Faute d’agrément, le centre social de la Rouguière est voué à disparaître

Actualité
le 31 Oct 2017
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La CAF des Bouches-du-Rhône n'a pas reconduit l'agrément du centre social de la Rouguière. Tout proche, un grand bâtiment est en train d'être construit pour héberger le "nouveau centre social", qui ne sera pas géré pas la petite association indépendante vouée à disparaître.

Les habitants de la Rouguière posent avec des pancartes "je suis centre social".

Les habitants de la Rouguière posent avec des pancartes "je suis centre social".

Ce lundi matin, une grande banderole est dépliée devant le centre social de la Rouguière, dans le 11e arrondissement. « Le centre social en danger », peut-on lire en lettres noires sur fond rouge. Assis devant les locaux, une trentaine d’habitants à la mine inquiète écoutent le président de la structure. « Si nous vous avons réunis aujourd’hui, c’est pour vous annoncer que le centre va sûrement fermer ses portes. La caisse d’allocations familiales, qui nous permet de fonctionner grâce à des subventions, ne nous soutient plus », explique son président Paul Piccirillo aux usagers du centre. Aussitôt, des murmures où dominent étonnement et colère se font entendre. « Et alors comment on va faire ? », lance une mère de famille avant d’être rejoint par un jeune homme du quartier : « Il faut aller les voir à la CAF, leur dire que c’est pas possible ! », tente-t-il candidement. 

Les habitants écoutent le président du centre social.

Des courriers ont bien été adressés à la CAF par les administrateurs du centre social de la Rouguière-Libérateur-Comtes, de son nom complet, pour demander des explications. Mais aucune réponse claire n’a été apportée à ce jour. « Normalement l’agrément est renouvelé périodiquement. Dans notre cas, il courrait jusqu’au 30 juin dernier, date à laquelle la CAF aurait dû nous dire soit on continue, soit on arrête. Mais depuis cette date, rien ! La CAF a pris la décision de ne pas prendre de décision! », raconte David Diancourt, le directeur du centre. En l’absence d’agrément, les subventions s’arrêtent.

Démissions en bloc

Officiellement, l’association qui gère le centre social, mais aussi la crèche voisine qui accueille 32 enfants, n’a donc été informée ni de la suite des événements, ni du motif de l’abandon de ce soutien. Depuis quatre mois maintenant, c’est l’incompréhension. Dans un courrier datant du 6 septembre et adressé au président de l’association, le directeur général de la CAF mentionne pourtant : « Votre dossier sera présenté à notre administrateur provisoire en octobre 2017. Vous serez bien entendu informés des décisions prises. » Depuis, plus rien. Ce mardi, la CAF des Bouches-du-Rhône a confirmé à Marsactu ne pas renouveler l’agrément du centre social, ce qui implique une perte du subvention à hauteur de 125 000 euros. « Le centre social La Rouguière propose peu d’actions et n’a pas identifié les besoins des usagers. […] Une situation problématique [qui dure] depuis des années », précise-t-on par voie de communiqué indiquant également que « la crèche et le centre de loisirs hébergés ne sont pas concernés ». L’adjointe aux centres sociaux Sylvie Carrega étant empêchée, la Ville de Marseille ne s’exprime pas officiellement sur le sujet. Mais dans les couloirs de la mairie, on prépare déjà le terrain pour une fermeture. « Il faut arrêter de croire que c’est forcément la faute des services publics. Il y a aussi des problèmes de dysfonctionnement au sein de cette association », y indique-t-on.

Une critique attendue par le directeur du centre, qui avoue sans pirouettes ses faiblesses, tout en restant fier de son travail. « C’est vrai que je ne suis pas très doué en ce qui concerne l’organisation des congés et des emploi du temps. Mais je ne doute pas du travail de mon équipe. Il y a toujours du monde ici. Et peu importe si c’est le soir tard ou le dimanche. C’est ça le social ! », se défend David Diancourt. Avant l’été, le centre social de la Rouguière a également connu du mouvement au sein de son conseil d’administration.

Fin juin, la présidente de l’association ainsi que sept administrateurs ont quitté leurs fonctions sur les 21 membres du conseil d’administration, tous habitants ou anciens habitants du quartier. « Elle voulait nous imposer une pointeuse », raconte un salarié. Le directeur y voit là une raison supplémentaire de l’abandon du soutien de la Caisse d’allocations familiales. « Quand ils ont vu qu’il y avait des points de frictions, ils n’ont pas dû être rassurés, cherche-t-il à comprendre. Mais une pointeuse dans un centre social ! Tout le monde sait que ça ne marche pas comme ça dans le social. On ne fait pas des horaires de bureau ici, on s’adapte aux gens ! »

Et comme pour préparer la défense, avant même d’avoir entendu le premier coup de feu, le comptable de l’association expose la dernière critique que l’on pourrait faire au centre social de la Rouguière. Depuis le 8 septembre 2009, celui-ci est en redressement judiciaire après avoir accumulé 144 000 euros de dettes. Son plan de continuation qui vise le retour à l’équilibre et l’apurement des dettes doit s’achever en septembre 2018. « Tout d’abord, certains créanciers ont abandonné nos dettes. Cette année nous avons remboursé 14 000 euros. En 2018 nous nous apprêtions à faire de même et ainsi revenir à l’équilibre », détaille François Nastasi.

