Le lézard ocellé hôte des Calanques et bientôt choyé

À la une
Julien Vinzent_
13 Août 2012 3

Avec son sol parsemé de cailloux et son soleil en abondance, la plaine de la Crau est un paradis pour le lézard ocellé. Mais ce qui en constituait il y a une dizaine d'années l'un des viviers les plus importants en France a vu sa population "dégringoler à vitesse grand V, avec une diminution des effectifs de deux tiers", note Vincent Kulesza, président du Conservatoire des espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d'Azur (CEN PACA), qui gère notamment la réserve naturelle nationale de la Crau.

Un cas malheureusement pas isolé pour le plus grand lézard d'Europe – il peut atteindre 70 cm et vivre plus de 10 ans – présent au niveau national sur le pourtour méditerranéen et le long de la façade atlantique. Malgré la protection au niveau européen dont elle bénéficie, cette espèce classée depuis peu sur la liste rouge de l'UICN, "est sous l’influence de graves pressions et menaces. Les perspectives ne nous permettent pas d’assurer une viabilité et une conservation à long terme des populations", s'alarme l'état des lieux d'un plan national d'action (PNA) soumis depuis le 7 août à consultation par le ministère du Développement durable, l'un des dernières étapes avant sa validation finale.

Un plan sur 5 ans renouvelable

Ce dispositif tourné vers l'opérationnel – qui dans les Bouches-du-Rhône est notamment utilisé pour sauver l'aigle de Bonelli – prévoit sur la période 2012-2016 de mettre en place 21 actions où sont invitées à participer services de l'Etat, collectivités, organismes de protection de l'environnement, chercheurs… Résumé du plan : "une meilleure connaissance de la répartition, un suivi des populations phares, la recréation de corridors biologiques et une meilleure information du public", commente Vincent Kulesza. Vu "l'ampleur de la tâche", le document anticipe déjà une reconduction, comme c'est le cas actuellement pour la vipère d'Orsini. Et pourquoi pas, glisse le président du CEN PACA, "une évolution vers un programme européen Life, comme pour la vipère d'Orsini et la tortue d'Hermann".

Qu'arrive-t-il au lézard ocellé ? L'une des pistes du PNA, qui vise aussi à mieux répondre à cette question, est de pousser l'étude des effets des produits chimiques, "liés par exemple en Crau à des exploitations agricoles (pêchers, élevage)", indique Vincent Kulesza. Il cite aussi une possible maladie virale et le braconnage, dont les conséquences sont difficiles à estimer : "il peut ne pas y en avoir pendant cinq ans puis quelqu'un peut passer et récolter 10, 50 lézards". Sur ce point, "outre les actions de communication sur le long terme qu’il convient de mener", le PNA demande aux autorités "un renforcement des contrôles et des sanctions."

Acheter des terrains pour protéger

Comme beaucoup d'autres espèces, le lézard ocellé est aussi victime du "morcellement de son habitat, dû aux infrastructures linéaires (routes et chemin de fer) et à l'urbanisation, qui fait qu'il n'y a plus de contact entre les populations", explique Vincent Kulesza. D'où la nécessité de préserver voire reconstituer "ces fameuses trames vertes et bleues, que nous appelons corridors biologiques".

Le remède est certainement l'aspect qui sera le plus tangible du plan : "constituer un réseau cohérent et consistant d’espaces protégés permettant d’assurer la conservation de l’espèce". "Pour l'instant, on n'a jamais acquis de terrains spécifiquement pour le lézard ocellé", commente Vincent Kulesza, pour qui les Bouches-du-Rhône regorgent "de micro-espaces" favorables à ce type de protection.

Très rapidement, le lézard ocellé va aussi pouvoir compter sur le parc national des Calanques, qu'il fréquente assidûment. "Il pourrait en être un des emblèmes, avec le phyllodactile d'Europe (un reptile rose beaucoup plus petit présent sur les îles, ndlr)", estime le technicien. Pour lui, le parc "va bonifier le suivi scientifique, permettre un financement plus aisé des actions. Et dans les parcs nationaux, on a immédiatement un minimum de respect des sites, qu'on n'a pas dans un parc régional et même une réserve nationale". Du côté du PNC, on rappelle toutefois que pour l'instant "tout est encore à mettre en place", du conseil d'administration aux équipes, et qu'il faudra attendre début 2013 pour les premières actions. Dans la région et en Languedoc-Roussillon, le travail a déjà anticipé le PNA, avec une première réunion le mois dernier pour décliner le plan.

Fiche d'identité

Le lézard ocellé doit son nom aux tâches bleues qui ornent ses flancs. Cette couleur ne doit rien au hasard, puisqu'elle permet de maximiser la chaleur captée, explique Vincent Kulesza. L'homme ne s'y est d'ailleurs pas trompé lorsqu'il s'est agi de fabriquer des panneaux solaires… Cette caractéristique fait qu'"il est très souvent confondu avec le lézard vert, qui a une gorge bleue". Friand d'insectes mais ne dédaignant pas des lézard plus petits, il s'anime à partir du printemps, pointant souvent le museau hors de son terrier, qu'il emprunte parfois au lapin de garenne. C'est là qu'on peut le plus facilement l'apercevoir, "très difficilement en journée", précise Vincent Kulesza. Ils s'observent surtout tôt ou tard et à la jumelle car ils sont très craintifs." Un conseil : se positionner en surplomb, comme le fait le circaète Jean-le-Blanc, un de ses principaux prédateurs avec les autres rapaces et les serpents.

"Il pourrait être un des emblèmes du parc national des Calanques."

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE SPECIALE – 2 MOIS pour 2€

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.


Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire