Des travailleurs sociaux portent plainte contre le département pour violences sur mineurs

Reportage
Loïs Elziere
30 Mai 2017 1

Foyers d'urgence surchargés, familles d'accueil en nombre insuffisant, manque de personnels accompagnants... En grève, des travailleurs sociaux de l'aide sociale à l'enfance dénoncent le manque de moyens et portent plainte contre l'État et le département pour violences volontaires sur mineurs.

Les travailleurs de la protection de l'enfance devant le commissariat de Saint-Just

Les travailleurs de la protection de l'enfance devant le commissariat de Saint-Just

Ils sont plus d’une cinquantaine de professionnels de la protection de l’enfance réunis devant le commissariat de Saint-Just lundi matin à 11 heures. Éducateurs spécialisés, psychologues, assistants sociaux, ils viennent déposer une plainte contre l’État et le département des Bouches-du-Rhône pour violences volontaires sur mineurs. Valérie Marque, déléguée CGT se charge de la déposition. “Le département nous donne des missions, mais pas le moyens de les accomplir. Sauf que les victimes sont des enfants en détresse qui se retrouvent sans foyer, sans famille d’accueil, voire sans logement du tout, et souvent sujets à la maltraitance. Nous avons déjà alerté le département mais la situation ne s’améliore pas. À ce stade, nous considérons cela comme de la maltraitance volontaire.”

Valérie Marque a déposé plainte au commissariat (photo : Loïs Elziere)

Depuis 2007, l’État a transféré au département les dispositifs de l’aide sociale à l’enfance (ASE). Ils doivent permettre aux enfants en détresse sociale de trouver des solutions d’hébergement et d’accompagnement durables, en famille d’accueil ou en foyer. À l’appel d’une coordination CGT et FSU, les personnels concernés se sont mis en grève reconductible lundi.

Ils considèrent que leurs services sont en surcharge et ne remplissent plus leur mission. “C’est difficile de chiffrer, explique la déléguée FSU Claudine Chastellière. Mais il y a sûrement une vingtaine d’enfants qui ne sont toujours pas placés alors qu’un juge l’a ordonné. Ils restent dans leur famille, que le tribunal considère inapte à les élever. D’autres vont de famille d’accueil en famille d’accueil, ou dorment sur des matelas à même le sol dans les foyers d’urgence surchargés. Ils ont besoin d’une situation stable et durable pour se reconstruire. On ne veut plus être complice de tout ça.”

De son côté, Brigitte Devesa, déléguée à l’enfance au département, annonce un chiffre de 17 millions d’euros engagés en 2017 au titre de l’aide sociale à l’enfance. “Nous avons déjà créé plus de 100 places d’hébergement, et 100 de plus seront créées avant la fin de l’année.” Mais ces dispositions ne semblent pas suffire. “C’est à l’État aussi de prendre ses responsabilités, répond-elle, nous allons le saisir pour travailler ensemble et qu’il nous aide financièrement.” Quant au manque de personnel pour accompagner efficacement les enfants en détresse, elle avance que “le métier de travailleur social est un sacerdoce. Nous travaillons sur le recrutement mais cela prend du temps pour trouver un personnel de qualité.” Malgré la présence des grévistes à l’hôtel du département aujourd’hui, aucune négociation n’est pour l’heure annoncée.

“Nous fabriquons les malades mentaux de demain”

Aurélie, psychologue à La Ciotat, travaille pour l’aide sociale à l’enfance depuis 2003. Elle a vu les conditions se détériorer jusqu’à devenir intolérables ces dernières années. “Ces enfants sont déjà en difficulté, instables affectivement, et ils font parfois cinq ou six lieux d’hébergement d’affilée. Ils n’ont plus de lien, plus d’attache avec personne. C’est comme ça qu’on fabrique les malades mentaux de demain. J’en ai vu recourir au deal ou à la prostitution pour s’en sortir.”

À ses côtés, Karine, une consœur marseillaise est désemparée. “on les accompagne au tribunal pour une énième maltraitance en leur disant qu’on va les protéger, mais quand les juges se prononcent, on ne peut pas appliquer leur décision et on renvoie les enfants dans leurs familles. On ne veut plus participer à cette violence institutionnelle.”

Le commissariat du treizième arrondissement étant lui aussi débordé, la déléguée CGT Valérie Marque aura attendu jusqu’à 15 heures pour déposer plainte au nom des personnels de l’aide sociale à l’enfance. Les grévistes reconduisent la grève jusqu’à l’ouverture d’un dialogue avec la collectivité. En attendant, ils feront le pied de grue devant le conseil départemental jusque tard dans la nuit. “Une manière de leur rappeler que quand on travaille avec les enfants en difficulté, on ne se couche jamais tôt”, ironise une manifestante.

Ci-dessous, la plainte déposée

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