Le député Maggi rattrapé par son passé chez les pompiers

À la une
le 12 Sep 2013
27

(De nos archives) Fin 2012, le cumul des mandats a contraint le député et maire de Velaux Jean-Pierre Maggi à quitter son siège de conseiller général et, ce faisant, la présidence du conseil d’administration du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) qu’il occupait depuis 1998. Ce n’est pas la seule raison. Cette exfiltration coïncide avec l’arrivée au siège du Sdis, du rapport provisoire de la chambre régionale des comptes (CRC). En novembre, le président du Sdis a eu un entretien avec les magistrats de la chambre.

Au conseil général, la maison mère, on s’inquiète au plus haut point du tour que prend les choses. En janvier, le président du conseil général, Jean-Noël Guérini est contraint et forcé de prendre la tête du Sdis avec pour objectif d’éteindre l’incendie qui menace la maison des pompiers. Ce sont d’ailleurs ses services qui vont répondre à la chambre en lieu et place du colonel Jorda, le directeur du Sdis dont le trône vacille, et de Jean-Pierre Maggi, cet ancien proche désormais grillé. Jean-Noël Guérini est d’autant plus inquiet de ce nouveau départ de feu que les conseillers généraux qu’il a placé au conseil d’administration du Sdis sont des membres de son premier cercle.

Cette reprise en main tardive n’a pas suffi à atténuer la version finale qui sera présentée au conseil d’administration, le 18 septembre prochain. Concentré en 27 pages, le rapport est sévère pour la gestion de Luc Jorda, dont les jours sont comptés à la tête du Sdis mais aussi pour l’ancien président Maggi dont la responsabilité est clairement mise en cause. Cela est vrai pour les irrégularités réitérées dans certains marchés publics, l’attribution des logements de fonction, des véhicules de service mais aussi dans le recrutement des personnels. Durant de très longues années, les deux hommes ont fonctionné en duo, parfois élargi aux autres membres du bureau du Sdis, plus rarement au conseil d’administration. Jean-Pierre Maggi a pu ainsi distribuer des emplois aux habitants de Velaux et plus directement à des proches, dont sa compagne.

Dans son rapport, la chambre fait preuve d’une certaine pudeur en abordant les bonnes grâces du président dans les recrutements. Elle aurait pu évoquer l’embauche en 2003 de sa propre compagne en qualité de préparatrice au sein de la pharmacie du Sdis. Celle qui partageait déjà la vie de Jean-Pierre Maggi a tenu à mettre les formes. Elle a donc écrit à son cher et tendre… avant même que l’avis de vacance de poste ne soit publié. Magnanime, Jean-Pierre Maggi se fend d’un courrier de recommandation au directeur Jorda dans lequel il souligne qu’il lui serait “agréable que cette candidature soit examinée avec la plus grande bienveillance”.

(ci-dessous les courriers de Josiane Goud et de Jean-Pierre Maggi)

En mai 2004, les différents candidats à ce poste sont donc convoqués devant une commission de recrutement. “On savait qu’il y avait dans le lot la compagne d’un membre du conseil d’administration, précise un acteur de l’époque. Mais ce n’était pas du tout officiel”. Ô surprise ! La commission classe en tête Josiane Goud en louant son parcours “atypique et très riche” et ce alors que son CV ne présente qu’une suite d’expériences en pharmacies de ville. Luc Jorda écrit tout de même à son président pour le prévenir de la bonne nouvelle. Josiane Goud intègre alors la pharmacie du Sdis avec un contrat à durée déterminée de trois ans.

Promotion éclair

En février 2007, son CDD de technicien supérieur est renouvelé pour trois ans avec changement d’échelon. Grand prince, le président du Sdis ne prend pas part au vote comme l’indique le procès-verbal du conseil d’administration au cours duquel la décision est approuvée. Un an plus tard, à la demande du directeur, et compte tenu “de son ancienneté et de la qualité de son service”, la carrière de Josiane Goud connaît “une promotion extraordinaire“, selon le qualificatif de notre témoin. En effet, elle passe en quelques heures du grade de technicien supérieur au grade de technicien supérieur chef sautant en passage celui de technicien principal. “Le dernier avant ingénieur territorial”, note encore ce témoin.

