La Ville de Marseille en opération déminage pour éviter une rentrée explosive

Actualité
Lisa Castelly
22 Juin 2018 19

Jean-Claude Gaudin présentait jeudi les nouveautés de la rentrée des écoles 2018. Un rendez-vous stratégique pour éviter un mois de septembre tendu, entre fronde des agents et inquiétude des parents.

Jean-Claude Gaudin, et Danièle Casanova, adjointe aux écoles, présentent à la presse les enjeux de la rentrée 2018. (Image Lisa Castelly)

Jean-Claude Gaudin, et Danièle Casanova, adjointe aux écoles, présentent à la presse les enjeux de la rentrée 2018. (Image Lisa Castelly)

“Les difficultés arrivent toujours huit jours après”. Lors de la présentation à la presse de la rentrée scolaire, Jean-Claude Gaudin se veut philosophe. Depuis la polémique qui a accompagné l’incapacité de la Ville à offrir des temps d’activités périscolaires en 2014, ce rendez-vous est devenu un enjeu déterminant pour la municipalité, bien décidée à démontrer que “la Ville de Marseille fait d’énormes efforts”, comme le martèle le maire. Sauf qu’une fois de plus, la liste des points à déminer est longue. Et c’est entouré de l’adjointe aux écoles, Danièle Casanova et de plusieurs fonctionnaires, dont le directeur général des services, que le maire y fait face.

Le principal bouleversement : la fin des temps d’activités périscolaires (TAP) telles que lancés par Vincent Peillon en 2013. Retour à la semaine de quatre jours, après plusieurs années d’application dans la douleur de la réforme. Un choix approuvé “par 302 conseils d’école” sur les 318 a avoir répondu, brandit le maire. Ce dernier annonce donc la réorganisation du temps périscolaire. Les garderies seront améliorées pour “garantir une qualité pédagogique. […] Il ne s’agira plus de simples garderies mais d’animations en lien avec les projets pédagogiques de l’école”.

Elles ouvriront aussi 30 minutes supplémentaires, jusqu’à 18 heures. Autre bonne nouvelle pour les parents, le tarif maximum passe de 3 euros à 2,50 euros, pour les gardes du matin et seront davantage progressifs, en fonction des revenus familiaux. Enfin, le dispositif “coup de pouce” qui propose une aide aux devoirs aux élèves de CP et CE1 gagnera aussi en “qualité”, puisqu’ils se feront désormais systématiquement en présence d’un enseignant. Les nouvelles associations prestataires seront quant à elles désignées “début juillet” suite à un appel d’offres.

20 millions d’euros à réinvestir… ou pas

Ces avancées apparentes sont présentées comme le fruit des économies générées par la fin des TAP. Là où la Ville a toujours évoqué un coût annuel d’une vingtaine de millions d’euros pour ces derniers, il est clair que ce n’est pas la même somme qui sera investie dans ces petites avancées. “Nous allons d’abord voir combien nous coûtent ces nouvelles activités”, se veut prudente Danièle Casanova, qui, relancée, évoque une fourchette prévisionnelle de huit à dix millions d’euros. Un peu plus tard, l’adjoint aux finances Rolland Blum avance la somme de 15 millions “en net”, c’est-à-dire une fois retirée les aides de l’État. L’élue pointe en effet, pour justifier ces économies, la fin d’un financement de l’État d’une valeur de 6,7 millions d’euros attribuée en raison du niveau de pauvreté dans la ville. “Nous ne faisons plus partie des 250 villes les plus pauvres, ce qui est une bonne nouvelle, mais cela veut aussi dire que nous n’aurons plus ce financement”“Et on met 40 millions sur les travaux !”, rappelle Jean-Claude Gaudin.

