Le bar Le Petit Nice poursuit son activité malgré le périmètre de sécurité

Actualité
le 26 Août 2019
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Suite aux évacuations du 26 juillet, Richard Caramanolis a rouvert son bar qu’il croit hors de danger. Il voit dans la fermeture de dix immeubles, un excès de zèle des services de la mairie alors que les vrais décisionnaires sont actuellement en vacances.

Photo : Myriam Léon.

Photo : Myriam Léon.

« On est cernés mais pas concernés. » Si ce bon mot d’un serveur du bar le Petit Nice prête à sourire, il explique mal pourquoi cette institution de La Plaine a échappé à l’évacuation du haut de la rue Curiol. En effet, après l’arrêté de péril grave et imminent du 26 juillet frappant les 81 et 83 de la rue, la mairie a institué un périmètre de sécurité et ordonné l’évacuation des immeubles du 71 au 85 (côté impair) et du 92 au 100 (côté pair) de la rue Curiol, et du 26 place Jean-Jaurès. Une quarantaine de logements ont été évacués. Le bar des Maraîchers, situé au rez-de-chaussée du numéro 100 à l’angle de la rue Sibié, reste depuis rideau fermé, mais le gérant avait prévu de partir en vacances au mois d’août.

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De l’autre côté de la rue, en lisière de la barrière interdisant le passage dans le périmètre de sécurité, le patron du bar Le Petit Nice, Richard Caramanolis veille au bon fonctionnement de son établissement assis en terrasse, comme à son habitude. Avec sa courte barbe blanche, son mètre 85 et sa carrure d’ancien champion de boxe, il a des allures de patriarche. Il y a 35 ans, alors qu’il combattait encore en professionnel sur les rings, il a racheté « pour quatre sous » cette gargote « en piteux état ». Poussé par son entraîneur, le Marseillais Jean Molina, il assure ainsi ses arrières avant de mettre un terme à sa carrière de combattant en 1989. Son bistrot de quartier devient alors son nouveau combat. Il en a fait un incontournable de La Plaine attirant une foule bigarrée de jeunes amateurs de consommations bon marché et d’ambiance décontractée.

La moitié du bar dans le périmètre d’évacuation

Sa notoriété lui permet de résister sans perdre de clientèle au chaos généré par les travaux de requalification de la place Jean-Jaurès. Est-elle suffisante pour lui permettre de rester ouvert alors que l’immeuble où il accueille du public est frappé d’un arrêté d’évacuation ? Contactée, la mairie n’a pas répondu à nos demandes d’information à ce sujet. D’après Richard Caramanolis, cette situation n’a rien d’exceptionnelle. « Je n’ai aucune interdiction d’exercer, explique-t-il de sa voix grave et posée. J’avais fermé pendant une semaine pour faire des travaux dans les toilettes, mais j’étais sur place au moment des évacuations. Un agent de la mairie m’a conseillé de me rapprocher de la chambre de commerce pour entamer les démarches liées à la fermeture. J’ai demandé un papier officiel, il m’a indiqué l’arrêté affiché sur la porte. Là, j’ai vu que je ne pouvais plus accéder à mon bureau situé au 85, mais rien concernant mon bar. C’est le même immeuble, mais pas la même adresse. » Sauf que, à y regarder de plus près, si.

Le périmètre de sécurité dessiné dans l'arrêté.
Le périmètre de sécurité dessiné dans l’arrêté. Le Petit Nice est situé en partie au rez-de-chaussée du n°85.

Au registre du commerce, Le Petit Nice est certes enregistré au 28 place Jean-Jaurès. Mais sur le terrain, ce numéro n’existe pas, il n’y a pas de porte, juste le bar situé au pied du 85, édifice haussmannien couvrant l’ensemble de la parcelle cadastrale n°76 reliant la rue Curiol à la place. Si, de manière surprenante, le périmètre d’évacuation coupe cette parcelle en deux, le bar y est bien en partie inclus. Contacté par Marsactu, le cabinet de gestion immobilière Plaisant J et M, syndic de l’immeuble, confirme qu’il s’agit bien d’un bâtiment unique, et se dit surpris d’apprendre que l’établissement n’a pas fermé.

Capture d’écran Google Map. En rouge, la partie du bar concernée par le périmètre d’évacuation.

« En tous les cas, les propriétaires [ndlr : la famille Flandin] sont bien contents que je continue à payer mon loyer, répond du tac au tac le marseillais sexagénaire, propriétaire du fonds de commerce mais pas des murs. Moi ce qui me surprend c’est qu’on ait levé les gens qui vivaient là. Pour moi, c’est un problème de juillet-août, les responsables de la mairie sont tous en congés, et ceux qui restent ont peur à cause des effondrements de la rue d’Aubagne, alors ils se couvrent. Si on continue comme, on va fermer tout Marseille, alors que l’expert du tribunal m’a garanti que mon immeuble ne risquait rien, tout comme celui du bars des Maraîchers. C’est malheureux pour les délogés, mais cette situation devrait être rétablie en septembre ou octobre. Il faut juste installer des caméras sismiques. »

« La galère de l’évacuation je l’ai déjà vécue »

Plus précisément, l’expert a préconisé la mise en place d’inclinomètres (capteurs qui permettent un contrôle continu de l’angle d’inclinaison) sur les façades du 81 et 83, opération obligatoire avant toute éventuelle levée du périmètre de sécurité. De son côté, une locataire du 85 rue Curiol, relogée en appart’hôtel, a appris que sa chambre lui était réservée jusqu’au 2 octobre. Pour elle, la situation de crise semble donc vouloir s’enliser. Vis à vis de ses voisins dont le quotidien a basculé Richard Caramanolis compatit, tout en relativisant. « La galère de l’évacuation, je l’ai déjà vécue avec ma famille [en 1980 après un attentat contre l’imprimerie l’Encre Noire réputée anarchiste, ndlr]. Je sais combien il est difficile de se retrouver sans rien, sans papier, sans affaire et de devoir aller à la Croix Rouge pour avoir des vêtements. Mais à l’époque, on n’avait pas été relogé à l’Hôtel Ibis, mais dans les quartiers Nord, au Merlan puis à La Rose. »

Figure marseillaise tantôt respectée, appréciée ou détestée, Richard ne peut s’empêcher de s’agacer des rumeurs qui circulent sur son influence à la mairie. « Il y a des gens à La Plaine qui sont toujours contre tout, je ne suis ni assez branché, ni assez engagé pour eux. Ils ont envie de croire que je suis copain avec Gaudin, Chenoz et Macron. Si ça leur fait plaisir, ils peuvent même ajouter que je suis raciste et macho. Les chiens aboient, la caravane passe. »

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