Nous sommes loin du changement d’échelon annoncé par le directeur du SDIS devant le conseil d’administration puisque, selon plusieurs sources, un fonctionnaire territorial “ordinaire” aurait dû attendre 8 ans pour atteindre ce grade. À la pharmacie, elle prend ses aises. En 2009, elle va même jusqu’à poser trente jours de congés d’élus alors qu’elle n’a aucun mandat. Cette irrégularité est d’ailleurs signalée par la chambre. Un peu plus tard, Josiane Goud fait valoir ses droits à la retraite sur une base boostée par sa promotion.

Mais les largesses de Jean-Pierre Maggi ne s’arrêtent pas à celle qui est devenue son épouse il y a quelques mois. Dans les effectifs du Sdis 13, on trouve également un certain Jean-Philippe Goud, domicilié à la même adresse de Velaux que Josiane. En 2009, à son tour, le gendre écrit au président Maggi pour solliciter un emploi “dans l’une des équipes” du Sdis. Le président se tourne alors vers le directeur Jorda qui, décidément, ne lui refuse rien puisque Jean-Philippe Goud est embauché en qualité d’adjoint administratif de seconde classe pour deux fois trois mois. Enfin, en septembre de la même année, il devient fonctionnaire territorial. Ce recrutement intervient à nouveau en l’absence de déclaration de vacance de poste, pourtant obligatoire.

40 % de Velauxiens

La CRC constate d’ailleurs plus largement des “irrégularités ponctuelles en matière de recrutement où des contrats ont été signés sans avis de vacances ou de création de poste”. Dans sa réponse à la chambre, Jean-Pierre Maggi fait sienne cette atténuation en reprenant l’expression : “Il est simplement signalé quelques anomalies ponctuelles relatives à des signatures de contrat sans avis de vacance préalable”. En revanche, le député ne commente pas un autre chapitre du rapport sur le recrutement privilégié des habitants de Velaux.

Cette petite commune de l’Agglopole Provence (8500 habitants) a déjà bénéficié de l’installation à grand frais de l’école départementale des sapeurs-pompiers. Mais le président Maggi ne s’est pas contenté de soutenir le marché local du BTP, il n’a pas oublié de soutenir l’emploi saisonnier. Dans le chapitre intitulé “Les irrégularités dans les modalités de recrutement”, les magistrats de la CRC se sont intéressés aux saisonniers administratifs. Et, visiblement, en la matière, Jean-Pierre Maggi savait user de son pouvoir pour faciliter les embauches :

En 2009, sur les 72 agents administratifs saisonniers recruté par le Sdis, 44 soit plus de 61 % l’ont été sur recommandation du président du conseil d’administration du Sdis, dont 40 résidaient dans la commune de Velaux dont il est le maire.

Passons également sur le fait (plus grave) que ces employés saisonniers étaient payés comme des sapeurs-pompiers volontaires leur donnant droit “à des indemnités qui ne sont assujetties à aucun impôt, ni soumises aux prélèvements prévus par la législations sociale” précise la chambre. Cette procédure irrégulière a perduré jusqu’en 2012 malgré l’alerte du responsable du bureau des volontaires dès 2008. Cette légère tendance à persister dans l’erreur vaut également pour l’origine géographique des embauchés.

En juillet 2012, alors que cette situation avait déjà été évoquée en cours de contrôle, 20 saisonniers administratifs sur 34 ont été recrutés (…) sur recommandation du président du Sdis, dont 16 de Velaux. Le président a donc tiré parti de sa qualité pour favoriser auprès du Sdis le recrutement de ses administrés.

