… Réputé indéboulonnable, all over allauch, usant des techniques appropriées pour ce faire, il fait comprendre ici aux quelques uns (unes) qui n’auraient pas encore bien compris, que pour s’opposer à lui, il vaut mieux vivre dans un clafoutche, une caravane ou à la rue… Ce qui, dans le contexte de cette commune, réduit considérablement, on l’aura compris, le volume potentiel de l’opposition.
    Elu parfois à 80%, et une fois à 100%, signe bienvenu de la bonne santé de notre démocratie locale, il a depuis longtemps mérité, et plus encore que d’autres, le titre de dictateur est-phocéen, qu’il conviendrait de lui décerner, une fois passée cette période trouble et incertaine des législatives et la correction que prendrons ses potes, et dont il a su s’épargner.

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