Le chef du service auto de la Ville renvoyé en correctionnelle pour harcèlement moral

Enquête
Benoît Gilles
4 Juil 2019 6

Le directeur du service qui gère le parc automobile de la Ville de Marseille doit être renvoyé devant le tribunal correctionnel pour des faits présumés de harcèlement moral. Cinq agents municipaux de ce service lui reprochent d'avoir, par ses agissements, nui à leur carrière et atteint leur santé psychique et physique.

C’est la chronique d’une lente dérive, d’un service qui sombre peu à peu dans une ambiance détestable où les dénonciations répondent aux vilenies, les messes basses aux mesquineries. Cette histoire poisseuse est celle du service du parc automobile (SPA) de la Ville de Marseille, que beaucoup surnomment encore le TAM, pour transports automobiles marseillais (lire notre article). Son directeur, Olivier Proisy est aujourd’hui renvoyé devant le tribunal correctionnel pour des faits de harcèlement moral présumés à l’égard de cinq agents affectés à ce service de 2010 à 2013 et aujourd’hui parties civiles.

L’ordonnance de renvoi que Marsactu a pu consulter décrit par le menu les agissements d’un chef, ancien militaire, qui a pris en 2009 la tête du service chargé de l’entretien de l’imposant parc automobile de la Ville. L’homme est réputé à poigne, apprécié de ses supérieurs et de certains agents. Pour d’autres, en revanche, son arrivée coïncide avec la mise à l’écart, les vexations, voire même la maladie. L’une de ses fonctionnaires, déjà fragile, tentera de mettre fin à ses jours en septembre 2012 après l’annonce d’une sanction disciplinaire qui sonne à ses yeux comme une ultime humiliation. C’est ce fait dramatique qui encourage les autres plaignants à porter plainte pour harcèlement moral en 2012. « J’ai récupéré des personnes véritablement blessés dans leur esprit comme dans leur chair, explique leur avocat Christian Bellais. Je suis heureux que cette affaire puisse arriver jusqu’au bout après de longues années d’instruction. Je crois que le juge a compris ce que ces personnes avaient subi de la part de cet homme« . Après une enquête préliminaire lancée en 2012, le parquet avait ouvert une information judiciaire quelques mois plus tard.

« Je suis le chef, je fais ce que je veux »

Tous les témoignages recueillis durant l’instruction convergent : en prenant la direction du service parc auto de la Ville, Olivier Proisy a brusquement changé de comportement. Il met à l’écart, humilie et sanctionne. Pour d’autres, et notamment pour sa hiérarchie, il met de l’ordre au sein d’un service qui connaît d’importantes dérives.

L’un de ses agents, secrétaire de direction, a ainsi découvert qu’elle n’avait plus accès au bureau de son supérieur. Il en avait changé la serrure sans l’avoir avertie, elle qui avant sa prise de fonction, gardait régulièrement la fille de M. Proisy. Une autre se retrouve à devoir justifier de son statut de cadre pour pouvoir accéder au parking des employés, sans avoir été informée de cette décision de filtration, là encore justifiée par le comportement inadéquat des agents du service. Plusieurs d’entre eux mentionnent qu’Olivier Proisy passe du tutoiement au vouvoiement, cesse de leur adresser la parole, ne renvoie plus leur bonjour et enjoint les autres agents sous sa coupe à faire de même.

Systématiquement, une même phrase revient en réponse à leurs plaintes : « je suis le chef, je fais ce que je veux ». Elle permet de justifier les errements de sa gestion des ressources humaines, refus de congés ou les mauvaises notations qui influent sur l’avancement des agents. Un autre de ses agents, cadre également, est décrit par un expert psychiatre qui évoque à son égard « un stress post-traumatique ». Le même agent est également atteint d’un diabète insulino-dépendant que son médecin traitant attribue au stress subi du fait de sa situation professionnelle.

« Faire la soubrette »

Parmi les agents, de nombreuses femmes font état de la misogynie de l’intéressé à leur égard. L’une d’elles fait directement mention d’une remarque sexiste : « vous n’êtes pas habillée pour travailler mais pour faire la soubrette ». Une expression que le chef de service nie farouchement avoir utilisée, malgré les nombreux témoignages qui en font mention. Une autre précise : « il méprise les femmes et considère qu’elles ne peuvent pas avoir de responsabilités supérieures aux hommes ». Lors de son audition en 2013, il se décrit au contraire comme « humain », quoique « déterminé et sérieux » dans son travail. Pour lui, explique-t-il notamment lors de la confrontation à ses accusateurs, ceux-ci « se sont ligués contre lui pour lui nuire ».

La directrice qui chapeaute son service, comme le directeur des ressources humaines ou le directeur général adjoint de l’administration municipale qui le supervise, continuent de le soutenir même si ce dernier lui recommande « d’améliorer son relationnel » alors que la plainte est rendue publique.

Nombreux départs non remplacés

En 2013, la Ville qui n’est pas encore dotée d’une inspection générale des services, demande à deux de ses cadres de mener une « enquête interne » et d’entendre les protagonistes. Cette enquête conclut à de nombreux manquements dans le management d’Olivier Proisy tout en décrivant un service en grande tension du fait d’un déménagement important et d’un déficit d’encadrement après « de nombreux départs non remplacés ».

Les deux cadres réclament alors une enquête plus large via une commission indépendante. Une enquête qui, à notre connaissance, n’a pas eu lieu dans les conditions proposées par les auditeurs. « Ils ont vécu cette période comme un « abandon » par l’administration municipale, ayant le sentiment de ne pas être entendus, ni crus quand ils se sont manifestés« , peut-on lire sous leur plume. Les agents réclamaient ainsi de bénéficier de la protection fonctionnelle, c’est-à-dire la prise en charge des frais de justice pour des faits survenus dans le cadre de leur travail. Celle-ci a d’abord été accordé à Olivier Proisy avant d’être étendue aux plaignants. Sollicité, Me Grimaldi, avocat d’Olivier Proisy n’a pas pu répondre à nos questions dans le délai imparti à cet article.

Aujourd’hui, ils ont tous quitté le service où ils disent avoir tant subi. Quant à Olivier Proisy, il est toujours directeur du parc auto de la Ville et connaît un avancement régulier malgré cette sale affaire qui va donc finir par trouver une issue judiciaire.

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