La valse des franchisés durcit le climat social chez McDo

Actualité
Violette Artaud
11 Mai 2018 1

Les salariés de six restaurants McDonald's vont bientôt changer de patron. Une nouvelle que beaucoup voient d'un mauvais œil : leur repreneur a fait récemment parler de lui pour ses méthodes managériales musclées. Quant aux représentants du personnel, ils considèrent que cette reprise vise à les écarter.

Kamel Guemari (3e en partant de la droite) entouré de ses collègues lors d'une manifestation en mai dernier.

Kamel Guemari (3e en partant de la droite) entouré de ses collègues lors d'une manifestation en mai dernier.

“Avec Brochiero, il y avait un bras de fer, mais un bras de fer bon enfant. Là, ça va pas être la même”, entend-on lundi parmi les salariés de six restaurants McDonald’s de la région marseillaise. Réunis à Vitrolles devant le siège social de l’unité économique et sociale (UES) qui regroupe les différents magasins, ces employés viennent d’apprendre officiellement qu’ils vont bientôt changer de patron. Pour les McDo de la Blancarde, Saint-Victoret, Grand Littoral, Plan-de-Campagne et Vitrolles, qui totalisent 300 salariés, Jean-Pierre Brochiero va ainsi laisser la place à Mohamed Abbassi, qui détient déjà huit restaurants à Marseille. Quant au sixième restaurant, celui de Saint-Barthélémy (14e), il se verra retirer l’enseigne McDonald’s avant d’être vendu à un autre repreneur.

Pour Ralph Blindauer, avocat spécialisé en droit social et chargé du dossier par des employés de McDonald’s, tout ceci relève d’une stratégie concertée entre McDo France et ses franchises : “Cette unité va donc être noyée dans celle d’un autre franchisé et ils externalisent le restaurant de Saint-Barthélémy car c’est là que se trouve toute la force syndicale. On est face à de la discrimination syndicale.” 

Le juriste compte bien mener l’affaire devant les tribunaux. “À Marseille, s’est crée dans certains restaurants McDonald’s des quartiers une sorte de mouvement social fait de fraternité où les gens se battent pour leurs droits, ont des CDI, un treizième mois. Cela n’est pas tolérable pour McDonald’s, car son modèle économique est en partie basé sur la précarité de ses salariés.”

“Charbonner comme les jeunes”

“Qu’est-ce qu’on va devenir ? On n’en sait rien ! Je vais peut-être finir par aller charbonner comme les jeunes, rigole jaune une jeune mère de famille qui travaille comme 70 autres personnes dans le restaurant de Saint-Barthélémy. Sérieusement, je suis inquiète parce que je n’ai pas de solution de repli si on me vire.” Du côté de McDonald’s, Jean-Pierre Brochiero n’a pas souhaiter répondre directement aux questions de la presse. En revanche, le service communication de McDonald’s France s’est chargé d’envoyer aux rédactions un communiqué :

Le restaurant de Saint-Barthélemy va bénéficier d’un projet de reprise extérieure au réseau de l’enseigne, par un repreneur désireux de maintenir une activité de restauration. (…) La situation économique du restaurant ne réunit pas les conditions d’une rentabilité future. Le projet de cession de ce restaurant bénéficie d’une attention toute particulière sur la question de l’emploi. Le projet du repreneur vise à pérenniser l’activité de restauration et à maintenir 70 emplois dans l’établissement après la période de travaux

Extrait du communiqué

Combien de temps va durer la période de travaux ? Y aura-t-il des indemnisations ? En quoi consiste cette nouvelle activité ? Les compétences des employés de McDo vont-elles être suffisantes ? Auront-ils un emploi du temps et un salaire équivalent ? Alors qu’un nom circule déjà, le service de communication de l’enseigne américaine n’a pas apporté plus de précision sur ce “nouveau projet”.

Une reprise et une “vingtaine de vigiles”

Quant aux employés des cinq autres restaurants, s’ils restent dans le giron des franchisés McDonald’s, pour eux, le changement de gérant n’annonce rien de bon. “On a eu des échos des équipes actuelles d’Abbassi, il paraît que c’est l’enfer de travailler avec lui, qu’il met une pression de dingue”, ajoute-t-on en marge du comité d’entreprise qui visait à annoncer officiellement la reprise. “Début avril, ça a chauffé dans l’autre McDo de Plan-de-Campagne”, relate des personnes présentes sur les lieux. Depuis le 7 avril, cet “autre McDo de Plan-de-Campagne” appartient justement à Mohamed Abbassi. Plusieurs employés de l’établissement, joint par téléphone par Marsactu, racontent avoir eu une mauvaise surprise ce jour-là.

