Le commissaire enquêteur s’oppose sévèrement au projet d’hôpital privé de Saint-Barnabé

Actualité
Benoît Gilles
21 Nov 2018 7

Le commissaire enquêteur vient de rendre un avis défavorable au projet d'hôpital privé qui doit s'installer en lieu et place de l'ancien collège Louis-Armand (12e) à Saint-Barnabé. Son rapport est sans concession sur l'insertion urbaine du projet.

Vue d'architecte du projet d'hôpital privé (Image DR)

Vue d'architecte du projet d'hôpital privé (Image DR)

En trois petites pages et sept arguments implacables, le commissaire enquêteur Yann Le Goff rend un avis défavorable au projet d’hôpital privé qui doit s’installer sur le site de l’ancien collège Louis-Armand (12e). “Parce qu’il n’est pas souhaitable qu’un tel projet se fasse sans un large soutien du public et de ses riverains”, assène-t-il.

Durant un mois, jusqu’au 17 octobre, les citoyens et les institutions publiques étaient censées donner leur avis sur ce qui est présenté comme “le plus grand hôpital privé de France”, porté par le groupe Sainte-Marguerite et né de la fusion des cliniques Vert-Coteau et Beauregard. L’actuel plan local d’urbanisme de Marseille ne permet pas la construction d’un tel bâtiment à cet endroit et il doit donc être rendu compatible, ce qui nécessitait une enquête publique. Ils ont été 560 à faire des observations, une performance sur un mois.

Et c’est un front hostile qui s’est exprimé tout au long de l’enquête publique et qui nourrit en partie l’avis du commissaire enquêteur qui trouve bien peu d’arguments favorables.

Pour Yann Le Goff le choix du site, en l’occurrence un ancien collège désormais propriété de la ville de Marseille, ne résulte pas d’une véritable étude foncière mais d’une simple “opportunité”. Il s’étonne de l’absence d’une réelle étude permettant de comparer différents sites et conclut sans ménagement : “Il est probable que si une telle étude avait été menée, l’argument de l’opportunité n’aurait pas pesé bien lourd”.

L’étude de circulation “n’est pas pertinente”

Or, c’est bien le choix du site, dans une zone bien desservie en transports en commun mais au réseau routier mal adapté, qui déclenche les commentaires les plus hostiles. Et rien dans le projet comme dans les réponses de la métropole n’est de nature à calmer ces inquiétudes. Ainsi concernant la desserte du site, la métropole estime que l’impact de l’implantation de l’hôpital n’entraîne qu’une évolution “modérée” de la circulation à proximité du futur hôpital. Une conclusion qui ne satisfait pas Yann Le Goff :

Il note par ailleurs que la présence d’une station de métro ne suffit pas à satisfaire les besoins en desserte du futur hôpital, “pour le commissaire enquêteur comme pour la très grande majorité d’observations exprimées par le public, la proximité “à vol d’oiseau” de la rocade L2 est une vue de l’esprit en terme de circulation”, écrit-il encore.

Même ton cinglant à propos de l’hélistation installée en toiture du futur établissement et dont de nombreux riverains – le proviseur du collège voisin inclus – craignent les nuisances et le danger potentiel. La métropole tente de justifier le projet sans convaincre le commissaire enquêteur qui juge que sa réponse “n’apporte rien” et qu’elle n’est pas de “nature à rassurer les riverains“.

100 lits en plus

Concernant l’insécurité que la présence persistante d’une friche entraînerait actuellement pour les riverains immédiats du collège, la réponse du commissaire a là encore la vigueur d’un soufflet : “l’insécurité du site est de la responsabilité de la Ville de Marseille, il n’est pas nécessaire d’attendre un hypothétique projet immobilier pour y mettre un terme”.

Enfin, si le commissaire enquêteur ne se penche pas sur l’effet d’une telle implantation sur l’offre de soins globale à Marseille, il s’interroge tout de même sur l’autorisation que l’Agence régionale de santé aurait donné au regroupement en demandant à ce qu’elle figure au dossier d’enquête publique. “Est-ce que l’augmentation d’environ 100 lits par rapport à la capacité actuelle des deux établissements est compatible avec cette autorisation ?”, s’interroge-t-il. Une question restée sans réponse, si ce n’est par la voix d’un représentant de l’ARS, Gérard Mari, en charge de l’instruction du dossier initial. Il estime que “l’approche par nombre de lits est ambiguë, elle n’est pas celle de l’ARS qui raisonne en termes de services. Un lit pouvant être occupé de diverses façons, cela ne peut pas être un critère fiable”.

Pour l’heure, la métropole Aix-Marseille Métropole n’a pas souhaité réagir à cet avis du commissaire enquêteur. Il sonne pour le collectif de riverains comme un encouragement à poursuivre leur combat. “Nous avons une réunion ce soir [mercredi], explique Cécile Vignes, porte-parole du collectif des habitants de Saint-Barnabé. Si la métropole persiste dans son projet nous étudierons la possibilité de déposer un recours. Mais nous sommes dans le dialogue et j’ai demandé un rendez-vous à [sa présidente] Martine Vassal. Il n’est pas possible de poursuivre un tel projet dans nos quartiers alors que tout le monde y est hostile”.

Lire le rapport du commissaire enquêteur :

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