Certains fins connaisseurs de la maison pompier vont même plus loin et affirment que ce tropisme velauxien s’étend également au reste du personnel du service incendie. Les chiffres qu’ils avancent sont troublants. En 2010, sur 221 personnels administratifs et techniques, 42 habiteraient le canton de Jean-Pierre Maggi, soit 20%, et 21 la ville dont il est maire, soit 10%. Et le même ratio se retrouve chez les CDD avec 5 sur 22 qui habiteraient le canton de Pelissane et 4 Velaux. Chez les sapeurs-pompiers volontaires saisonniers, c’est plus affirmé : 34 logeraient sur le canton de Pélissane et 30 la ville dont Jean-Pierre Maggi est maire depuis 36 ans. Ces chiffres avaient été citées par la presse au moment de la perquisition au siège du Sdis, en décembre 2011 dans le cadre d’une information judiciaire confié au juge Duchaine par le parquet de Marseille

Joint par téléphone, le député Maggi a refusé de commenter les informations contenues dans le rapport de la chambre régionale des comptes et les nôtres, se bornant à affirmer que “tout avait été vérifié” avant de conclure brutalement la conversation.

Cet article vous est offert par Marsactu

Cet article vous a plu ?

Vous seul garantissez notre indépendance

JE M’ABONNE À PARTIR DE 1€

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. COLL COLL

    Ben c’est du propre continuons à utiliser et favoriser le cumul des mandats …. rien ne m’étonne et dans bien d’autres secteurs des fonctionnaires d’état et territoriaux … la cours des comptes doit faire son job et débusquer ces abus les dénoncer et les punir c’est honteux ! dans une entreprise privée un salarié n’a pas droit à ce genre d’erreur il est tout simplement viré sur le champ – allez faisons du clair dans ces fourmilières nettoyons nous y trouverons de la clarté cesserons d’y être abusés et y redresserons pas mal de déficits ……. que du boulot en perspective si nos contrôleurs s’y mettent et sérieusement, ils vont en trouver des trucs … et loin d’y être catholiques ! fonçons pour dénoncer toutes ces arnaques au détriment du concitoyen aussi petit… qu’il soit ! mais ce dernier certainement plus honnête et qui subit !

    Signaler
  2. francky francky

    Et on continue !!!! Merci de vous pencher sur les ventes des biens de la commune au prix des domaines a ces deux personnes dont mr le procureur a copie !!!

    Signaler
  3. chomenad chomenad

    Le lus étonnant dans cette affaire ce n’est pas le clientélisme de M. Maggi qui a été à bonne école avec son copain Guérini mais le fait que cela ait pu durer aussi longtemps.

    Il serait intéressant de savoir quelles sanctions il encourt, s’il y en a …

    Signaler
  4. Céhère Céhère

    Il est de quelle obédience Maggi ? Socialiste ascendant Guérini ?

    Signaler
    • Jacques89 Jacques89

      Un socialiste n’a pas « d’ascendant », il ne fait que descendre en suivant les méandres de l’opportunisme.

      Signaler
  5. Pierre Jean Néri Pierre Jean Néri

    L’appétit vient en Maggi !

    Signaler
  6. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Beurk ! Quand le PS fera-t-il enfin le ménage parmi ses élus ? Un clientélisme aussi caricatural ne lui suffit pas pour se décider ?

    Signaler
    • Jacques89 Jacques89

      A une époque il était question que ce parti change de nom mais ils ont dû juger que les éléphants étaient une espèce à protéger.

      Signaler
  7. MRO MRO

    Velaux c’est pas dans le Pays d’Aix mais dans la Communauté d’Agglo de Salon dont Maggi, député PS, est Vice Président et déjà 1ere fois, mis en examen avec Tonon maire PS de Salon et président de l’Agglo au sujet des marchés de transport… Cette Agglo est un vivier pour la justice… le 1er Vice Président n’est autre que le maire PS de Berre, le Sénateur Andréoni, mis en examen pour “association de malfaiteur” dans l’un des volets de l’affaire Guérini ! De plus un autre Vice Président, Bartolli, proche du dossier, a déjà goûté les plaisirs d’un séjour au Baumette avec les bons soins du juge Duchaine… Tonon, Maggi, Andréoni, Bartoli et les Guérini à qui le tour ?

