La Vieille Charité fait bonne figure avec ses "Visages"

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le 19 Fév 2014
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La Vieille Charité fait bonne figure avec ses "Visages"
La Vieille Charité fait bonne figure avec ses "Visages"

La Vieille Charité fait bonne figure avec ses "Visages"

Le visage régulier et séduisant d'une starlette toise le visiteur, l'oeil de biche rehaussé de mauve, tandis qu'une tache rouge, sorte de grain de beauté ou de baiser éclaire son coin de lèvre. Le deuxième oeil n'apparaît pas, crevé par un plumeau encore enfoncé dans sa pupille, qui de loin, ressemble à une fleur d'hibiscus, le pistil pointé vers l'extérieur comme pour sortir de la toile. La Belle mauve – le nom de cette oeuvre -, signée de Martial Raysse en 1962, un artiste proche du mouvement Pop art est présenté à la Vieille Charité dans le cadre de sa nouvelle exposition Visages

Les artistes représentés, de Pablo Picasso à Andy Warhol en passant par René Magritte et Pierre Bonnard évoquent, à travers leurs oeuvres, "la subjectivité, le fonctionnement de la pensée, de la psychologie humaine" introduit Christine Poullain, directrice des musées de Marseille et commissaire d'exposition. Les codes picturaux des époques précédentes sont délaissés par un courant d'art moderne et contemporain qui refuse de s'arrêter à la seule apparence de l'être.

Les techniques changent également : les figures humaines des artistes du début du siècle côtoient celles des artistes d'avant-garde qui utilisent des méthodes innovantes, comme l'emploi de ciment et de goudron pour l'oeuvre La Venus du Trottoir de Jean Dubuffet (1946) qui "donne l'impression que cette Vénus dérisoire est vissée dans le macadam," interprète la directrice des musées.

Pablo Picasso, Femme au miroir, 1959 @Succession Picasso, 2014. Photo : Marion Burlot

Traits brouillés

Dans chacune des trois salles du rez-de-chaussée, un thème choisi correspond à une représentation plus spécifique de l'individu : "visages dans la société", projetés dans la rue, "visages de l'intimité", saisis entre les quatre murs de l'atelier, et "visages de l'esprit", soit le cheminement mental de l'être. "La représentation de la figure humaine reste un sujet éternel de la peinture moderne et contemporaine" explique Christine Poullain. "Au début du XXe siècle, avec la montée de l'individualisme, la seconde révolution industrielle, l'avancée de la science, mais aussi avec les guerres et la Shoah, les artistes interrogent la manière dont le sujet se situe dans l'altérité, mais aussi par rapport à lui-même."

A travers des figures peintes, photographiées ou sculptées, surgissent ainsi des interrogations particulières : les méandres intellectuels de l'être désarçonné par les métamorphoses du monde contemporain, ses désirs inconscients et ses fantasmes, sa solitude ou son indifférence aux autres… Ce dernier point est souvent révélé par des traits inexpressifs ou brouillés comme le tableau "Scène de rue" (1925) du peintre allemand Georges Grosz qui critique, au lendemain de la Première Guerre mondiale, une société indifférente à tout, et surtout aux autres, comme le rappelle un vétéran blessé en train de mendier, acculé dans un coin du tableau tandis que des passants aux visages fermés l'ignorent complètement.

Toujours pour illustrer la confrontation de l'individu au monde, le tableau bleu Velvet Jungle n°10/1 de Jacques Monory réalisé en 1970 est une évocation de la guerre du Vietnam et du décalage avec la scène de vie joyeuse constituée de jeunes femmes souriantes, étendues sur l'herbe en tenues estivales. Seuls des rectangles blancs qui masquent leurs yeux et trois noeuds qui apparaissent en haut du tableau provoquent un certain malaise, rappelant qu'un événement tragique se déroule au même moment.

De la même manière, le décalage entre la façade imperturbable de l'être et les événements souvent tragiques est représenté par le travail d'Andy Warhol. "L'artiste offre l'image d'une société parfaite avec ses stars, mais qui peut basculer dans l'horreur" commente la conservatrice. Sa toile intitulée Jackie (1964) montre l'épouse de Kennedy rayonnante et glamour, quelques heures avant l'assassinat de son mari à Dallas. Mais rien n'interdit aux artistes d'interroger l'absurdité du monde et ses effets sur l'homme avec humour, comme les visages plastiques de l'artiste marseillais Gilles Barbier. L'homme Emmental à la pensée parasitée de mots incohérents en est un parfaitement (drôle) exemple.

Exposition à la Vieille Charité jusqu'au 22 juin 2014. tarif : 10 euros, réduit 8 euros.

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