L’association Anticor veut relancer une enquête sur le maire de Saint-Victoret

Enquête
le 9 Juin 2020
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L'association anti-corruption Anticor porte plainte contre Claude Piccirillo, maire LR de Saint-Victoret pour "prise illégale d’intérêts et détournement de bien public". Elle vise la vente d'une maison à une de ses proches, secrétaire de mairie. Le bien avait été acquis par la collectivité puis revendu à moitié prix. Une première enquête initiée par le parquet d'Aix a été classée sans suite.

Façade de l’Hôtel de ville de Saint-Victoret. Photo : Pierre Isnard-Dupuy

Façade de l’Hôtel de ville de Saint-Victoret. Photo : Pierre Isnard-Dupuy

Une petite maison proche du centre-ville de Saint-Victoret est au centre d’un conflit larvé entre le maire (LR) Claude Piccirillo et le conseiller municipal d’opposition Pierre Gelsi. Au-delà de la querelle politique, l’affaire intéresse l’association anti-corruption Anticor, dont Pierre Gelsi est adhérent. Les conditions de la vente en 2015 de ce bien de 48 mètres carrés sur 176 mètres carrés de terrain par la municipalité à une employée de mairie, aujourd’hui à la retraite, font l’objet d’une plainte que l’association a déposé fin mai.

Cette affaire est déjà connue des autorités judiciaires depuis une plainte contre X déposée par Pierre Gelsi en juillet 2018. Enquête et perquisition en mairie ont été menées à l’initiative du parquet d’Aix. Celle-ci a été classée sans suite en février 2020 : “l’enquête n’a pas permis d’identifier la (les) personne(s) ayant commis l’infraction”. Auparavant, les enquêteurs de la police judiciaire avaient conclu que “l’infraction de prise illégale d’intérêt ne semble pas caractérisée”, selon le rapport d’enquête transmis en octobre 2019, que nous avons consulté. Néanmoins, “la nature de ce classement sans suite a poussé Anticor  à poursuivre”, expose l’avocat de l’association, Me Emmanuel Henri.

Tentative de dissimulation de l’identité de l’acheteuse ?

L’association persiste. Les faits “pourraient constituer les infractions de prise illégale d’intérêts et de détournement de bien public”, affirme-t-elle dans son communiqué annonçant la transmission de cette nouvelle plainte au parquet d’Aix-en-Provence. Selon des documents que nous avons consultés, le bien a été acquis à 65 000 euros par la municipalité en 2008 par voie de préemption. Il a été revendu sept ans plus tard à la secrétaire de mairie, “qui serait une proche amie du maire”, écrit Anticor, pour la somme de 35 000 euros. Pour Pierre Gelsi, cette “revente à moitié prix” passe pour un cadeau. Il critique aussi l’emploi de la préemption par le maire à des fins qui ne sont pas “la réalisation de projets d’utilité publique”.

La maison concernée dans la plainte d’Anticor. Photo : Pierre Isnard-Dupuy

En outre, pour plusieurs opposants, le maire aurait tenté de dissimuler l’identité de la bénéficiaire de la vente aux conseillers municipaux. Le nom de jeune fille de l’intéressé était inscrit dans le rapport voté en conseil municipal, plutôt que son nom d’épouse, connu de tous. “Quand j’ai fait le lien sur l’identité, je suis allé tout de suite dans le bureau du maire pour demander des explications. À partir de là, j’ai compris que c’était un menteur, un tricheur”, déplore Jean-Pierre Paoli qui était alors adjoint du maire et “ami pendant 30 ans”. Quelques années plus tard, il démissionnait. Puis à l’automne 2019, Jean-Pierre Paoli, qui ne se représentait pas, a dénoncé de manière cinglante la gestion de Claude Piccirillo, dans un tract aux habitants, dont La Provence s’est fait l’écho.

Un opposant devenu adjoint

En février 2017, Hamoue Derdour, frère de celui qui avait signé un compromis de vente pour la maison avant que n’intervienne la préemption, dénonçait par des photos sur Facebook un déménagement de meubles réalisés par un camion et des employés communaux au nouveau domicile de la secrétaire de mairie. “Notre argent des concitoyens sert à faire des déménagements”, écrivait-il comme commentaire. Un autre témoin que nous avons joint nous confirme la scène. Sur ce déménagement, le maire avait affirmé en conseil municipal que la secrétaire de mairie faisait dons de meubles à la municipalité.

À l’époque, Hamoue Derdour était engagé dans la même association, l’Association information défense et recours des saint-victoriens (AIDER SV), que Pierre Gelsi. Aujourd’hui, Pierre Gelsi a quitté l’association et les deux hommes ne se parlent plus. Hamoue Derdour, élu sur la liste du maire en mars, est devenu adjoint aux travaux et à l’environnement. Un signe du clientélisme pratiqué par le maire selon Pierre Gelsi, tandis que le nouvel adjoint nous dit avoir été approché pour ses compétences.

“Je suis blanchi de ces accusations mensongères”

Le maire quant à lui crie à “la politique politicienne de monsieur Gelsi”. Autrement dit, à une cabale judiciaire qui serait un moyen recherché par l’opposant pour déboulonner celui qui est à la tête de Saint-Victoret depuis 1995, réélu sans difficulté en mars. “Je passe à 60% au premier tour. Je les écrase, qu’est-ce que vous voulez que je dise de plus ?”, tonne Claude Piccirello. La liste de Pierre Gelsi ayant recueilli un peu moins de 30% des voix le 15 mars. Un résultat que le maire prend comme une “preuve de [son] honnêteté.” Tandis que le classement sans suite lui apparait comme celle de sa probité. “Je suis blanchi de ces accusations mensongères. Est-ce que si j’étais un magouilleur, j’aurais fait cinq mandats ? Si j’avais été en faute, j’aurais payé, mais ce n’est pas le cas. Je fais confiance à la justice de mon pays”, s’agace-t-il.

Il appartient désormais au procureur d’Aix-en-Provence de décider si ces faits doivent faire l’objet de suites judiciaires. Pour l’heure le dossier n’a pas été instruit, le parquet nous faisant savoir que “compte tenu de la période liée à la crise sanitaire, il y a des retards à la poste et il y a des retards de notre traitement du courrier.” Me Emmanuel Henry est confiant. “Il y a suffisamment d’éléments, de faits et de personnes dénommées pour qu’il n’y ait pas de classement sans suite”, pense-t-il. Dans le cas contraire, l’association pourrait déposer une nouvelle plainte avec constitution de partie civile, ce qui entrainerait la désignation d’un juge d’instruction.

La propriétaire de la petite maison a quant à elle déposé plainte pour diffamation contre Pierre Gelsi et une autre administratrice de la page Facebook des opposants “Saint-Victoret à vie”. Elle assigne également en correctionnel Pierre Gelsi pour dénonciation calomnieuse. Audience à suivre en septembre.

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Commentaires

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  1. Avicenne Avicenne

    Même défense que les Balkany ou autres !!

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