    Signaler
  8. Anonyme13 Anonyme13

    elle est bonne la soupe ! maggi maggi !

    Signaler
  9. Anonyme Anonyme

    Il ne faut pas s’étonner d’une telle gestion quand on sait le peu de cas que le Maire de Velaux fait des décisions du Conseil d’état qui a retoqué la mairie plusieurs fois sur le même dossier de préemption.
    Il faut certes condamner ce type d’abus, mais avoir laissé un tel personnage occuper la vie publique si longtemps sans impunité est encore plus grave et à mettre au passif des plus hautes autorités de l’état qui ne savent pas faire respecter l’état de droit par ceux qui sont en charge de l’état………….
    Nos PV eux, sont recouverts en temps et heures…….

    Signaler
  10. Anonyme Anonyme

    honte à eux!! ils donnaient des leçons à tout le monde, regardez maintenant … Bargès qui se lache enfin (voir la provence)vite un bon coup de karcher dans toute cette région

    Signaler
  11. Milec Milec

    Grand nettoyage prévu en Mars 2014?

    Signaler
  12. Tioneb Tioneb

    Allo, Marsactu ? Tout à tribord !

    Signaler
  13. Anonyme 83 Anonyme 83

    la verite sur la gestion du sdis 13 enfin mise a jour , malgres les nombreux avertisements des hommes du rang. je pense a toutes les souffrants que ce monsieur a fait subir a ses hommes ;Honte sur toi

    Signaler
  14. PC PC

    Chronique ordinaire du fonctionnement de nos institutions.

    Signaler
  15. PC PC

    ” Indemnités qui ne sont assujetties à aucun impôt….”
    Quelle forme polie pour désigner ce que l’on appelle communément “le travail au noir”.
    C’en en est maggique.
    Je crois que nous sommes nombreux à n’avoir rien compris à la vie.

    Signaler
  16. ALAIN PERSIA ALAIN PERSIA

    Que cet homme soit mis en examen au plus tôt et qu’il démissionne de son mandat de député !

    Signaler
  17. Anonyme Anonyme

    Le 13 et le Conseil Général ne sont malheureusement pas uniques. La famille qu’ils représente veillera a ce que les sanctions soient les plus douce possible les loups ne se mangent pas entre eux; et peu importe si les gens sans emploi jeunes et moins jeunes ont des fins de mois difficiles.

    Signaler
  18. citoyen vigilant citoyen vigilant

    Un grand bravo encore à Marsactu pour ce bon travail !!!
    Juste de bout en bout.
    Que le peuple reprenne le pouvoir !
    Debarrassons nous de nos corrompus.

    Signaler
  19. PC PC

    Tiens! le feu est éteint…

    Signaler
  20. Adelaide Adelaide

    Guerini, Maggi,….. penchez vous aussi sur GUIROU maire de la fare les oliviers fervent défenseur des Guérini frères et mis en place par Alexandre Guérini lui même… une affaire de décharge peut être ? !!!

    Signaler
  21. Anonyme Anonyme

    quelle honte il doit etre virer de sa mairie de velaux
    vivement mars 2014 pour faire le netoyage au karcher de toute cette racaille

    Signaler
  22. Pragmatique Pragmatique

    Mouaip, concrêtement, cet article est vide de sustance.
    Un élu qui pousse le CV de sa femme sur un poste dont elle a la compétence. De l’emploi de proximité.
    Ça sent l’article à charge sur pas grand chose.

    Signaler
  23. zaqsa zaqsa

    L’echelle des pompiers plus efficace que l’ascensceur social…

    Signaler
  24. Marseillais indigné Marseillais indigné

    Que devient l’ex président du SDIS ? Il est vrai qu’entre les tirs de kalachnikovs et « les affaires » les tribunaux marseillais sont débordés. Il est vain d’espérer que les duettistes Gaudin et Guerrini demandent au gouvernement de prévoir à l’occasion de l’examen du budget de la justice pour 2015 davantage de magistrats instructeurs.

    Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire