Le conseil départemental barricade le parvis des archives

Actualité
le 1 Juin 2019
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L'un des rares espaces publics ouverts du nouveau quartier d'Arenc fermera ses portes chaque soir à 18 h. À la faveur d'une "opération de remise en état complète du parvis", le conseil départemental a décidé de faire place nette. Au grand dam des Marseillais qui s'approprient le lieu.

« C’est pitoyable ! Pourquoi ils ont mis des grilles ? », fulmine Sabri. Le visage poupin de cet adolescent de 15 ans se ferme à l’évocation du chantier en cours sur le parvis des archives départementales (3e), installées depuis 2006 à Arenc. L’un des rares espaces publics ouverts du nouveau quartier du « parc habité » fermera ses portes chaque soir. À la faveur d’une « opération de remise en état complète du parvis« , le conseil départemental a décidé de faire place nette. Au grand dam des riverains qui se sont appropriés le lieu.

Depuis la semaine dernière, des clôtures noires filent autour de la grande surface dallée. « C’est plutôt esthétique« , ironise Mohammed, étudiant d’une école d’informatique à proximité des archives. Pour l’heure, la plus grande partie du site est inaccessible à cause des travaux de réhabilitation. Des ouvriers replantent des oliviers, remplacent le dallage et les lampadaires. Le chantier, démarré en mars, d’un montant estimé de 800 000 euros, doit s’achever fin juin. À compter de cette date, quatre portails fermeront au grand public l’accès à ces 3600m2 à partir de 18 heures.

« À qui ça sert d’enfermer cette grande esplanade ? »

Via le réseau social Twitter, Mathieu Grapeloup, l’animateur du groupe « Marseille à la loupe », a été le premier à s’indigner de ces travaux.

Depuis l’inauguration du bâtiment, le parvis est ouvert à tous, tout en étant surveillé par les agents de sûreté de l’établissement culturel, durant la journée.  « C’est un parvis qui est très utilisé. Dans le quartier, il n’y a pas grand chose pour les habitants. Il y a des enfants, des skateurs, des personnes âgées qui s’y rendent« , constate une salariée de l’établissement.  « Le soir, quand il fait chaud, on se pose ici, on vient, on rigole. C’est un moment de partage« , explique Sabri, qui fréquente, après le collège, le parvis avec ses amis. D’autant qu’en cette période du ramadan, les blocs et escaliers qui jalonnent l’endroit sont plus utilisés que le reste de l’année. « À qui ça sert d’enfermer cette grande esplanade, de la laisser vide le soir ?« , interroge-t-il, amer.

Une qualité architecturale qui fait, entre autres, la joie des amateurs de skateboard. « Les blocs sont parfaits. Ils ont une proportion idéale et ça roule bien« , explique le skateur marseillais surnommé Léo Loden. « Ils sont très photogéniques. S’il y a une tournée internationale de skateurs à Marseille et que quelqu’un veut faire une photo sur des blocs, c’est l’endroit où on les amène généralement. »

« Thanks in Marseille », vidéo réalisée en mai 2016 par un collectif de skateurs

Un espace public trop précieux

Du côté du département, propriétaire et gestionnaire des archives et du parvis, on considère être dans son bon droit. Ce lieu « ne peut pas être considéré comme un espace public. Il fait partie intégrante du bâtiment et se situe juste au-dessus de locaux techniques », y justifie-t-on. Pourtant, l’architecture du lieu laisse penser le contraire. « Je l’avais conçu comme un espace public« , atteste Corinne Vezzoni, l’architecte du bâtiment et du parvis.

Au conseil départemental, on justifie par la sécurité cette restriction d’accès. La clôture est érigée « afin de sécuriser le site mal fréquenté durant la nuit« , explique-t-on. Mais du côté des acteurs locaux, cette justification a du mal à prendre. « On n’a jamais eu de remontées concernant le parvis » atteste Patrice Langer, du CIQ d’Arenc. « Ce sont des gamins qui jouent. Sincèrement, il n’y a pas de dérive particulière » rajoute Lisette Narducci, la maire des 2/3, qui souligne néanmoins qu’elle a reçu des plaintes du voisinage concernant le bruit à des heures tardives.

les nouvelles grilles installées à proximité du boulevard de Paris, mai 2019

Le conseil départemental pointe également d’importants faits de vandalisme sur le parvis. Luminaires extérieurs, dalles, caniveaux sont fortement endommagés. Des usages qui se sont heurtés aux choix de matériau de Corinne Vezzoni. « J’avais voulu de la pierre de qualité, des gardes-corps en inox, des petites lumières intégrées aux marches pour accompagner le piéton. Cela a été progressivement démonté. À tel point que le département nous a dit qu’on avait fait des choses trop précieuses », explique-t-elle. Sans pour autant dédouaner la collectivité de toutes responsabilités : « pendant sept ans, on a laissé le lieu se dégrader ».

Une série d’événements culturels sur le parvis

Au sein des archives et bibliothèques départementales, certains salariés redoutent cette fermeture, qui pourrait conduire à des privatisations de l’espace. « Apparemment, la volonté est de fermer le parvis pour faire davantage d’événements et de soirées« , explique l’un d’eux. Le lieu accueille notamment la soirée d’ouverture gratuite du festival Jazz des cinq continents le 17 juillet, soutenu par le département.Une aubaine pour le directeur de l’événement, Hugues Kieffer : « pour nous les organisateurs de concerts, c’est de plus en plus compliqué dans l’espace public car il faut mettre en place des mesures de sécurité drastiques depuis Vigipirate ».

Le parvis accueillera également l’année prochaine « une série d’événements en lien avec l’année de la gastronomie« , confirme le département, mais pour l’heure « la programmation reste secrète ». Les usagers du lieu font, pour l’instant, la soupe à la grimace.

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