Le label art et essai des Variétés menacé

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Élodie Crézé
4 Sep 2013 15

Sur la façade lumineuse rose des Variétés, les mêmes affiches sont demeurées longtemps en place cet été. Ce trop rare cinéma art et essai, en situation de quasi monopole à Marseille risque de perdre son label. Le CNC (centre national du cinéma et de l'image animée) pourrait en effet décider de ne pas le redonner aux Variétés. Un coup sévère pour un vaisseau qui prend l'eau. Le gérant des Variétés et du César, Galeshka Moravioff ne fait déjà pas trop d'effort pour le maintenir à flot : le bâtiment des Variétés vieillit sans que des travaux soient engagés, les films monopolisent l'affiche dans la durée, certainement pas pour des problèmes financiers, une rumeur insistante que les directrices réduisent à néant en peu de mots.  

Le travail des deux directrices est d'ailleurs unanimement jugé remarquable dans le milieu du cinéma. Entre le César, place Castellane et les Variétés, sur la Canebière, huit salles obscures en tout, les deux directrices Linda Mekboul et Anne Jeannes comptabilisent en moyenne 350 000 entrées par an. Régulièrement, celles-ci organisent des événements et débats autour des films, présentent des avant-premières, accueillent des festivals tels le FID (festival international du cinéma de Marseille), Fotokino, Aflam et, dernièrement, envisagent une collaboration avec le festival Marsatac. Bref, elles tiennent ces cinémas à bout de bras.

Salles vétustes

Pourtant, d'après une source travaillant au CNC, "le label est en suspens depuis deux ans". La procédure est actuellement en cours. Après un avis défavorable rendu en mars dernier par la commission nationale art et essai, un appel a été déposé par le gérant. La décision sera rendue par le CNC le 17 septembre. Les critères pour obtenir et garder le label sont effectivement stricts et précis. La recommandation art et essai se base notamment sur un indice automatique indiquant la proportion de films art et essai par rapport à l'ensemble des oeuvres diffusées. D'autres critères prennent en compte la politique d'animation de l'établissement, l'état des salles, le nombre de films diffusés et la relation avec les distributeurs. Or les salles paraissent vétustes, faute d'entretien, l'offre de programmation reste limitée et surtout les rapports du gérant avec les distributeurs indépendants sont réputés exécrables.

Du côté des associations soutenant le 7e art comme des distributeurs eux-mêmes, Galeshka Moravioff a une cote au plus bas. Il a même fait le vide autour de lui. C'est le cas de Thomas Ordonneau, distributeur marseillais de films indépendants et directeur du Shellac, une société de production, de diffusion et d'édition de films de cinéma indépendant. Depuis quelques années, il a décidé de ne plus travailler avec le gérant. "Il sort le minimum d'argent pour que l'activité continue : il paie les distributeurs de films porteurs comme Django [Le dernier Tarantino, ndlr] qu'il laisse très longtemps à l'affiche, le plombier quand le plafond s'écroule et entretient le minimum de masse salariale".

Maxime Gavaudan, producteur de film, ne dit pas autre chose. "Il gère un cinéma comme il vendrait des pizzas. Des distributeurs indépendants ne sont toujours pas payés, il verse juste de quoi bloquer toute procédure. Il tue les petits distributeurs et le cinéma indépendant." La société indépendante de production et de diffusion de films Haut et Court ainsi que Wild Bunch, une société européenne indépendante de distribution de films auraient également cessé de travailler avec l'exploitant du cinéma.

Rupture de communication

Aucun moyen de vérifier si, trois ans après la grève des employés, les salaires dont désormais payés à temps, si les conditions de travail autrefois dénoncées dans les médias par Linda Mekboul – qui ne souhaite plus s'exprimer là-dessus – sont aujourd'hui meilleures. En revanche, Eliane Zayan, conseillère municipale déléguée au cinéma indique que le programmateur Galeshka Moravioff qui loue le bâtiment des Variétés, propriété de la Ville, "ne payait toujours pas le loyer il y a six mois". Elle ignore si à présent les choses sont rentrées dans l'ordre mais admet en douter fortement. La conseillère municipale rêverait de récupérer le bâtiment et d'en faire une délégation de service public – comme le château de la Buzine. Du côté du service patrimoine, on paraît bien en peine de confirmer ou d'infirmer si le loyer est bien payé.

Contacté, le très peu loquace programmateur Galeshka Moravioff, met brusquement fin à la conversation à peine entamée, refusant de s'exprimer. "Il est en rupture de communication avec moi de toute façon", déplore Eliane Zayan. "En 2008 la Ville lui avait accordé des subventions pour effectuer des travaux sur les sanitaires. Il n'a pas exécuté la première tranche des travaux et est tout de même venu réclamer le reste des subventions pour la seconde tranche. Je lui ai dit qu'il n'en était pas question"

Le 17 septembre prochain, le CNC rendra sa décision sur la reconduite ou non du label art et essai. William Benedetto, directeur de l'Alhambra, alerte sur les risques encourus en cas de retrait de ce label si précieux pour la diffusion des films d'auteurs, si peu représentés dans la deuxième ville de France : "il faudrait lancer une réflexion là-dessus, sur l'avenir de ce type de cinéma art et essai." Surtout quand un cinéma coule dans l'indifférence générale.

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