Par communiqué, le président du groupe socialiste au conseil municipal Benoît Payan a, en amont de la conférence de presse, demandé à la Ville de réinvestir l’argent des TAP dans des activités éducatives ainsi que dans l’entretien des écoles. Il souhaiterait aussi voir les impôts locaux baisser, car à ses yeux, “la majorité LR n’a eu de cesse de se servir des temps d’activités périscolaires (TAP) pour justifier ses augmentations d’impôts”. Après avoir fait campagne sur la stabilisation des impôts lors des municipales 2014, Jean-Claude Gaudin avait en effet pris prétexte de ces nouveaux rythmes scolaires pour justifier cette hausse deux mois après l’élection.

Quant aux mercredis matins, durant lesquels les petits Marseillais seront de nouveau à la maison, rien n’est encore décidé. L’annonce, mardi, par le ministre de l’Éducation nationale, d’un “plan mercredi” pour financer des activités ces jours-là, , a pris la Ville de Marseille de court. “On en avait eu des échos indirects, mais maintenant, j’attends que le décret soit publié pour m’avancer”, déclare l’adjointe aux écoles.

Dédoublements de classe : “Ça ne pourra pas continuer à l’infini”

Autre “réforme gouvernementale” qui donne du fil à retordre à la municipalité, les dédoublements de classes en zone prioritaire. Après les CP classés REP+ l’an passé, c’est au tour des CE1 de REP+ ainsi que des CP classés REP. Jean-Claude Gaudin annonce que 65 % de ces classes pourront être “physiquement dédoublées”, c’est-à-dire installées dans de nouveaux locaux ou dans des classes séparées de cloisons. Les autres découvriront le “co-enseignement”, la classe avec deux professeurs. “Ça ne pourra pas continuer à l’infini”, déplore le maire pour qui “c’est la Ville qui apporte toujours le plus”. 

En dehors du nouveau marché des cantines, les autres sujets de préoccupation pour la rentrée prochaine sont davantage politiques. En plein chantier de modification des temps de travail des agents, la municipalité fait face à un mouvement de grève d’une grande ampleur de la part des agents des cantines, mais aussi des écoles. Trois préavis de grève ont été déposés pour ces derniers par Force ouvrière, l’Unsa et la FSU. Les agents réclament la régularisation des jours de récupération gelés par l’administration, le passage à temps complet des agents employés à temps partiel mais aussi une nouvelle négociation concernant les astreintes des concierges. FO a cependant suspendu sa mobilisation estimant que “le dénouement est proche”. “On nous impose aujourd’hui de faire travailler les agents 1607 heures, il faut les faire, répond le maire. Nous sommes à l’écoute et nous essayons de faire au mieux”.

De la pédagogie sur le PPP des écoles

Dernier sujet qui suscite l’inquiétude des parents et des administrés en général, le massif partenariat public-privé à un milliard d’euros pour reconstruire 34 écoles [Lire notre dossier]. Le directeur général des services, Jean-Claude Gondard, fait distribuer à l’assistance un document d’une dizaine de pages, noircies recto-verso, pour résumer le sujet en “dix questions”, de façon pédagogique. “On dit que les écoles vont être privatisées, pas du tout. Il y aura peut-être un loyer, mais les écoles resteront sous la maîtrise publique !”“Ce sera plus rapide, moins cher, moins risqué, plus performant, et les bâtiments seront mieux entretenus dans le temps (…). En passant par une procédure normale, ça aurait été plus cher, avec un emprunt qui équivaudrait à certainement plus que la redevance que nous aurons à payer”.

Le haut fonctionnaire balaye les accusations de favoriser, par ce choix juridique, les grosses entreprises au désavantage des petits acteurs locaux“Les grands groupes auront recours à des sous-traitants, il y aura forcément des artisans, des travailleurs locaux, ils ne vont pas venir de la planète Mars !”. Un peu plus tard, Jean-Claude Gaudin glisse un scoop, “nous avons retenu hier cinq groupes pour le PPP et je crois qu’il y en a un local”. Cinq groupes qui seront mis en concurrence, avant de n’en retenir que trois. L’opération de déminage est rodée, mais suffira-t-elle à garantir une rentrée sans accroc ?

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