Le bâtiment fantôme de la gare Saint-Charles qui embarrasse la SNCF

Enquête
Rémi Baldy
11 Avr 2019 1

Imbriqués dans la gare Saint-Charles, les 10 000 mètres carré de l’ancienne direction territoriale de la SNCF sont depuis 10 ans vides en grande partie. En cause, la présence d'amiante dans le bâtiment. L’entreprise ferroviaire espère que les projets à venir vont lui permettre de valoriser cet espace.

Ce bâtiment, construit en 1983, a presque entièrement été vidé pour cause d'amiante. Aujourd'hui il est principalement visible depuis la rue Léon Gozlan, derrière la Gare Saint-Charles. Crédits : Rémi Baldy

Ce bâtiment, construit en 1983, a presque entièrement été vidé pour cause d'amiante. Aujourd'hui il est principalement visible depuis la rue Léon Gozlan, derrière la Gare Saint-Charles. Crédits : Rémi Baldy

Coincé, voire caché, entre la gare historique et la plus récente halle Honnorat, le bâtiment est à peine visible. L’accès est tout aussi discret. Une porte vitrée en face du McDonald’s laisse apercevoir un escalier. Il mène, au-dessus des quais H à N, dans les bureaux de l’ancienne direction territoriale de la SNCF construits en 1983. Un espace atypique, surnommé par les cheminots le « camembert » pour ses courbes arrondis, avec une surface d’environ 10 000 mètres carrés quasiment vides. « Trois niveaux sur cinq ont été vidés en 2009 après la création de la halle Honnorat, le bâtiment était vieux et amianté », expose Thierry Jacquinod, directeur de l’agence grand sud de Gares & Connexions, la branche de la SNCF en charge des gares. 

Les deux niveaux toujours occupés, en rez-de-chaussée et au premier étage, ont été désamiantés. Depuis le hall de la gare, il est possible de voir ces tranches du « camembert ». À l’intérieur se trouve la gestion opérationnelle. Ce service surveille et commande les caténaires des voies de toute la région. « Son déplacement aurait nécessité une somme pharaonique, explique Thierry Jacquinod. Le reste ce sont des entrepôts et installations techniques ».

Photo de la gare Saint-Charles en 1983. Crédits : « Marseille Saint-Charles – Histoire d’une grande gare, 1847-2007 », de Gérard Planchenault

Une rénovation nécessaire

La SNCF laisse les autres espaces vides. L’entreprise ferroviaire préfère louer des locaux juste en face, et d’autres aux Docks pour sa branche Réseau, afin d’y installer ses agents. « Nous n’avons pas de besoins particuliers aujourd’hui, le « camembert » nous coûte peu et il n’y a pas d’intérêt économique à aller là-bas vu l’argent nécessaire pour le rénover », tranche Thierry Jacquinod qui ne s’avance pas à chiffrer le coût d’un désamiantage.

À cela s’ajoute, la nécessité de rafraîchir les lieux, des jardins sur les toits jusqu’à la remise en service de l’ascenseur. Depuis l’extension de la gare Saint-Charles avec la halle Honnorat, le bâtiment est à l’abri des regards. Mais ce dernier, que la SNCF ne nous a pas laissé visiter, présente un vrai potentiel selon Stéphane Crespin, secrétaire régional UNSA ferroviaire et cheminot depuis 22 ans. « Il y a de grandes vitres qui donnent sur une cour intérieure, des jardins sur une certaine partie du toit et une vue magnifique sur Marseille ou les voies depuis le haut du bâtiment”, détaille le syndicaliste.

Google Maps
Les anciens locaux de la direction territoriale de la SNCF à la gare Saint-Charles surnommés le « camembert ». Capture d’écran Google Maps.

Un « réserve foncière » absente des projets de la gare

Pour l’instant, ces locaux sont conservés et considérés comme une « réserve foncière pour les projets de la gare Saint-Charles », prévient Thierry Jacquinod. L’infrastructure ferroviaire marseillaise est en effet au cœur des plans de la ligne nouvelle Provence Côte d’Azur (lire notre article), de la création d’une gare souterraine, de la gare 360° et du projet urbanistique Quartiers libres qui s’étend jusqu’à la Belle de Mai. « Nous savons qu’il va y avoir un besoin crucial d’immobilier de bureaux. C’est pour cela que nous avons gelé tout projet », ajoute le directeur grand sud de Gares & Connexions.

Ses yeux sont pour l’instant braqués sur les concertations publiques des différents projets cités précédemment, prévues courant 2019. Mais pour l’heure, ces projets concernent plutôt les espaces du côté du boulevard Voltaire, sur le site dit des « Abeilles », ou de l’autre côté des voies. Les esquisses actuelles ne prévoient rien pour le « camembert ».

Si le bâtiment venait à intégrer un projet, il reste toutefois la difficulté de composer avec la halle Honnorat dans laquelle il s’imbrique. « Lors de la construction de l’extension, ce n’était pas simple. Nous avons éliminé ce qui était au sol, là où se trouve désormais la gare routière », se souvient Gérard Planchenault, directeur de travaux de l’ensemble de la transformation de la gare entre 2001 et 2007.

Un projet initial beaucoup plus grand

Désormais à la retraite, il est l’auteur du livre Marseille Saint-Charles, histoire d’une grande gare, dans lequel il retrace les évolutions de l’infrastructure ferroviaire. Le « camembert » en fait partie. « Cela vient d’un grand projet imaginé pendant les 30 glorieuses, l’idée était de faire des tours dont une de 30 étages à l’image de Montparnasse à Paris [la tour parisienne compte 59 étages, ndlr] avec un hôtel », nous raconte-t-il. Les plans montrent bien ces tours et les bâtiments arrondis prévus.

Maquette du projet imaginé lors des 30 glorieuses pour la gare Saint-Charles. Crédits : « Marseille Saint-Charles – Histoire d’une grande gare, 1847-2007 », de Gérard Planchenault
Plan du projet imaginé lors des 30 glorieuses pour la gare Saint-Charles. Crédits : « Marseille Saint-Charles – Histoire d’une grande gare, 1847-2007 », de Gérard Planchenault

Le choc pétrolier a eu raison de ce projet, qui prévoyait la destruction du hall historique. Le « camembert » fut le seul bâtiment à sortir de terre. « Quand Gaston Defferre était ministre de l’Intérieur au début des années 1980, il s’est occupé de la décentralisation. La SNCF est donc devenue une des premières administrations à le faire et il fallait des locaux pour accueillir la direction », poursuit Gérard Planchenault. Les cheminots sont maintenant à l’extérieur de la gare et le camembert en dehors des radars.

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