Un nouveau centre à quelques mètres

Mais si la CAF délaisse la structure, les portes du centre social de la Rouguière seront closes bien avant septembre 2018, son départ entraînant à coup sûr celui des autres partenaires dont les principaux sont le département, la politique de la ville et la municipalité. Dans les couloirs municipaux, la question de l’avenir du centre ne met pas forcément à l’aise. « Je ne sais pas, je ne sais pas », y entend-on comme unique réponse à nos questions. De quoi inquiéter à la Rouguière. « Avec ce qu’il nous reste, je vais pouvoir payer les salaires jusqu’à fin novembre. Après, ça va être compliqué… », prévient le comptable de l’association qui comprend 35 salariés. Selon ce dernier, l’aide de la CAF, qui est la plus conséquente, représente au total quelques 25 % des subventions.

Les locaux du nouveau centre social, qui sera géré par une autre structure.

Soucis d’organisation, conflits internes et redressement judiciaire, et s’il ne s’agissait là que de prétextes ? C’est l’interrogation que pose les membres du social. Car à quelques mètres des immeubles de la Rouguière, la Ville construit un nouveau centre social flambant neuf à quelques mètres. Or, l’examen des appels d’offres pour l’attribution des délégations des services publics est en cours. Et l’association n’a pas pu y participer du fait de sa situation de redressement judiciaire. En mars dernier, celle qui était alors maire de secteur Valérie Boyer et Sylvie Carrega, l’élue aux centres sociaux visitaient d’ailleurs ces quelques 1000 mètres carrés sur deux niveaux construits dans une nouvelle résidence toute aussi neuve. « Il va permettre d’ouvrir la cité vers l’extérieur, afin qu’elle soit plus ouverte sur la ville. C’est cela l’essentiel », projetait Sylvie Carrega dans La Marseillaise.L’association de la Rouguière s’y voyait déjà. Mais des acteurs du secteur plus costauds sont d’ores et déjà positionnés.

C’est le cas par exemple de l’antenne PACA de l’association IFAC qui gère déjà de nombreuses maisons pour tous. « Pour la mairie, c’est plus simple d’avoir une grosse structure bien rodée qui travaille partout de la même façon. Mais est-ce que le service sera le même ? Sûrement pas ! », plaide-t-on au centre social de la Rouguière.

Au service presse de la CAF, pas besoin de poser la question. Les premiers mots de la chargée de communication contredisent instantanément cette hypothèse : « Surtout, cette histoire n’a aucun lien avec la création d’un nouveau centre social », précise-t-on sans apporter plus de réponses dans les délais de notre publication. La nouvelle délégation de service public prendra effet au mieux le 30 juin 2018. Entre fin novembre et cette date, c’est au moins sept mois sans centre social que vont devoir vivre les habitants de ce quartier si celui où ils ont l’habitude d’aller ferme ses portes.

Devant le centre social de la Rouguière, dont les locaux eux ne font que quelques centaines de mètres carrés, des habitants se prennent en photo avec des pancartes « RIP le centre social ». Changer de lieu leur centre social ? « Oui pas de problème, répondent-ils. Mais ici, on trouve une vraie famille, on passe boire le café, le directeur amène les enfants à la pêche… Là-bas, on sait très bien comment ça va être : froid ! »

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Commentaires

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  1. Blaah Blaah

    C’est curieux, cette incertitude. Dans ma folle jeunesse, au temps où je bossais sur le sujet, les centres sociaux associatifs en difficulté (dont déjà la Rouguière à l’époque) étaient reçus à la CAF en « cellule opérationnelle », avec tous les partenaires de la politique de la ville (Ville, Etat, département, région). Ce qui donnait lieu à parfois de sévères remontées de bretelles vis-à-vis des dirigeants et directeurs qui dérivaient, et si menace de retrait d’agrément il y avait, celle-ci était motivée et accompagnée d’échéances.

    Donc de deux choses l’une : soit ce mode de fonctionnement où l’on se disait les choses n’existe plus comme il y a ans, et c’est bien dommage, soit la CAF et le centre social feignent le manque de communication.

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    • Un électeur du 9 ème Un électeur du 9 ème

      Aujourd’hui c’est la transparence à la mode macronienne qui préside aux échanges avec les administrations …

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  2. Orwell84 Orwell84

    Je prends les paris :la gestion du futur centre social sra attribué à l’iffac ou au mieux à léo Lagrange, la destruction des petites structures continue dans la lignée des TAP avec ses retards de paiements qui ont coulé de nombreuses structures ayant travaillé pour la ville

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