“Je suis arrivé à 11 heures, l’ambiance était hyper tendue. Il y avait des vigiles de partout, je n’avais jamais vu ça, raconte un jeune équipier. Ensuite, une équipe de managers et d’équipiers est arrivée sur place pour nous remplacer. Je ne me sentais plus à ma place”, poursuit le jeune homme qui parle aussi “d’intimidation verbale”. Ils sont plusieurs à avoir relaté à Marsactu des faits similaires concernant cette journée du samedi 7 avril, où plusieurs salariés se sont finalement mis en grève. “Il y avait une vingtaine de vigiles !”, ont relaté plusieurs de ces employés.

“Tout a été chamboulé”

“On était une équipe soudée et même si les conditions de travail étaient parfois difficiles, on restait courtois. Là, les managers qui sont arrivés nous ont mal parlé, on nous a agressés. Alors j’ai répondu”, explique une équipière. Plusieurs salariés ont reçu des lettres de mise à pied conservatoire pour “insubordination” les jours suivants. “Tout a été chamboulé. Il n’y avait plus de politesse, la cadence a été accélérée, comme à l’usine. On nous disait que si on n’était pas contents, il fallait partir”, complète un autre équipier qui n’est plus retourné travailler depuis. “On est environ une quinzaine à être partis”, estime-t-on encore. L’une des salariés de ce restaurant explique “avoir tenu quinze jours”  avant de craquer et d’obtenir un arrêt maladie : “Avant c’était dur mais ça roulait. Là, j’allais travailler avec la boule au ventre. J’en dormais plus la nuit. J’ai craqué”.

Joint par Marsactu, Mohamed Abbassi justifie l’intervention d’un service d’ordre pour “protéger ses salariés et clients de personnes extérieures à l’entreprise” : “Vous connaissez la situation actuelle de violence des McDo marseillais” ajoute-t-il. Au sujet des licenciements, il en compte deux : “Des responsables qui ne respectaient en rien les normes internes et les conditions de travail des salariés” ainsi que de deux ruptures de contrat “en période d’essai, car le job n’était pas fait”. Pour l’un des responsables licenciés, il s’agit d’un motif incompréhensible.

“Nous avons assisté samedi à une reprise très étonnante, une impressionnante prise d’otage. Une heure ou deux après, le personnel a décidé de faire grève. J’ai reçu ma lettre de mise à pied mardi pour faute grave. Mais je n’ai pas travaillé entre temps, j’étais en grève”, précise celui qui travaille pour l’enseigne de fast-food depuis plus de vingt ans. Pas de quoi rassurer les futurs employés de Mohamed Abbassi.

Rassemblement à Paris

Cela fait des années que les relations entre personnel et franchisés de la célèbre marque de fast-food américain sont houleuses à Marseille. A chaque étape de la course aux reprises qui place régulièrement un nom au sommet de l’empire McDo marseillais (Francesco Brescia jusqu’en 2015 avec quelques 14 restaurants, puis Jean-Pierre Brochiero qui a détenu jusqu’à sept restaurants, et désormais, Mohamed Abbassi  avec bientôt 13 établissements à Marseille et alentours), les syndicats marseillais tentent de conserver, voire d’obtenir de nouveaux avantages sociaux.

Certains de ces avantages font office d’exception sur le territoire, même si “cela reste des clopinettes” estiment les représentant syndicaux. “Ces six restaurants ont des représentants du personnel très combatifs, contrairement aux autres McDo, ils regroupent un grand nombre de personnes avec beaucoup d’ancienneté et qui ont des avantages sociaux que l’on ne retrouve pas ailleurs”, analyse pour sa part Ralph Blindauer.

L’adversaire est géant, mais maître Blindauer n’est pas le seul à mener ce combat. Ce vendredi, il se rendra avec les représentants syndicaux de ces six restaurants marseillais à Paris pour un rassemblement national “contre les multiples abus subis au sein de l’enseigne”. 

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